Salut les Damiers 💙🤍 !
Saga des internationaux du CAB : Jean TRILLO (29 sélections)
À ce poste de trois-quarts centre, le plus célèbre des Béglais fut incontestablement Jean TRILLO (29 sélections – carte d’international n° 571). Certes, Richard DOURTHE a comptabilisé 31 sélections, mais elles avaient été obtenues avant même son arrivée dans l’effectif du CABBG (2002-2003)…
Ce numéro treize, il a bercé toute mon enfance à tel point d’en rêver et de vouloir porter ce chiffre dans le dos… Il est encore dans toutes les mémoires des amoureux du rugby et du « French Flair ». Je revois encore ce n°13 à damiers chiper le ballon sous le nez de Jean-Louis BÉROT lors de la finale de 1969 ! Alors qu’il porte, par superstition, le numéro 13 en club (à Condom comme à Bègles), sous le maillot frappé du Coq, c’est le numéro 12 qui lui est affecté… Par la suite, par amitié pour son copain Jo MASO, il délaissa le n°12 pour récupérer son numéro fétiche et l’incite à le conserver… par superstition !.
Formé à l’école du S.A. CONDOM (dont son père était le Vice-Président), Jean TRILLO monte à Bordeaux pour y faire ses études de professorat d’éducation physique et sportive au CREPS de Talence. Pierrot MARRENS qui œuvre dans le coin, le prend sous son aile et lui tient des conversations rugbystiques « décortiquées », telles que Jeannot les aime… Il signa alors au C.A. Béglais et fit son service à la B.A. 106 de Mérignac, grâce aux frères MOGA. En trois ans, il joue deux finales du Championnat de France et il intègre le XV de France tout de suite après la première, en 1967, avec son compère Jacky CRAMPAGNE, aux confins du monde, en Afrique du Sud (cf. infra.)… Première sélection et premier essai avec la victoire en prime !
Longtemps, il est resté le plus « capé » de nos Béglais ! « Et encore, j’en ai refusé quelque unes, parce qu’il n’y avait pas mon copain (ndlr : Jo MASO) » m’avait confié l’intéressé… 29 sélections au compteur dont une en tant que Capitaine du XV de France, en Afrique du Sud… Parti comme Vice-Capitaine, il honora son unique capitanat par un essai sur le terrain pelé de Bloemfontein. Au final, il totalisera six essais à son actif ! Il fit partie de l’aventure du premier « Grand Chelem » français en 1968, notamment lors des premières rencontres contre l’Écosse, puis l’Irlande…
Gascon de naissance, il devient le « D’ARTAGNAN » de l’attaque française, virtuose de l’offensive, orfèvre de l’attaque, mais aussi redoutable défenseur. Antoine BLONDIN avait ce mot délicieux à ce sujet : « TRILLO plaquait pour trois… Normal, sinon il ne se serait pas appelé trio ! ». Six ans durant, il fut associé à son copain, Jo MASO… Pas toujours, mais souvent ! Le « French Flair » s’installe entre eux deux. Jo MASO et Jean TRILLO ont eu cette envie intime d’avoir un frère, comme les BONIFACE. Jo MASO disait de son association avec Jean TRILLO : « quand Jeannot partait, la passe partait : avec lui, j’avais trouvé un partenaire idéal »… Jo l’esthète avec son frère de cœur, Jeannot, ouvert aux idées nouvelles et sensible au beau jeu. Plus que de fraternité, on parlait d’affinités qui ne se concrétisaient que lors des retrouvailles en Équipe de France, parce que les attaques étaient toujours belles et réussies. Passionné, cérébral, consciencieux et obsédé de détails, il est devenu, petit à petit, un maitre du beau jeu, mêlant esprit et panache… Encore des ambassadeurs du « French Flair » ! Les paires MASO-TRILLO et DOURTHE-LUX ont longtemps été opposée dans les journaux… Jean-Pierre LUX formait une paire redoutable avec Claude DOURTHE au sein de l’U.S. DAX. Comme quelques autres Dacquois, ils avaient bénéficié d’une certaine filière pour intégrer l’école dentaire de BORDEAUX. Jean TRILLO les a souvent affrontés en « Universitaires ». DOURTHE, LUX, MASO et TRILLO ont été réunis sous le maillot tricolore pour une victoire, en juin 1972, aux confins du monde, à Brisbane en AUSTRALIE contre les « Wallabies » (14-15) : l’expérience ne fut plus renouvelée… Parce qu’il fut décrié par les « Gros Pardessus » de la F.F.R. (décrété « trop beau … avec des allures de pédé avec son short étroit et ses cheveux longs » selon Guy BASQUET) Jo MASO fut écarté au profit de Claude DOURTHE, plus réaliste. Aussi, faute d’être associé à son pote de l’attaque, Jean TRILLO disparut des tablettes des sélectionneurs après une défaite en 1973 en ANGLETERRE, dans le « Temple » du rugby. Néanmoins, ce prince de l’attaque eut le plaisir de jouer son dernier match au Parc des… Princes !
Côté club, il accepta d’être joueur-entraineur : ce fut un échec ! L’idée lui traversa l’esprit de rejoindre son ami Jo MASO à NARBONNE… Finalement, il partit simplement faire une escapade mérignacaise, au S.A.M, qui venait d’accéder à l’élite du rugby français. Cette mutation dans l’autre banlieue bordelaise fut source de nombreuses polémiques, voire « médisances ». Inséparables sur le terrain international, Jo et Jeannot sont restés liés étroitement dans la vie. Jo MASO venait à peine de refuser d’être co-entraîneur de l’Équipe de FRANCE que Jeannot accepta. Peut-être en voulant « tordre le cou » au reproche qu’on lui faisait de ne pas s’être imposé comme un leader au sein du XV de France, il revient proposer ses idées du beau jeu, en tant que co-entraineur avec Daniel DUBROCA en 1991, en pleine crise fédérale. A l’époque, on sort de l’ère du « P’tit Caporal », Jacques FOUROUX, et l’Équipe de France n’a plus de titres depuis 5 ans, malgré des talents indéniables… Perfectionniste dans l’âme, à la recherche du mieux rugbystique, il communique sa foi à la jeune génération des CAMBÉRABÉRO, LAFOND, SELLA, MESNEL, LAGISQUET ou BLANCO… Ce souci de réflexion, Jean TRILLO le cultive depuis toujours, une sorte d’inquiétude permanente sur l’évolution du rugby, sur les secrets de l’attaque, sur les hommes et le jeu qu’ils proposent. Il privilégie une harmonie et dose ses mots, choisit des termes a priori énigmatiques, voire impénétrables, sauf pour les « Seigneurs » de l’attaque. Le discours est salutaire et les joueurs s’y sont complus dans un excellent état d’esprit… Le « Grand Chelem » était au bout de l’aventure, à TWICKENHAM, pour le centenaire du « Temple ». On sait le sort qui fut réservé à BLANCO, par les Anglais, pour sa dernière dans le Tournoi. Les Anglais ont tiré les premiers et remporté le « Grand Chelem » ; les Français ont eu l’honneur et le panache en consolation avec un essai de légende : le « Try of the Century ». Le philosophe du rugby avait trouvé ses disciples ! Sous l’ère TRILLO/DUBROCA, les Français finissent meilleurs marqueurs du « Tournoi » avec 11 réalisations pour n’en encaisser que deux, devançant toutes les autres nations y compris les « Chelmar d’Anglais ». Jean TRILLO, en compagnie de Daniel DUBROCA, mena les bleus jusqu’en 1/4 de finale de la coupe du monde 1991, malgré une ambiancé délétère dans la coulisse…
Certainement pour rendre modestement au club ce qu’il lui avait apporté, il s’occupa, à différents niveaux, des équipes du club pour partager notamment sa joie de jouer. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de le voir s’occuper des Minimes de l’école de rugby du C.A.B… Jean TRILLO fut mon premier entraineur à l’école de rugby de C.A. Béglais, avec un autre célèbre international du club, Christian SWIERCZINSKI, plus connu sous le patronyme de « Tarzan ». Une paire d’internationaux pour occuper mes mercredi après-midi… Le rugby devenait désormais pour moi une formidable récréation : je devrais un jour lui rendre, moi aussi et plus modestement, ce qu’il venait de m’offrir. À l’aube de la saison 1984-1985, à l’appel du « Grand » MOGA, il revient au C.A. Béglais (devenu entre-temps C.A.B.B.) auquel il resta profondément attaché.
Perpétuel anxieux, éternel insatisfait, pour lui ce qui est trop simple n’a pas d’attrait ! Ses messages n’ont pas été toujours bien compris… Bref, sa carrière d’entraineur ne lui valut pas que des satisfactions. Néanmoins, il méritait l’honneur de la Nation et on pouvait lui donner la Légion d’Honneur qu’il reçut, un soir de 2014, des mains d’André BONIFACE, celui-là même à qui il voulait tant ressembler… Seul Jo MASO manquait à la fête !
Ses deux fils pratiquèrent également le rugby sans pâtir d’être les « fils de… ». Eux aussi revêtir le maillot à damiers et le petit dernier, François, connu comme son père la joie d’être Champion de France en 1991… Aujourd’hui, il est à la tête d’une association floiracaise, « Sport & Emploi », visant à faciliter l’intégration des provinciaux débarquant dans une mégapole, comme lui le fut en arrivant de CONDOM : peut-être son plus bel essai ! Le S.A. CONDOM lui rendit hommage en dénommant son stade, Jean TRILLO pour le replacer dans la ligne d’attaque.
JYB /K’nar 💙🤍 (le 09 septembre 2022)