Coeur à Damier : Jacques CRAMPAGNE

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Jacky CRAMPAGNE (1 sélection)

Enfin, le dernier de la classe ! Pour l’ultime poste de ce XV des internationaux béglais, je pouvais vous parler de Marc SALLEFRANQUE (4 sélections), le toréro dacquois, international bien avant son titre de champions de France en 1991 avec le CABBG, ou de Jean-Marc SOUVERBIE, le béarnais qui a marqué un essai lors de son unique sélection…

Mais, je suis certain que Jacky CRAMPAGNE aurait fait l’unanimité dans le cœur des béglais à damiers (1 sélection – carte d’international n° 573).

Jacky CRAMPAGNE savait tout faire ! Ainsi, il a obtenu une solide réputation d’être un « bon arrière ». Bon défenseur, il a toujours rempli sa mission d’ultime rempart. Toujours impeccable et très sûr dessous les ballons montés en « up and under » vicieux ou en « chandelles » des plus sournoises, il captait le ballon comme un don du ciel…. Toujours avec cette élégance naturelle, il apprit à faire le geste juste dans le temps juste, mais aussi à attaquer de la manière la plus généreuse et relancer depuis son en-but… À la fois l’eau et le feu ! Parce qu’un arrière, digne de ce nom, se doit d’avoir un bon jeu au pied, il fut également un buteur et scoreur hors pair. Buteur avec la pointe du pied, il avait une très grande régularité, de près comme à longue portée, qui avait largement contribué aux parcours jusqu’aux deux finales du Championnat de France auxquelles il a participé. Pourtant, il avait failli lors de la finale de 1967 à Bordeaux… Il sut se concentrer, deux ans plus tard, pour ne pas connaître pareille mésaventure et ainsi soulever le Bouclier de Brennus.

Déjà, lors de ses jeunes années, Jacques CRAMPAGNE avait appris à ne pas être le dernier de la classe ! Il était une fois, dans la ville de Foix… En effet, en 1961, il fut le lauréat du concours du jeune joueur, au sein de l’U.S. Fuxéenne. Adulte, il mute au C.A. Béglais, pour ses études au CREPS de Talence : il deviendra prof. d’EPS au lycée agricole de Blanquefort. Est-ce là qu’il a rencontré sa future épouse, elle-même professeur dans le même établissement scolaire ? En tout cas, la belle orthézienne ne resta pas insensible à son élégance.

Il connut également l’honneur de la sélection en Équipe de France, au poste d’ailier, lors d’une tournée en Afrique du Sud, en 1967. Jean TRILLO était également là,  comme novice sous la tunique tricolore. C’était lors du quatrième et dernier test-match (06-06) de la tournée, au Cap. C’était au bout du monde, tout en bas de l’Afrique. C’était aussi la fin d’une époque puisque ce fut le dernier contact au pays des « Springboks », avant leur mise à l’écart de la scène internationale durant de nombreuses années, pour cause d’apartheid. Il fallut toute la diplomatie des Présidents de la fédération sud-africaine et de la F.F.R., respectivement Denis CRAVEN et Albert FERRASSE, pour faire réadmettre ce rugby du bout d’Afrique, dans le monde ovale.

L’arrière traine tout seul au fond du terrain ! Non pas qu’il soit asocial, mais, il faut reconnaître que Jacky CRAMPAGNE aimait s’isoler dans la montagne, à la pêche comme à la chasse : c’était un épicurien de la nature ! Il ne sert à rien à l’homme de gagner la lune s’il vient à perdre la terre (François Mauriac). Amoureux de la nature, je l’image aisément, dans la montagne pyrénéenne, au bord d’un lac ou d’une rivière, du côté de Bagnères ou d’Oloron, à jouir calmement du silence des grands espaces, croiser Milo » CLÉMENTE, et partager avec lui un bon vin et un fromage de brebis au bout de son opinel, en attendant qu’un isard les salue d’un saut agile… Faisans, palombes, perdrix, truites et champignons ont fleuri son tableau de marque, comme il a enquillé drops et pénalités.

Arrivé en 1967, il finit sa carrière en 1976 : vous prenez les mêmes chiffres et vous les inversez… Après sa carrière de joueur, il resta dans le milieu du rugby. Il fut entraineur du C.A. Béglais, avec « Zaza » PÉDEMAY au début des années 1980, pendant trois saisons… Deux amoureux de la nature, au langage différent : l’eau et le feu réunis ! Pédagogue dans l’âme, ses méthodes d’entrainement étaient plus modernes avec des travaux sur les axes de course, et des piquets pour mieux maitriser les courses folles. Il fit également entraineur de l’Équipe de France Universitaire.

Aujourd’hui, il coule des jours heureux dans un coin de la banlieue bordelaise, à l’ombre des perches qu’il a tant de fois transpercées…

JYB /K’nar 💙🤍 (merci à Franck JOANDET et Bernard JUNCA pour leur contribution)

Coeur à Damiers : Jean-Michel CAPENDEGUY

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Jean-Michel CAPENDÉGUY (2 sélections)

Pour le trois-quarts ailier droit, j’avais l’embarras du choix entre trois très rapides ailiers… Le plus notoire fut sans doute Philippe BERNAT-SALLES, l’isard des Pyrénées, avec ses 41 sélections. Le Palois est rentré dans l’histoire pour avoir signé le premier grand chelem… des essais dans le « Tournoi des VI Nations ». Véritable finisseur, il filait comme le vent et fêtait chacun de ses essais avec les doigts écartés en forme du V de la victoire…  Autre ailier rapide, Roger LACAUSSADE (2 sélections en 1948) fut beaucoup moins connu, mais certainement le plus rapide (10’’9 aux 100 m)… C’était le temps où les ailiers n’étaient pas plus gros que les piliers !

Cependant, le destin tragique de Jean-Michel CAPENDÉGUY en a fait une légende à la fois triste et belle (2 sélections – carte d’international n° 342). « Jean-Michel CAPENDÉGUY se tue tout près de Laboueyre » ! Ainsi, titrait le journal « Sud-Ouest », le vendredi 5 janvier 1968, à la veille de l’épiphanie. En ce dernier jour des vacances scolaires, la circulation automobile était dense sur la route nationale 10. Jean-Michel CAPENDÉGUY remontait vers Bègles, pour participer à l’entrainement du jeudi soir. L’autre victime de l’accident, un médecin pessacais, parti au Pays Basque pour un séminaire et roulant en sens inverse, est décédé sur le coup… Pourtant, la route était droite à cet endroit. Le choc aurait été d’une rare violence : les deux voitures se seraient heurtées de plein fouet. Jean-Michel CAPENDÉGUY, grièvement atteint, a été désincarcéré de sa BMW. Il fut orienté vers l’antenne hospitalière de Belin-Beliet. Sans connaissance et les deux jambes fracturées, il fut transféré vers Bordeaux, mais il est décédé dans l’ambulance qui le transportait à l’hôpital Pellegrin. Les gendarmes, découvrant un maillot à damiers et une paire de crampons dans les débris de la voiture accidentée, ainsi qu’une convocation en Équipe de France pour jouer en Écosse, et ne sachant pas si le véhicule avait été dérobé, demandèrent aux entraineurs du C.A. Béglais (Pierrot MARRENS et Jacky JAMEAU) de reconnaitre le corps à la morgue…

Le monde du rugby venait, de nouveau, d’être en deuil. En effet, la veille, on rendait un ultime hommage à Guy BONIFACE dans le petit village de Montfort-en-Chalosse… Le sort semblait s’acharnait sur les attaquants du XV de France. Jean-Michel CAPENDÉGUY, tout comme le montois, esthètes du rugby, sont morts au volant de leur bolide sur les routes des Landes… des James DEAN du rugby ! À l’ombre des géants de la pinède, la série noire continuait dans ces landes si cruelles.

Le début de l’année 1968 venait d’être dramatique pour le rugby français avec la mort de Guy BONIFACE, suivie par celle de l’ailier béglais. « Cela nous a un peu traumatisé, confia Walter SPANGHÉRO, parce qu’on ne perd pas comme ça des joueurs avec qui on pratique le rugby depuis des années et qui sont plus que de simples joueurs, c’étaient des amis, des garçons extrêmement chaleureux ». Ce fut donc en deuil que l’Équipe de France se rendit à Édimbourg, en ouverture du Tournoi 1968. Le 13 janvier 1968, les Tricolores portent un crêpe noir sur le bras gauche, tout près du cœur, en hommage à leurs copains disparus notamment Jean-Michel CAPENDÉGUY qui aurait dû être du voyage à Murrayfield. Le XV de France emportait, sans convaincre, ce qui sera la première levée du Grand Chelem… Cela les a-t-il galvanisés à faire le Grand Chelem ? Nul ne le saura !

Natif de Ciboure, Jean-Michel CAPENDÉGUY fut formé au S.J.J.O, le grand club voisin. Il sentait le jeu. Il appelait toujours le ballon et cherchait sans cesse l’occasion de se lancer à l’assaut. Il avait le rugby dans le sang et, très vite, il devint international junior. Parti faire son service militaire à Toulon, dans la marine, il signa une licence au R.C. Toulon. Les sélectionneurs n’ont pas tardé à repérer cet élégant ailier, souple et rapide, et l’avaient déjà aligné avec « France B » contre l’Allemagne à Hambourg, puis au sein d’une sélection régionale lors de la tournée des Néo-Zélandais, à l’automne 1967. L’essai fut concluant et il connut sa première sélection, lors du test match du 25 novembre, à Colombes. Le XV de France reçu une terrible leçon des « All Blacks » (15-21). Quinze jours plus tard, il connut la dure bataille contre des Roumains, le 10 décembre 1967, qui furent coriaces à vaincre (12-03) dans la boue de Nantes : son superbe plongeon contribua à la victoire française ! Pour ces deux matches, son ami Jean TRILLO était du voyage…

Jean-Michel CAPENDÉGUY débarqua de Toulon où il se morfondait à l’aile des « rouge et noir » qui jouaient plus au rugby à dix qu’à quinze. Profitant d’une mutation de professeur d’éducation physique et sportive au lycée agricole de Blanquefort pour arriver à Bègles dans l’espoir de bénéficier du jeu à la main que proposaient les jeunes béglais… Le sourire revenait chez cet attachant puncheur que ce soit à l’aile ou au centre de la ligne d’attaque béglaise. Le groupe l’avait adopté naturellement et lui s’y était fondu tout aussi facilement. Il venait d’offrir à sa mère ses maillots de l’Équipe de France, en guise de cadeau de Noël et un prochain mariage était envisagé aux beaux jours… … La vie promettait tant !

En route vers l’entrainement dans les projecteurs de Musard, il a suivi le mauvais rebond du rugby… La dame à la faux l’a emporté : il avait à peine 24 ans !

JYB /K’nar 💙🤍 (le 18 septembre 2022)

Coeur à Damiers : Robert GENESTE

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Robert GENESTE (2 sélections)

Pour ce second poste de trois-quarts centre, Pierre DIZABO, le landais de Tyrosse, aurait pu être évoqué (13 sélections), mais quand il arriva à Bègles, en 1960, « Pèpe » avait fini sa carrière internationale qui a connu entre sa onzième et sa douzième sélection, une interruption de dix ans (un record) expliquée par une maladie… Évoquer Robert GENESTE (2 sélections – carte d’international n° 342), c’est évoquer aussi la famille GENESTE, des vrai « cabistes » !  

« Docteur Miracle », un prêtre commença à le surnommer ainsi… Mais, il a vite refusé ce qualificatif, non seulement par humilité, mais aussi par objectivité. Le Dr. GENESTE portait sur le rugby un regard lucide, mais néanmoins amoureux des rebonds de ce ballon pas comme les autres… Le rugby a été le compagnon de toute son existence !

Ce sont ses études de médecine qui l’amenèrent à Bordeaux. Après avoir débuté à Angoulême, il débarque dans la capitale d’Aquitaine pour sa première année de médecine. Comme tout bon étudiant, il s’inscrivit au B.E.C., puis les MOGA et autre CHABAN-DELMAS le ramenèrent au C.A. Béglais… On se souvient de lui comme un trois-quarts centre puncheur, décidé et entreprenant, avec de grosses qualités de défenseur désintégrant. On parle alors de « centre-dynamite ». Sous les couleurs de ces deux derniers clubs, il fut honoré d’une sélection avec le XV de France : la première, en 1945, contre l’ARMY RUGBY UNION (21-9) et la seconde sélection, en 1949, pour une victoire en Argentine (12-03). À chaque fois, il portait le numéro 14 dans le dos, et « Bambi » calait la mêlée avec Robert SORO. 

De son passé de rugbyman, c’est tout naturellement qu’il s’orienta vers la chirurgie traumatologique du sport. Robert GENESTE sortit major du concours d’internat en 1943 et entra dans une carrière chirurgicale[jy1] . Il est ensuite devenu un Professeur émérite et un praticien renommé. D’illustres joueurs internationaux (notamment Pierre ALBALADÉJO, Jean BARTHE, Roger MARTINE, Jacques MONCLA, Jean PRAT ou Marcel PUJET) et d’autres joueurs plus ou moins connus dans d’autres disciplines sportives… Son ancien partenaire, Jacques CHABAN-DELMAS, alors Premier Ministre, lui confia ses deux genoux. De même, il s’est occupé des deux ménisques de mon genou droit, à mes 15 ans ! C’est ainsi que j’ai rencontré le médecin du XV de France, le Dr. Jean PENE, ami de Robert GENESTE. Il m’avait remis un autographe de Jean-Pierre ROMEU pour m’encourager dans ma convalescence…

Avec son épouse Dorcas (infirmière de l’hôpital protestant de Bagatelle), il fonda une famille nombreuse de huit enfants, cinq filles et trois fils, tous influencés par le médical et le rugby : Florence (médecin scolaire), Martine (ophtalmologiste), Michel (kinésithérapeute), Nicole (infirmière), Bernard (dentiste), Maryse (dentiste), Marc (chirurgien) et Catherine (médecin).

Les frères GENESTE (Michel, Bernard, Marc) ont pratiqué le rugby au C.A. Béglais dans les années 1970-1980… Je les ai tous connus ! Les trois frères ont commencé par l’école de rugby et ont gravi les échelons des différentes catégories en étant souvent surclassés pour finir avec « l’équipe-fanion ». On les retrouve sur les photos de l’équipe-fanion, dès 1978… Michel l’aîné, numéro 6, grand et sec, qui a été invité, pour le centenaire du Pays de Galles, par les « Barbarians Britanniques » contre la Nouvelle-Zélande à Bayonne (18-28) avec le short et les chaussettes du C.A. Béglais. Il flirta avec le XV de France en ayant une sélection en « A’ » contre la Russie. Sa carrière s’est terminée sans la reconnaissance du XV de France… une anomalie !  Le deuxième de la trilogie, Bernard, était mi-avant (troisième ligne) ou mi-arrière (trois-quatre centre), comme un trait d’union entre ses deux frères. Champion de France Juniors-Reichel en 1977, sa spécialité tenait dans un placage qui a « dessoudé » plus d’une épaule adverse… Enfin, Marc, fut Champion de France avec le n°15 floqué dans le dos. Il connut quelques sélections en Équipe de France scolaires et universitaires…

Les trois garçons sont en fait une synthèse du père : l’ainé fut invité des « Barbarians » comme Robert fut sélectionné contre l’ARMY RUGBY UNION en 1945 ; Bernard fut un solide trois-quatre centre et redoutable défenseur comme son père ; et Marc, également chirurgien spécialisé dans la traumatologie, fut pareillement sacré Champion de France… Clin d’œil du destin, une de ses filles, Maryse, est sortie du lot et s’est marié avec un médecin-rugbyman de… Bègles !

JYB /K’nar 💙🤍 (le 15 septembre 2022)


Coeur à Damiers : Jean TRILLO

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Jean TRILLO (29 sélections)

À ce poste de trois-quarts centre, le plus célèbre des Béglais fut incontestablement Jean TRILLO (29 sélections – carte d’international n° 571). Certes, Richard DOURTHE a comptabilisé 31 sélections, mais elles avaient été obtenues avant même son arrivée dans l’effectif du CABBG (2002-2003)…

Ce numéro treize, il a bercé toute mon enfance à tel point d’en rêver et de vouloir porter ce chiffre dans le dos… Il est encore dans toutes les mémoires des amoureux du rugby et du « French Flair ». Je revois encore ce n°13 à damiers chiper le ballon sous le nez de Jean-Louis BÉROT lors de la finale de 1969 ! Alors qu’il porte, par superstition, le numéro 13 en club (à Condom comme à Bègles), sous le maillot frappé du Coq, c’est le numéro 12 qui lui est affecté… Par la suite, par amitié pour son copain Jo MASO, il délaissa le n°12 pour récupérer son numéro fétiche et l’incite à le conserver… par superstition !.

Formé à l’école du S.A. CONDOM (dont son père était le Vice-Président), Jean TRILLO monte à Bordeaux pour y faire ses études de professorat d’éducation physique et sportive au CREPS de Talence. Pierrot MARRENS qui œuvre dans le coin, le prend sous son aile et lui tient des conversations rugbystiques « décortiquées », telles que Jeannot les aime… Il signa alors au C.A. Béglais et fit son service à la B.A. 106 de Mérignac, grâce aux frères MOGA. En trois ans, il joue deux finales du Championnat de France et il intègre le XV de France tout de suite après la première, en 1967, avec son compère Jacky CRAMPAGNE, aux confins du monde, en Afrique du Sud (cf. infra.)… Première sélection et premier essai avec la victoire en prime !

Longtemps, il est resté le plus « capé » de nos Béglais ! « Et encore, j’en ai refusé quelque unes, parce qu’il n’y avait pas mon copain (ndlr : Jo MASO) » m’avait confié l’intéressé… 29 sélections au compteur dont une en tant que Capitaine du XV de France, en Afrique du Sud… Parti comme Vice-Capitaine, il honora son unique capitanat par un essai sur le terrain pelé de Bloemfontein. Au final, il totalisera six essais à son actif ! Il fit partie de l’aventure du premier « Grand Chelem » français en 1968, notamment lors des premières rencontres contre l’Écosse, puis l’Irlande…

Gascon de naissance, il devient le « D’ARTAGNAN » de l’attaque française, virtuose de l’offensive, orfèvre de l’attaque, mais aussi redoutable défenseur. Antoine BLONDIN avait ce mot délicieux à ce sujet : « TRILLO plaquait pour trois… Normal, sinon il ne se serait pas appelé trio ! ». Six ans durant, il fut associé à son copain, Jo MASO… Pas toujours, mais souvent ! Le « French Flair » s’installe entre eux deux. Jo MASO et Jean TRILLO ont eu cette envie intime d’avoir un frère, comme les BONIFACE. Jo MASO disait de son association avec Jean TRILLO : « quand Jeannot partait, la passe partait : avec lui, j’avais trouvé un partenaire idéal »… Jo l’esthète avec son frère de cœur, Jeannot, ouvert aux idées nouvelles et sensible au beau jeu. Plus que de fraternité, on parlait d’affinités qui ne se concrétisaient que lors des retrouvailles en Équipe de France, parce que les attaques étaient toujours belles et réussies. Passionné, cérébral, consciencieux et obsédé de détails, il est devenu, petit à petit, un maitre du beau jeu, mêlant esprit et panache… Encore des ambassadeurs du « French Flair » ! Les paires MASO-TRILLO et DOURTHE-LUX ont longtemps été opposée dans les journaux… Jean-Pierre LUX formait une paire redoutable avec Claude DOURTHE au sein de l’U.S. DAX. Comme quelques autres Dacquois, ils avaient bénéficié d’une certaine filière pour intégrer l’école dentaire de BORDEAUX. Jean TRILLO les a souvent affrontés en « Universitaires ». DOURTHE, LUX, MASO et TRILLO ont été réunis sous le maillot tricolore pour une victoire, en juin 1972, aux confins du monde, à Brisbane en AUSTRALIE contre les « Wallabies » (14-15) : l’expérience ne fut plus renouvelée… Parce qu’il fut décrié par les « Gros Pardessus » de la F.F.R. (décrété « trop beau … avec des allures de pédé avec son short étroit et ses cheveux longs » selon Guy BASQUET) Jo MASO fut écarté au profit de Claude DOURTHE, plus réaliste. Aussi, faute d’être associé à son pote de l’attaque, Jean TRILLO disparut des tablettes des sélectionneurs après une défaite en 1973 en ANGLETERRE, dans le « Temple » du rugby. Néanmoins, ce prince de l’attaque eut le plaisir de jouer son dernier match au Parc des… Princes !

Côté club, il accepta d’être joueur-entraineur : ce fut un échec ! L’idée lui traversa l’esprit de rejoindre son ami Jo MASO à NARBONNE… Finalement, il partit simplement faire une escapade mérignacaise, au S.A.M, qui venait d’accéder à l’élite du rugby français. Cette mutation dans l’autre banlieue bordelaise fut source de nombreuses polémiques, voire « médisances ». Inséparables sur le terrain international, Jo et Jeannot sont restés liés étroitement dans la vie. Jo MASO venait à peine de refuser d’être co-entraîneur de l’Équipe de FRANCE que Jeannot accepta. Peut-être en voulant « tordre le cou » au reproche qu’on lui faisait de ne pas s’être imposé comme un leader au sein du XV de France, il revient proposer ses idées du beau jeu, en tant que co-entraineur avec Daniel DUBROCA en 1991, en pleine crise fédérale. A l’époque, on sort de l’ère du « P’tit Caporal », Jacques FOUROUX, et l’Équipe de France n’a plus de titres depuis 5 ans, malgré des talents indéniables… Perfectionniste dans l’âme, à la recherche du mieux rugbystique, il communique sa foi à la jeune génération des CAMBÉRABÉRO, LAFOND, SELLA, MESNEL, LAGISQUET ou BLANCO… Ce souci de réflexion, Jean TRILLO le cultive depuis toujours, une sorte d’inquiétude permanente sur l’évolution du rugby, sur les secrets de l’attaque, sur les hommes et le jeu qu’ils proposent. Il privilégie une harmonie et dose ses mots, choisit des termes a priori énigmatiques, voire impénétrables, sauf pour les « Seigneurs » de l’attaque. Le discours est salutaire et les joueurs s’y sont complus dans un excellent état d’esprit… Le « Grand Chelem » était au bout de l’aventure, à TWICKENHAM, pour le centenaire du « Temple ». On sait le sort qui fut réservé à BLANCO, par les Anglais, pour sa dernière dans le Tournoi. Les Anglais ont tiré les premiers et remporté le « Grand Chelem » ; les Français ont eu l’honneur et le panache en consolation avec un essai de légende : le « Try of the Century ». Le philosophe du rugby avait trouvé ses disciples ! Sous l’ère TRILLO/DUBROCA, les Français finissent meilleurs marqueurs du « Tournoi » avec 11 réalisations pour n’en encaisser que deux, devançant toutes les autres nations y compris les « Chelmar d’Anglais ». Jean TRILLO, en compagnie de Daniel DUBROCA, mena les bleus jusqu’en 1/4 de finale de la coupe du monde 1991, malgré une ambiancé délétère dans la coulisse…

Certainement pour rendre modestement au club ce qu’il lui avait apporté, il s’occupa, à différents niveaux, des équipes du club pour partager notamment sa joie de jouer. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de le voir s’occuper des Minimes de l’école de rugby du C.A.B… Jean TRILLO fut mon premier entraineur à l’école de rugby de C.A. Béglais, avec un autre célèbre international du club, Christian SWIERCZINSKI, plus connu sous le patronyme de « Tarzan ». Une paire d’internationaux pour occuper mes mercredi après-midi… Le rugby devenait désormais pour moi une formidable récréation : je devrais un jour lui rendre, moi aussi et plus modestement, ce qu’il venait de m’offrir. À l’aube de la saison 1984-1985, à l’appel du « Grand » MOGA, il revient au C.A. Béglais (devenu entre-temps C.A.B.B.) auquel il resta profondément attaché.

Perpétuel anxieux, éternel insatisfait, pour lui ce qui est trop simple n’a pas d’attrait ! Ses messages n’ont pas été toujours bien compris… Bref, sa carrière d’entraineur ne lui valut pas que des satisfactions. Néanmoins, il méritait l’honneur de la Nation et on pouvait lui donner la Légion d’Honneur qu’il reçut, un soir de 2014, des mains d’André BONIFACE, celui-là même à qui il voulait tant ressembler… Seul Jo MASO manquait à la fête !

Ses deux fils pratiquèrent également le rugby sans pâtir d’être les « fils de… ». Eux aussi revêtir le maillot à damiers et le petit dernier, François, connu comme son père la joie d’être Champion de France en 1991… Aujourd’hui, il est à la tête d’une association floiracaise, « Sport & Emploi », visant à faciliter l’intégration des provinciaux débarquant dans une mégapole, comme lui le fut en arrivant de CONDOM : peut-être son plus bel essai ! Le S.A. CONDOM lui rendit hommage en dénommant son stade, Jean TRILLO pour le replacer dans la ligne d’attaque.

JYB /K’nar 💙🤍 (le 09 septembre 2022)

Coeur à Damiers : Jacques CHABAN-DELMAS

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Jacques CHABAN-DELMAS (1 sélection)

À ce poste d’ailier gauche, j’aurais pu vous parler de Patrice LAGISQUET, le félin du Bassin, ou de William TECHOUEYRES, la fine lame d’Arguin. Mais le premier eut une belle carrière internationale (46 capes) qu’après deux saisons à Bègles (dont une en Juniors), et le second ne revêtit la tunique tricolore (3 sélections), qu’une fois migré au SBUC, pendant le tournoi 1994 puis durant la Coupe du Monde 1995, en Afrique du Sud, où il joua les coiffeurs… L’histoire de CHABAN (carte d’international n°355) est un peu celle de l’évolution du C.A. Béglais…  

En 1944, il est, à 29 ans, le plus jeune général de l’armée française depuis le Premier Empire. Doté de talents multiples, Jacques CHABAN-DELMAS fut un rugbyman fin et intelligent. Il se vantait de courir les cent mètres en onze secondes. On disait qu’il savait se défaire du ballon avant d’être plaqué. Il affectionnait le coup de pied de recentrage (ndlr : déjà !), très utilisé en ces temps héroïques. À ses débuts, il portait régulièrement le béret, très à la mode… Hélas, il n’y a pas de photo de cette époque !

Le célèbre trois-quarts aile du C.A.S.G, puis du C.A. Béglais, honora sa seule et unique sélection, à Richemond (sur le pré du futur Twickenham) en 1945 contre l’équipe de l’Empire Britannique (06-27). C’était le premier déplacement du XV de France après la Libération. Les Bayonnais André ALVAREZ (le père d’Aline et Peyo) et Jean DAUGER, Jean PRAT (« Mr. Rugby ») et Robert SORO (« le Lion de Swansea ») accompagnaient le « Général » en Angleterre. Bien évidemment, Bambi MOGA et son frère André étaient de la partie… Des célèbres dirigeants étaient également du voyage : Adolphe JAURÉGUY et René CRABOS. Bien évidemment, Bambi MOGA et son frère André étaient de la partie…

On connaît la grande amitié qui le lia à la famille MOGA, ses frères des Capucins, notamment pendant l’Occupation et au sein de la Résistance. On le sait aujourd’hui, il continua à jouer au C.A. Béglais en étant déjà député-maire de Bordeaux. À cette époque, le C.A. Béglais pouvait se targuer d’avoir deux ailiers qui couraient les cent mètres en onze secondes : CHABAN et LACAUSSADE. Les autres compères de rugby étaient les frères MOGA, bien sûr, mais aussi HÉRICE, MARRENS, et autre GENESTE… Même s’il a participé à l’épopée menant au premier titre national de son club en 1949, il s’est délibérément retiré du parcours final qui se déroulait à… Bordeaux. Bouquet final, c’est Chaban qui remet le trophée à son copain, « Pierrot » MARRENS.

Il restera toujours fidèle à cette fraternité de vestiaires, toujours fidèle à ses racines à damiers. Il accompagnera le « Grand » dans sa volonté de faire grandir le club, dans l’évolution de son acronyme (CAB – CABB – CABBG)… Décédé en novembre 2000, CHABAN ne connaitra pas le passage vers l’UBB et les exploits de son équipe dans le stade Lescure qui porte désormais son nom.

On prétend qu’il adorait les coups de pied de recentrage, caractéristique que l’on retrouva tout au long de sa carrière politique… Cela étant, il a délaissé petit à petit le rugby pour se consacrer au tennis, puis au golf : plus « smart » ! Il opta pour un parcours politique tant à Bordeaux qu’à Paris. Toujours fringant, il montait quatre à quatre les marches de Matignon, pour finir au perchoir de l’Assemblée Nationale. La politique politicienne a tué ses ambitions de sa « nouvelle société », jugée trop à … gauche : le comble pour un ailier gauche !

JYB /K’nar 💙🤍 (le 02 septembre 2022)