SAGA ETE 2025 : MUSARD

préambule : si musard m’était conté !

À partir de ce jour-end et jusqu’à la mi-septembre, commencera la cinquième saga estivale du « Cœur à Damiers », consacrée, cette année, au stade « Musard »…

Les non avertis peuvent être facilement perdus par les différentes dénominations du lieu : Musard, Delphin Loche ou Moga… « Musard », c’est le nom du propriétaire originel du foncier. En 1988, le stade « Musard » est rebaptisé stade « André-Moga », en hommage au président historique du C.A. Béglais, de 1958 à son décès (22 décembre 1992). Quant au complexe « Delphin Loche », il désigne l’ensemble de l’infrastructure, incluant le stade « André MOGA ». Le complexe sportif « Delphin Loche » accueille donc plusieurs installations sportives (terrains de rugby, fronton, courts de tennis et padel, etc.), le stade « MOGA » et le « Campus Ceva » qui est le centre d’entrainement de l’UBB.

D’un pré champêtre, sans perches, ni radis, aux infrastructures d’aujourd’hui, laissez-moi vous conter l’histoire de « Musard », en quinze épisodes, bien sûr !

épisode n°1 – Delphin Loche et Musard !

On va commencer par le début ! Quand on rentre à « Musard », tout de suite on fait connaissance avec la stèle de Delphin Loche, datée de 1957… Comme tout Béglais qui se respecte, on a tous en tête le portrait de Delphin Loche, avec ses bacchantes taillées en pointe et sa barbe napoléonienne…

Le Béglais Delphin Loche, fils de famille royaliste et vice-président du Comité de Côte d’Argent est le père fondateur du C.A. Béglais… Plus exactement, il est un des cinq compères co-fondateurs ! En effet, un soir de février 1907, le 17 plus précisément, les trois frères, Louis, Delphin et André Loche, accompagnés de deux comparses, Gaston Martin et Daniel Florent assistent au quart de finale opposant, au stade « Sainte-Germaine », le « Stade Bordelais » et le « S.O.E.T. » (Stade Olympien des Étudiants Toulousains). Les Bordelais ont gagné le match (18-0) et seront Champions de France pour la quatrième fois d’affilée et leur cinquième titre national… Quant au « S.O.E.T », ce sera son dernier match et fusionnera avec le Stade Toulousain.

Rappelons ici, que le « SBUC » était à l’apogée de son histoire ! Entre 1899 et 1911, le club ramène sept fois le bouclier de Brennus sur les bords de la Garonne. Aussi, cette notoriété déclenche l’engouement populaire et suscite l’intérêt de nos cinq comparses, venus de l’autre côté de la ville, depuis la banlieue populaire de Bègles. Ils sont particulièrement séduits par la qualité du spectacle. Ils ont immédiatement l’envie de créer un club sportif près de chez eux pour la pratique du rugby.

Les amateurs intéressés par l’aventure sont aussitôt convoqués à une réunion. La famille Varailhon, propose une modeste salle, située au coin de la rue Calixte-Camelle et de la place du XIV Juillet… Les convocations sont improvisées, l’assistance est inespérée. Une trentaine de jeunes gens sont présents dans une salle, basse et mal éclairée. Une décision de principe est prise. Les pessimistes en sont pour leurs frais. Il y aura un club sportif à Bègles. Il faut lui donner un nom. On penche un moment pour « Bégliator ». La raison et la simplicité l’emportent : la société nouvelle s’appellera le « Club Athlétique Béglais ». Les maillots seront rouges avec col et poignets bleus, la cotisation des membres actifs sera fixée à dix sous (0,50 F) et celle des membres honoraires au double…

Reste maintenant à trouver un terrain ! Les rugbymen béglais évoluent tout d’abord dans un terrain vague, tout près du boulevard Jean-Jacques, au « Moutonnier », jouxtant une porcherie, à l’emplacement des Glaces Saint-Gobain… Mais, Delphin Loche se met en chasse d’une solution foncière plus durable… Il avait repéré un vaste pré, de trois hectares, situé en plein centre de Bègles… Aussi, dès l’année suivante, les béglais sur le pré du père Lassalle, le locataire de la prairie du lieu-dit « Campgrand », sur lequel paissent ses vaches laitières. En effet, le pré appartient à M. et Mme Savoie. C’est pourtant avec Lassalle que négocie Delphin Loche et il obtient la sous-location au profit du « C.A. Béglais » pour la somme de 15 F, par mois. La somme est rondelette, d’autant que la caisse sonne creux. Le laitier, avait accepté, moyennant une indemnité de quinze francs par mois de retirer ses vaches le dimanche… Ainsi, le champ avait donc deux vocations : le pacage des vaches semaine et le rugby le week-end puisque le terrain n’était sous-loué que pour les deux jours de fin de semaine…

Le foncier a également un autre patronyme : « Musard » ! Il tire son nom du plus ancien propriétaire connu du lieu, Jean-Baptiste MUZARD, Capitaine dans les armées de la Révolution. Sa famille détiendrait ce terrain depuis 1760… C’est sur ce terrain que le siège du club est installé… Aujourd’hui, il donne également son nom à l’arrêt de tramway, tout proche.

Ce grand champ a donc servi de premier terrain d’entrainement… Ainsi, à l’été 1907, sur cette modeste pelouse, quelques jeunes gens participent joyeusement au premier entraînement, sous la houlette de l’entraineur, Maurice Gabert, et sous l’œil bienveillant de Delphin Loche, institué premier président du C.A. Béglais… Sur la pelouse, il y a là les Dubern, Martin, Dedieu, Lassalle ou Gabert le capitaine-entraineur, venus les uns du « FC Bordelais », et d’autres devenus adeptes d’un sport dont la vogue va croissant depuis quelques temps dans la région. Néanmoins, le foncier est chaotique (caillasses, nids de poule, détritus, bouses de vache, etc.). On doit recourir à des expédients : il faut nettoyer l’espace, ériger les poteaux et tracer les lignes tous les dimanches matin… Chacun s’y met ! Du Président aux joueurs. Pas de vestiaires, pas de douches. Une généreuse voisine, la mère Pambrun, autorise les joueurs à se mettre en tenue chez elle et pousse l’obligeance jusqu’à leur prêter une grande « baille » pour qu’ils se débarbouillent et se décrassent. Le terrain était balisé par des coquilles d’huitres ou autres culs de bouteilles que le Président, en personne, venait retirer le dimanche soir, avec sa brouette… Tout un état d’esprit !

Les débuts furent pénibles : un terrain ouvert à tout curieux, de forme triangulaire, un vestiaire partagé avec des animaux… On n’entreprend donc que des travaux de première nécessité, mais toujours pas de vestiaires. On ne peut pas toujours solliciter la mère Pambrun… Le « Café de France », tenu par M. Caujolle, rue du Maréchal-Joffre, en fera office. L’orientation du terrain est perpendiculaire à celle d’aujourd’hui, dans le sens route de Toulouse- Garonne… Puis, on fit pousser une clôture végétale pour éviter que vaches ou curieux ne s’y aventurent bêtement. Entre-temps, les Béglais abandonnent leur premier maillot rouge à parements bleus pour celui à damiers bleus et blancs, copié sur celui des médecins londoniens des « London Hospitals ». L’emblème devint le radis symbolisant les cultures maraichères de la cité.  Pour le premier match qui se disputa à « Musard », le prix de l’entrée s’élevait à 25 centimes. Un seul spectateur déboursa cette obole que le Président n’accepta finalement pas : l’argent ne fait pas le bonheur ! La « Grande Guerre » cassa l’euphorie des radis : beaucoup de « Cabistes » y laissèrent leur peau ! Un monument leur est dédié à l’entrée du stade. Le rugby est, alors, loin des préoccupations de nos aïeuls et les vaches retournèrent occuper « Musard », pendant quatre à cinq ans…

Dès 1919, on construit la première tribune, dans l’axe de la voie d’accès, de ce qu’on appelle, aujourd’hui, l’impasse Delphin Loche… Le terrain, jusqu’alors perpendiculaire à son orientation actuelle, fut pivoté en adéquation avec la nouvelle tribune…  En 1922, Delphin Loche obtient du propriétaire le statut de locataire à bail. Maurice Gabert, le premier capitaine béglais, émet l’idée d’un achat. Le 14 octobre 1924, le « C.A. Béglais » acquiert les 30.750 m² de « Musard » pour 120.000 anciens francs. La somme est rondelette et l’acquisition est échelonnée sur quatre ans. Chacun mit la main à sa poche, selon ses moyens… Tout un état d’esprit, vous dis-je ! Pour l’occasion, on avait organisé la première fête annuelle, un peu comme la « fête de la morue », de nos jours… Le bal du samedi soir se déroule  sous une pluie battante, et le lâcher de pigeons du dimanche matin se déroule sans encombre avec un concert et le lancement du ballon « le cabiste », et un grand banquet de 700 couverts avec le traditionnel discours des édiles locaux et grands sociétaires… (extrait de la « Petite Gironde » du 8 sept.1924)

En 1928, le « C.A. Béglais » achète deux longueurs de terrain. On crée deux entrées nouvelles et on aménage des pelouses. Bien que propriétaire, il fallut construire des infrastructures dignes du statut de l’équipe première qui joue désormais en 1ère série. Des vestiaires sont construits et un puits fut creusé pour alimenter les douches. Rien à voir avec les installations de nos jours…  De plus en plus de gens s’intéressèrent au rugby et le public devenait de plus en plus fidèle. Parfois, certains regardaient par-dessus la palissade pour voir à l’œuvre Joseph Sourgens, Paul Saldou (futur Président), René Guichard avec son béret rivé sur la tête (« Tatave »), Alliez, Bonneau, Callède, Castets (« Pélique »), Soulé ou encore et autres Albert Potel. Certains d’entre eux vont être appelés en Équipe de France. En 1930, on coule une grande tribune en ciment, et des gradins couverts furent construits face à la grande tribune. Le stade peut contenir désormais 15.000 places : 9.000 en populaires et 6.000 en tribune. Les supporters sont désormais plus à leur aise.

En février 1935, Delphin Loche décède et le club perd plus qu’un Président fondateur : tout simplement un père ! Le stade portera désormais son nom, inscrit au-dessus du grand portail grillagé en bleu, ainsi que l’impasse qui y mène. Plus tard (en septembre 1967), on installe une statue du fondateur du club à l’entrée du stade… Son portrait est affiché en grand format au secrétariat du « C.A.B.–Omnisports »

épisode n°2 – musard & le boulevard de la tortue

« Musard » : pour mieux musarder ! Je vous propose une déambulation à travers « Musard », au rythme d’une tortue… Je veux vous parler ici du cheminement qui traverse tout « Musard ». Il part de l’impasse Delphin Loche, on passe le grand portail bleu (qu’il soit en bois, en grillage ou en acier) et on traverse ainsi tout le complexe, jusqu’au terrain de foot « Bergonié », plus connu actuellement sous le terme de « Campus-Ceva »

Au tout début, cette allée passante n’avait pas de nom ! En 1991, juste après le Bouclier de Brennus, elle prit le nom de « boulevard de la tortue », en référence, non seulement à la célèbre tortue caricaturée par Iturria, mais aussi et surtout pour consacrer à la force du pack béglais qui l’a conduit jusqu’au titre de suprême… Ce jour-là, il y avait là, bien évidemment les récents champions de France (Téchoueyres, Courtiols, Laporte, Delage, Boucher, Conchy et Mougeot) et le maire de Bègles, Noël Mamère…

Pendant longtemps, cette allée était en terre battue et devenait très boueuse en temps de pluie et se transformait en véritable bourbier au fil des années… En 1969, profitant de l’intersaison, la municipalité a entrepris des travaux d’aménagement. Ainsi, après la canalisation du ruisseau Sainte-Croix qui longeait l’ensemble sportif, le revêtement de bitume des allées a été entrepris rendant l’accès aux tribune impeccable : fini les « bottes » comme il se le disait le long des main-courantes.

On remarquera que le sous-bassement de l’esplanade des platanes est caractérisé par des rondins de ciment… À l’époque, les ouvriers travaillaient avec des bariques de vin en guise de moules dans lesquelles était coulé le ciment. Cette esplanade en pente vers le terrain servit pendant longtemps de pesage à l’arrière des poteaux, sous les mats où flotte avec le drapeau bleu-blanc-rouge, la bannière à damiers bleu et blanc. De là, on pouvait s’asseoir en face de la buvette du club de Jacky Jameau et prendre un peu l’air… J’ai une nostalgie particulière pour le « Musard » de la semaine : grand jardin au milieu des petits dont les tribunes sont intensément vides… Le « Musard » de la semaine, c’est celui de mes entrainements. J’attachais mon vélo le long du parapet sans réveiller le chien qui dormait paisiblement sur le bitume chaud. Instinctivement, je me dirigeais vers la buvette de « Jacky », en prenant soin de ne pas m’embarrasser de mon sac de sport laissé nonchalamment sur le seuil… (extraits de mon livre, intitulé « Mon Abécédaire du Rugby »)

Si on continue à suivre la rangée de platanes, on se recueille, vite fait, devant le monument aux morts placé entre les stèles de deux illustres Béglais : Delphin et ses belles baccantes, et le « Grand » dans l’ombre de « Fantomas »…. On le sait la première guerre mondiale à laquelle prenait part la quasi-totalité des membres a terriblement éprouvé le C.A. Béglais : 59 morts sur les 161 ! Leurs noms figurent sur les pans de la stèle ! Je peux en citer quelques-uns : Dubern, Diharce, Broca ou Lannegrand, morts à la « Grande Guerre », en Syrie, en Indochine ou en Algérie… Tous ces oubliés dont les noms façonnent l’ombre du monument qui, dans les soleils des commémorations annuelles, pose le voile triste de l’absence : les morts ne seront morts que lorsque les vivants les auront oubliés !

Suivons les feuilles mortes des platanes, comme les cailloux du Petit Poucet, et imaginons revoir la petite silhouette de « Papy Cacahuètes » (Charles Ederai de son état civil officiel)… Il a laissé sa vieille Peugeot break, bleu ciel, dans une des rues adjacentes, il a rempli son panier en osier de sachets de cacahuètes à décortiquer ou de pralines. Il les a préparés toute la semaine durant et les a sertis avec un cordon en plastique rouge. Après avoir offert un de ses sachets à Annie Jameau, il se positionne, là, au milieu de l’allée, casquette rivée sur la tête, un paquet dans chaque main… Avec sa petite voix fluette, il n’a pas besoin d’alpaguer le chaland : de toute façon, on ne l’entendrait pas ! Si par cas, il n’avait pas écoulé toute sa marchandise, il arpentait les tribunes pendant le match… Dans le même genre, on pouvait difficilement éviter les vendeurs de billets de tombola pour les gamins de l’école de rugby… Je revois encore le père Estival, Norbert de son prénom, dans ses œuvres !

Je ne n’attarde pas trop sur le siège social du Club Athlétique Béglais, installé là depuis 1970, en même temps que le club-house, à la place des anciens vestiaires. En suivant, la bulle du tennis, a masqué la cour arrière où se pratiquait le basket… Quand cette section sportive a déménagé, on y a construit le centre de formation, à la fin des années 1990.  Plus tard, la bulle tennis et, tout récemment, les terrains de padel ont occupé le foncier…

On tourne à angle droit vers le sud et la promenade nous fait longer le « cul » de la tribune d’honneur et ses vestiaires, et de l’autre côté le terrain annexe, à la pelouse pelée. Celui-ci a reçu toutes les catégories d’équipes : des enfants de l’école de rugby qui braillent et courent, jusqu’aux vieux de la « Réserve » qui râlent quand ils ne courent plus… Aujourd’hui, ce terrain est clos, à l’abri des regards et des drones, tandis que sa pelouse luit de son vert-luisant !

On arrive au bout de la déambulation et histoire de se rappeler qu’on est principalement en terre d’ovalie, on s’arrête, juste après l’escalier A de la tribune d’honneur, devant la majestueuse œuvre d’art en forme de ballon de rugby : un ballon de bois et de vent (ouvrage de Boite A’Part)… Mus’art à Musard !

Au final, on s’approche de la fin de la procession avec l’ancienne buvette du « fouteux » lorsqu’ils jouaient au stade « Bergonié », devenu depuis l’antre du « Ceva-Campus ». Aujourd’hui, leurs vestiaires servent aux équipes de jeunes rugbymen et aux anciens des « Archibal » ou des « Musardingues ». À défaut d’avoir un trou à rats, ces derniers utilisent le « Club-House L. Suhebiette », en hommage à « Susu ». Lucien, que tout le monde appelait « Chouette » : quelle figure ! Tour à tour, ouvrier, chef d’une entreprise de mécanique générale sise à Talence, sauteur en hauteur au CAB, dirigeant dévoué, champion du baby orange, roi du tango, conteur des vieilles histoires béglaises, un cœur à damier, un grand charmeur… Depuis l’âge de 10 ans, il avait sa carte du club et devenu adulte, il fut un athlète accompli, sous le maillot à damiers, dans toutes les disciplines qui lui convenaient (athlétisme, basket ou rugby). Truculent, il savait avec humour, mettre l’ambiance, certes convenable comme tout dirigeant averti… C’était un pur « cabiste » et un vrai « Mérovingien ». On retrouve également une plaque mémorielle, à proximité de l’escalier E de la tribune d’honneur, à l’endroit même où « Susu » s’est effondré, le 1er septembre 1990, juste après un match contre le B.O., en challenge Yves du Manoir, quelques mois après le départ de son épouse vers l’autre monde…

Fin de la balade de la tortue ! Je ne sais pas ce que cette plaque de rue est advenue…

épisode n°3 – moga à musard

Parce qu’il fut une grande figure de Bègles, André Moga est, tout comme Delphin Loche, à jamais statufié dans le stade désormais à son nom… En effet, depuis 1993, le 28 janvier, sur proposition de Christian Bagate, le comité directeur du C.A. béglais décida, à l’unanimité, de dénommer « Stade André Moga » les terrains de rugby, au sein du complexe sportif « Delphin Loche, … Par sûr que, de son vivant, il aurait souhaité une telle consécration ! C’est, effectivement, une reconnaissance par l’ensemble de ses pairs pour le comportement et l’esprit qui ont animé « Le Grand », pendant plus d’un demi-siècle, au sein de son club de cœur… Ainsi, à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle entrée du stade et du baptême de la nouvelle rue des frères Moga, une stèle du buste du « Grand » fut dévoilée le 13 novembre 1993 . Ce jour-là, Bernard Lapasset, Président de la F.F.R., s’était déplacé et avait coupé le ruban avec le maire de Bègles, Noël Mamère, en présence de son ami de toujours, Jacques Chaban-Delmas. « Le Grand » prenait place pour l’éternité à côté de « Delphin ».Quelques minutes plus tard, le CABBG de Vincent Etcheto l’emportèrent sur le « Castres Olympique » de Christophe Urios (22-06)… Désormais, chaque visiteur du stade ne peut échapper à son buste finement ciselé par le sculpteur Galy.

Dans l’histoire du C.A. Béglais, l’après-guerre correspond au temps des « Moga » ! Même si beaucoup de monde connaît peu ou prou l’histoire, peu banale, de cette fratrie, je me permets de vous la faire (re)découvrir… La famille Moga vient de l’autre côté de la frontière, de Viella dans le Val-d’Aran. Miguel Moga s’établit comme transporteur entre les abattoirs et les « Capucins » où son épouse Marceline, originaire de la Creuse, ouvrait une charcuterie. Miguel meurt en fin d’année 1930, obligeant son épouse à s’occuper de ses quatre garçons : Alfred, Alphonse, André et Alban… Seul Alfred ne pratiqua jamais le rugby, au contraire des trois autres. Pourquoi ont-ils joué à à Bègles ? Ce fut par la grâce d’une ligne de tramway qui passait au pied de l’appartement des Moga et menait à Musard… En effet, Marceline souhaitait que ses garçons utilisent ce moyen de transport moins aventureux que la bicyclette. Ainsi, les frères Moga posèrent leur sac de sport à Musard !

Aux « Capus », les frères Moga sont populaires ! Charcutiers en gros et détail, leur gabarit les fit vite connaitre tant au « maille » que sur le terrain. André fut surnommé « Le « Grand » car il était le plus grand des trois frères… « Fonfon » est un solide gaillard de première ligne, et le jeune « Bambi » est vite repéré par les sélectionneurs du XV de France. Il forme avec son frère ainé, un bel attelage en deuxième ligne. Les trois frères ont remporté la Coupe de France, en 1949, à Bordeaux, et André fut aussitôt après, international en participant à la tournée en Argentine de l’Équipe de France.

Né le 24 octobre 1921, à Bordeaux, André Edgard Arthur MOGA s’est fait davantage remarquer en tant que dirigeant. En effet, il est passé directement du terrain à l’encadrement : en 1958, à l’âge de 37 ans, il s’installe, quasiment naturellement, à la présidence du Club Athlétique Béglais, section Rugby. À l’époque, le club naviguait dans les bas-fonds du classement et était menacé de relégation. II y restera jusqu’en juin 1983 remplacé par le docteur Christian Bagate, pour reprendre ses fonctions en 1987 et les garder jusqu’en 1992, l’année de sa mort, un peu plus d’un an après le dernier titre de Champion de France du CABBG… Sa compétence lui fit intégrer la F.F.R., en 1966, dans l’équipe des « Gros Pardessus » de « Tonton » Ferrasse… De chef de famille, il était devenu chef de clan, chef de club. Patiemment, il a fait de Bègles un grand du rugby national, avec deux boucliers sous sa présidence, sans oublier la finale perdue de 1967, à Lescure.

Longtemps opposé au rugby professionnel et à la publicité sur les maillots, il y est venu inévitablement, quitte à renier certains de ses principes, notamment lors de son retour à la présidence du CABBG… Les contraintes d’un rugby de haut niveau avaient certainement besoin des finances d’une grosse métropole comme Bordeaux, ainsi que des subventions départementales. Il avait même envisagé de pouvoir, avec les footballeurs des Girondins de Bordeaux, cohabiter au stade Lescure, renommé Chaban-Delmas, du nom de son ami de toujours…

Fervent Gaulliste, André Moga s’engage également en politique, aux côtés de Jacques Chaban Delmas, devenant même l’un de ses fidèles conseillers à la mairie de Bordeaux, de 1972 à 1992. Résistant, il fut un proche du futur Premier Ministre, une histoire mêlée d’amitié et d’engagement politique… De Gaule aurait pu jouer au rugby et il aurait certainement lutter en touche avec « Le Grand ». Il se serait surement lécher les doigts avant de se saisir du ballon… À défaut, il s’est rapproché avec son « jeune général » avec lequel il a d’abord joué sous le même maillot avant de s’engager sous la bannière du RPR. Cette amitié-là a certainement favorisé l’honneur d’être déclaré Chevalier de la Légion d’honneur, en 1976.

Sur le plan professionnel, il a d’abord travaillé dans la charcuterie familiale. La famille Moga est fermement liée au quartier des « Capucins ». Les Moga, c’était un tout, surtout aux « Capucins » ! Pourtant, André a toujours véhiculé un côté bourgeois, un peu moins populaire, un peu plus réservé que ses frères. Sa taille, son aura, sa prestance ont certainement contribué à cette apparence. Diplômé d’école supérieure de commerce, il créa, en 1970, « Salprolait », une entreprise de distribution de fromages vers les collectivités et les grandes surfaces… En 1980, André Moga déserte les « Capus » pour installer son entreprise de produits laitiers, au vieux bourg de Villenave d’Ornon. Le petit crémier de quartier, de la rue des Menuts, à « Saint-Miche », est vite devenu un patron de PME, avec une soixantaine d’employés. Personnellement et comme beaucoup d’autres, c’est là, dans son bureau du chemin Touton, que je l’ai rencontré pour régler mon souci de service national que j’ai finalement effectué à Hourtin… Il n’y avait pas de service qu’il ne puisse pas rendre, que ce soit pour un logement, un emploi, un coup de pouce, un pv à faire sauter, ou un billet pour un match international… Tout le monde le connaissait et il connaissait beaucoup de monde !

Au plan personnel, André Moga était un homme indulgent et bienveillant, un brin paternaliste, qui allait au bout de ses convictions, à la mode « self made man ». Son sourire respirait la gentillesse, et sa voix avait la tonalité de la douceur, sûrement une conséquence d’avoir été élevé par des femmes (mère et grand-mère), à la mort de son père, à l’âge de 9 ans… On disait qu’il aimait Belmondo, Brigitte Bardot et Ronsard. Il trouvait des similitudes entre le rugby et l’amour : un jeu compliqué aux combinaisons multiples. Il était marié à Léa, épouse discrète et mère de trois garçons : Michel, Alain et Alban qui ont tenté de conserver, en vain, l’héritage paternel. La tâche fut ardue : « Salprolait » a été vendue, le 31 août 1994, à « Besnier », un grand groupe français de l’agroalimentaire, et l’UBB est née sur les cendres du CABBG…

De la mort, il pensait que c’était un mal nécessaire… Certes, sa haute taille le distinguait des autres, mais surtout, c’est sa grandeur d’âme qui le rendait comme un phare. C’est pour cela, que son départ laissa un grand vide… Il décède le 22 décembre 1992 à Bordeaux et la cérémonie d’obsèques a eu lieu à la cathédrale… Saint-André !

épisode n°4 – l’Académie de Musard

On aujourd’hui, on l’appelle « Tribune Garonne », car elle est, géographiquement, la plus proche du fleuve, contrairement à celle d’en face qui est orientée vers l’océan… En fait, ce fut là, l’emplacement de la première tribune du C.A. Béglais ! En effet, dès 1919, on construit la première tribune de bois : on l’appelait « les grandes tribunes »…

Mais, en 1936, les grandes tribunes de Musard ne résistent pas à une violente tornade. On a du mal à croire qu’un tel phénomène puisse frapper le stade, en plein centre-ville ! Après le décès de Delphin Loche, et en l’espace de deux ans, les rugbymen béglais perdent deux de leurs bases principales. C’est la fin d’une époque, mais pas de son état d’esprit qui souffle encore entre les peupliers ! Cependant, ça ne les rend pas plus riches pour autant et par manque de crédit, les grandes tribunes ne sont pas reconstruites immédiatement… Des gradins prennent la place des constructions effondrées.

Est-ce à ce moment que s’est construite la légende de « l’Académie » ? En effet, ce sont ces fameux gradins qui prendront plus tard le nom « d’Académie ». Il semblerait que cette institution béglaise commença à se constituer au début des années 1960, avec les anciens joueurs, heureux de parler du temps jadis et de leurs jeunes successeurs évoluant sous leurs yeux… C’est ici que les philosophes « cabistes » du rugby béglais s’installeront durant les matches pour détailler toutes les actions des acteurs, encourager comme il se doit les joueurs locaux, déstabiliser, voire provoquer les autres et suggérer aux arbitres les meilleures décisions à prendre, si possible en faveur des béglais ! Les « Académiciens » sont comme une déclinaison des « Mérovingiens », un regroupement de personnes qui se sentaient « Béglais » à vie, une espèce d’institution qui réunit des sages, anciens joueurs de rugby… Toujours debout et installés en face de la tribune d’Honneur, ceux-là ont une critique avisée et délicieuse sur le rugby d’hier et d’aujourd’hui. Ils ne manquent pas de venir voir les jeunes « pousses » béglaises… En règle générale, « l’Académie » se formait à la mi-temps du match du lever-de-rideau, tout près de la main courante. Les places n’y étaient pas réservées, c’était « open » et ouvert à tous vents, mais l’emplacement leur était toujours réservé… Les stigmates sur leur visage, les oreilles boursoufflées ou les nez de travers traduisent l’engagement de ces « quinquas », « sexas », voire septuagénaires. Les anciens de « l’Académie » y font des analyses de match impossible à comprendre, si on n’en est pas… Dans ce coin de pesages, les « Musardingues » parlent d’or et scrutent la moindre filiation dans tel ou tel joueur sur le pré… Cette académie-là se renouvelle au fil des décennies, avec des dérapages verbaux ou écarts de langages, à l’accent local … Putain-con ! (extraits de « Mon Abécédaire du Rugby »)

En 1952, les anciennes tribunes du stade des Chartrons, rue Leybardie, sont récupérées et remontées en lieu et place de celles qui avaient été emportée par la tornade. C’est une tribune métallique, une tribune de fer devant laquelle les futurs finalistes 1967 sont pris en photo, en début de la saison 1966–1967… En 1973, après la réalisation du nouveau fronton, il fut entrepris la réfection de la structure métallique de ce qu’on appelait alors la « tribune de face »… Des travaux d’envergure consistant à déposer toute la partie inférieure des gradins (soit la moitié de l’ensemble) puis en rhabillage à neuf, à l’aide de bois préalablement traités. Il y avait une échelle métallique le long du pilier droit qui permettait d’accéder au toit de la tribune. Certains adolescents y grimpaient en cachette, et d’autres l’escaladaient pour récupérer les balles de pelote.

Après de nombreux mois de travaux, la nouvelle grande tribune de face, en béton, voit enfin le jour. Le match des CAB (Bègles-Brive) du 15 février 1981, fut l’occasion pour les Béglais d’étrenner leur nouvelle tribune de face, dénommée « Garonne ». Un édifice tout en béton, sans poteaux, pouvant accueillir plus de 2.000 personnes assises, augmentant le nombre de places assises du stade « Musard » à 6.000 places assises… Avec un stade pouvant accueillir 10.000 personnes, le C.A. Béglais était ainsi désormais assuré d’obtenir régulièrement de la Fédération Française de Rugby l’organisation de matches comptant pour la phase finale du championnat de France… Plus tard encore, avec le rugby d’un nouveau siècle, 3.300 places de la « tribune Garonne » ont été entièrement dédiées aux partenaires du club, avec des loges du dernier niveau.

Cet édifice est celui que nous connaissons aujourd’hui. La tribune « Garonne » voit l’ouest. Aussi, ses rangs les plus bas prennent l’eau quand il pleut. Sa grande verticalité permet aussi à certains joueurs de faire des entrainements solos en faisant des steps, de bas en haut… Depuis, des lettres UBB ont maquillé les gradins centraux, et côté Est, elle longe la rue des frères Moga

épisode n°5 – Jameau à l’honneur

Dès 1919, on construit la première tribune, en bois, à l’emplacement de la tribune d’honneur actuelle, celle qui se nomme désormais, depuis le 1er mai 2022, tribune « Jacky Jameau » !

Ce petit bonhomme est présent dans la mémoire de tout « Cabiste » et mérite bien l’honneur qui lui a été fait à titre posthume, en hommage à son dévouement au club. Arrivé en 1952 comme joueur, il y restera jusqu’en 2020 comme dirigeant : une fidélité au même club qui mérite le respect ! La plaque commémorative rappelle qu’il a été un ancien demi-de-mêlée de l’équipe fanion, mais aussi l’entraineur des champions de France 1969… Cet homme est un monument. Un cliché de l’époque le montre debout sur le Bouclier de Brennus, porté par ses joueurs : un « Abraracourcix » à la tête d’une équipe d’étudiants gaulois qui l’adoraient…

Langonnais de naissance, il jouait avec le Stade Langonnais où il a été formé. Depuis un match de novembre 1951, opposant les équipes « d’Armagnac-Bigorre » à celle de « Côte d’Argent », il a résisté au charme des frères Moga, tardant ainsi à rejoindre le C.A. Béglais, par la faute d’un certain Basty dont la réputation était grande… Il aurait pu ne jamais venir au C.A.B., sans la signature surprise de ce dernier au « Castres Olympique », libérant le poste de demi-de-mêlée.

Jacky Jameau avait 23 ans lorsqu’en 1953, il a revêtu, pour la première fois, le fameux maillot à damiers de Bègles. Il a ainsi joué avec l’équipe première jusqu’en 1967, avec la chance immense de n’être jamais blessé, malgré son petit gabarit. Il se débrouillait toujours pour passer au travers, plein d’audace, vif et rusé pour perforer les défenses… Un lutin filou, comme tous les numéros 9, à l’amour du maillot à damiers, collé à la peau ! Repéré par sa célèbre passe plongée, il est repéré par les sélectionneurs pour jouer, à Bordeaux, avec l’équipe de France B, contre les « Springboks » qui n’avaient pas perdu un seul match de leur tournée de 1961. Ce fut sa seule sélection tant la concurrence en n°9 était grande à cette époque : Danos, Dufau, Lacroix, Pujet, etc.

Boudé par les sélectionneurs, Jacky Jameau a oublié ses espoirs déçus, dans l’ambiance familiale béglaise. Accueilli tout d’abord par « papa » et « marraine » Baudorre, une seconde famille, il fit son service militaire à Bordeaux avant d’intégrer les Pompiers de Bordeaux… Puis, il a formé son propre cocon avec Annie, jeune toulousaine qu’il a connu à Langon, pour former une famille de trois filles (Martine, Catherine et Sophie), sans oublier d’offrir une si attachante camaraderie à ses coéquipiers. Après ses années de joueur, Jacky continua à promouvoir cet esprit familial avec l’apparition, en 1958, d’une autre institution au sein du stade : la buvette de « Musard », un endroit où se nouait une véritable communauté sociale, de discussions en belotes… Le dirigeant Jameau a été secrétaire du CABBG et chargé d’accueillir les délégations d’arbitres qui se déplacaient à « Musard »

Comme Jacky Jameau, la « petite tribune » nait en 1930 pour devenir le grand édifice qu’il est aujourd’hui… En effet, en 1930, on coule des gradins en ciment devant la grande tribune. On le sait, cette dernière ne résista pas à la violente tornade de 1936 qui frappa « Musard ». Par manque de crédit, elle ne fut pas reconstruite immédiatement. Aussi, la petite tribune en bois est promue au rang de grande, et des gradins en ciment prirent la place des constructions effondrées… Cette disposition durera plusieurs années jusqu’à la démolition de la tribune en bois en 1966 : après divers accrochages et tensions autour de la réhabilitation du stade, la démolition de la première tribune en bois débute en septembre 1966. Dès 1967, commença la construction d’une nouvelle tribune en ciment et sans piliers pouvant gêner la vision d’un match… Le 28 mai 1967, on a posé la première pierre de la future tribune d’honneur, mais, en cours de construction, deux pans de béton viennent à céder. Cet incident technique retarde les travaux ! Les ouvriers du maître d’œuvre (SCREG) durent reprendre leur édifice et le 7 octobre 1968, des techniciens de la SOCOTEC ont procédé à des tests de résistance la consolidation du toit. Ces épreuves ont consisté en des charges de sacs de sable, de plus de trois tonnes, pendant vingt-quatre heures… Les essais ont eu des résultats probants ! Ainsi, cette nouvelle tribune pouvait être ouverte au public et être inaugurée à l’occasion d’un match du challenge Yves du Manoir, entre les deux C.A.B. (Bègles-Brive), le 4 novembre 1968… Si j’avais connu cette histoire, j’aurais surement hésité à y monter pour récupérer des ballons des buteurs qui dévissent… On mettait un escabeau en bois permettant d’atteindre l’échelle métallique encastrée dans un conduit de même nature… Certains en ont passé des matches sur ce toit :  quand on est jeune, on n’a peur de rien !

Depuis cette 1968, quatre nouveaux vestiaires s’ouvrent, sous la Tribune d’Honneur, aux extrémités d’un long couloir aux murs et sol en béton brut… Les vestiaires ont toujours vécu des instants intenses d’avant-match. C’est le lieu le mieux gardé du stade. Une boîte à secret : ce qui se passe dans les vestiaires reste dans les vestiaires ! Ils referment leurs petites histoires d’avant-match, où il est question de Synthol, d’Algipan, d’Elatosplast ou d’huile camphrée, de petits mots, de petites ou grandes claques… Pour répondre aux exigences du rugby modernes, les six vestiaires ont été regroupés en deux, pouvant accueillir les armadas de joueurs des équipes actuelles avec piscine et spa dont je ne sais s’ils fonctionnent actuellement.

En surface, cinq escaliers dont un à chaque extrémité, offrent 3.870 places assise. Au milieu, un carré VIP reçoit du beau monde : des maires, des hommes politiques, des présidents de clubs, etc. Tous ceux qui sont à l’honneur ! Si on y rencontra souvent Chaban-Delmas, l’ami du « Grand », Noël Mamère y est aperçu, pour la première fois, en 1988, certainement un bain de foule en vue des élections de mars 1989. Au dernier rang, on y trouve le rang des journalistes sportifs, avec le support en bois pour leurs prises de notes, et le carré pour les caméras de télévision. En contre-bas, les pesages encadraient le tunnel grillagé permettant l’accès au terrain. Le grillage n’empêchait pas toujours la « mère » Bernadet de fracasser son parapluie sur la tête du pilier adverse qui avait malmené son fils Jean-Jacques…

Par la suite, la mairie fut favorable à la rénovation du stade. On le sait, les vestiaires sont retravaillés et modernisés. La pose de sièges coquilles vient faciliter l’assise des spectateurs en tribune d’honneur et ainsi définir des places numérotées. Des rampes sont installées pour l’accès des personnes handicapées à la tribune. Enfin, la tribune sera dénommée « Océan » car orientée du côté atlantique, par opposition à celle d’en face plus proche du fleuve. Depuis, la grande tribune a dévolu son nom comme pour pérenniser, à jamais, le nom de Jameau !

épisode n° 6 – la buvette des amis de « Bamby »

En préambule du match du challenge Yves du Manoir, opposant le CABBG à l’A.S. Biterroise, le 7 octobre 1989, on inaugure en « grandes pompes », la salle « Bamby MOGA ». Sont présentes de nombreuses personnalités sportives : Robert Soro, Robert Geneste et son frère André avec lesquels qui avaient été internationaux à la fin de la guerre. Bien sûr, quelques personnalités politiques locales assistaient également à la cérémonie : Noël Mamère, Pierre Garmendia, Jacques Valade ou Jean-Jacques Paris…  Chaban n’avait pas pu se libérer, mais son regret était vif ! Il y avait, surtout, une foule d’amis du rugby béglais pour inaugurer cette petite bodega intime ? situé sous la tribune d’honneur à la place du vestiaire n°1…

Qui se souvient de cette salle sous la tribune présidentielle ? Aménagée par les soins de la mairie, on y trouvait, accrochées aux murs, des photos de l’ancienne gloire du rugby béglais et de l’équipe de France, sur le terrain comme dans la vie courante… On s’y retrouvait après les matches, autour d’une ou plusieurs bières tirées et servies par des jeunes cadres du club, des fils d’anciennes gloires béglaises : Patrick Trassard, Didier Dubos, Jean-Michel Perdignon et d’autres dont je ne souviens pas les noms… Alban Moga Jr. était là également car cette salle était dédiée à son oncle qui portait le même prénom et que tout le monde connaissait sous le pseudo « Bamby » ! L’affiche, dessinée par Iturria, trônait là en bonne place… Comment oublier tous les moments passés après matchs dans cette salle ! Les joueurs y passaient pour saluer les plus fervents supporters.  « Dédé » BERTHOZAT y passait à coup sûr ! C’était le « Club des Amis de Bamby » : C.A.B. ! Bien sûr à l’époque du CABBG !

La famille Moga, c’est toute une institution à Bègles ! Quand on dit Moga, on pense aux trois frères dont la voie sur berge de la Garonne porte leur nom : Alphonse, André et Alban, notoirement connu sous le surnom de « Bamby ». C’est bien le cadet de la fratrie qui connut une renommée internationale… Alban – Marcel – Abel Moga était un colosse de 1m87 pour 109 kilos, aussi frêle que le personnage de Walt Disney ! « Bamby » avait d’excellentes qualités et il s’exerça avec réussite à l’athlétisme puisqu’il fut champion régional de lancer du poids, titre qu’il remporta aussi à la lutte et en aviron. C’est au rugby qu’il trouva son bonheur. Il fit ses débuts au club comme trois-quarts aile, puis devint rapidement pilier avant-guerre en 1939. Avant que la guerre éclate, il avait disputé une finale, en Juniors « Reichel », perdue contre Tarbes (0-3). Cependant, étant excellent sauteur en touche, il se fixa rapidement en deuxième ligne. Pendant l’occupation nazie, il avait organisé un match au profit des prisonniers du Bassin d’Arcachon, à Piraillan… Au cours de la troisième mi-temps, il eut le courage de couper la cravate d’un officier allemand.

Après-guerre, « Bamby » commence à se faire une sérieuse renommée qui le conduisit à la finale victorieuse de 1949, avec notamment ses deux frères, contre le Stade Toulousain, à Bordeaux. Parallèlement, il participe aux trois premiers « Tournois des Cinq Nations » de l’après-guerre, de 1947 à 1949 (carte d’international n°349). Il forma cinq ans durant, avec Robert Soro, un des attelages de la deuxième ligne des plus célèbres du XV de France, au cours de la vingtaine de sélections qu’ils ont joué ensemble… Au retour de la tournée en Argentine, en 1949, les sélectionneurs veulent se passer du Béglais. On l’accuse d’une prise de poids excessive et de certaines évocations de professionnalisme mal perçues par les dirigeants de l’époque. « Bamby » quitta immédiatement le groupe national : caractériel le petit ! Robert Soro le suit aussitôt et claque la porte du XV tricolore en expliquant avec son franc-parler : « une deuxième ligne, c’est comme les bœufs attelés, ça marche par deux ! »

Il continua sur le pré encore quelques années, jusqu’en 1954 pour devenir un dirigeant généreux, un homme de poids qui compte… « Bamby », beaucoup plus rond au fil des années, était un bon vivant, massif et doté d’une large carcasse d’un quintal et demi… Il y avait toujours du monde à manger chez lui cours de l’Yser. Né un 1er mai, il porta bonheur à tous ceux qui l’ont fréquenté. « Bamby », c’était la générosité faite homme : c’était la troisième mi-temps à lui tout seul ! Au resto, « Bamby » régalait : il invitait tout le monde ! Avec son frère André, il a aidé beaucoup de joueurs pour trouver du boulot ou pour faire leur temps d’armée au camp de Souge ou au CFM d’Hourtin. De même, il n’était pas rare qu’un cadet ou un junior bénéficie de sa générosité pour aller voir un match du « Tournoi » à Paris… « Bamby » faisait partie de ces êtres au cœur d’or, généreux à souhait, qu’on ne peut oublier !

Pour ma part, je me souviens de lui à la célèbre charcuterie de « Veuve MOGA, fils & frères » au marché des « Capucins », dans ce quartier de la ville où le petit commerce de bouche se mariait avec la politique et le rugby. Calé dans son box, devant sa caisse enregistreuse, le béret vissé sur la tête, il avait toujours un mot gentil pour les clients, adultes et enfants. Trois petits cochons, en maillots à damiers bleus et blancs, illustraient les papiers d’emballage des rillettes, grenier médocain et autres tricandilles… À Bègles, on l’a souvent vu accompagné de ses fidèles bergers allemands : « Musard » ou « Pyrrhus » ! Ces dames le disaient toujours aimable en toutes circonstances. Elles disaient aussi qu’il dansait fort bien ! Il était connu comme un amateur d’opéras…

Le 5 avril 1983, à l’âge de 60 ans, « Bamby » est parti voir si sa renommée était aussi grande là-haut qu’ici-bas : de « Musard » au paradis ! Son frère ainé ne s’est habitué pas à son absence de son cadet… C’est ainsi qu’il lui a offert, avec le concours de la mairie de Bègles, un espace qui lui correspondait tant ! Aujourd’hui, cette salle n’existe plus

épisode n° 7 – le roi des peupliers

On va finir le tour du stade, en évoquant ce qui a été longtemps les « pesages » les moins chers puisqu’ils étaient situés à l’arrière des poteaux, de chaque côté du terrain d’honneur. D’un côté, les peupliers, et de l’autre les platanes…

Les peupliers ont été les amis de Francis Mallard ! C’est au milieu d’eux qu’il officiait en tant que préposé au tableau d’affichage… La mascotte, Francis Mallard, affichait le score côté peupliers, avec des grandes plaques presques aussi grandes que lui… Francis Mallard a été, incontestablement, un personnage de « Musard ». Petit par la taille, mais un grand bonhomme qui a marqué l’enfance de nombreux béglais, comme une ombre qui hante le stade. Il connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait. Chaque année, il offrait des violettes à Annie Jameau pour son anniversaire, en lui répétant, à chaque fois, qu’ils étaient nés la même année… Le « Grand » Junca reconnaissait en lui, un personnage incontournable de sa jeunesse : « je n’oublierai jamais les petits autels qu’il nous construisait dans les vestiaires, les jours de match : sur un bureau d’écolier, quelques fleurs, un écusson à damier et un poème de sa main… »  Pour ma part, j’ai le souvenir de sa carriole bleue qui lui servaient à transporter les sacs de maillots de « Musard » à la piscine ou jusqu’aux vestiaires… D’autres ont conservé le souvenir d’avoir été baladés, minots, dans sa carriole : « nous étions les rois du stade ! ». Il pouvait être « bougon » et quand quelque chose lui déplaisait, il attendait, de pied ferme, André Moga pour lui remettre sa lettre de démission… Lorsque le tableau de marque est devenu électronique, Francis a pris du galon et il est devenu speaker, générant notamment l’hilarité générale dans les tribunes, pendant l’annonce des compositions d’équipe, lorsqu’il prononçait le nom des deux frères Chelbowski… ça faisait « Che… Che… Chleb… Chébosky » ! Ses annonces au micro pour les voitures mal garées étaient légèrement perturbantes surtout quand on était sur le terrain…

Cet endroit où régnait le « père » Mallard, n’est, en fait, qu’une rangée d’une vingtaine de peupliers, séparant le terrain d’honneur de « Musard », du terrain de football du stade « Bergonié », à l’arrière. En son centre, il y avait une petite cahute servant au tableau de marque des matches. Au pied des arbres, la topographie des lieux créait un léger fossé dans lequel les « fainéants » de l’entrainement s’allongeaient pour gagner un tour de stade… Les entraineurs connaissant la fourberie, pour l’avoir faite eux-mêmes en leur temps, débusquaient les resquilleurs et les punissaient d’un tour de stade supplémentaire… Les feuillus servaient également de mire ou de repères éoliens aux buteurs…

Le paysage changera en 2008 : les peupliers se mirent à trembler comme des feuilles… En effet, pour les besoins de « Canal+ », une tranchée avait provoqué de graves dommages à leur système racinaire. Ces travaux ont été fatals pour les peupliers dont la stabilité a été fortement diminuée et les risques de basculement augmentés… Ils tomberont sous l’action de la tronçonneuse : quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a la rage ! Le brave Francis ne connaitra jamais ce nouveau visage de « Musard »…

L’espace, ainsi libéré, a permis d’envisager la mise en place d’une tribune modulaire : elle portera le nom de « Peupliers » ! Durant l’été 2012, la tribune mobile, en acier galvanisé, fut rapidement élevée. C’était devenu une obligation pour répondre aux exigences de la nouvelle compétition européenne et aux affluences de spectateurs générées. Ces nouveaux gradins, à ciel ouvert, permit de porter, grâce à ses 1.635 places assises, la capacité totale de l’enceinte à 5.501 spectateurs assis, auxquels s’ajoutent les 2.200 places des pesages, au pied des deux grandes tribunes couvertes… Une fois vide, la tribune laissait apparaître ses baquets lie-de-vin et un immense « UBB », réalisé grâce aux fauteuils blancs… Il n’y avait plus qu’à espérer que le drame de Furiani ne se renouvelle pas à « Musard » !

En face, côté platanes, les tentes de la « Bodéga » se sont installées… « Bodéga », c’est mieux que « Buvette », tout comme « Banda », c’est mieux que « Fanfare », ou encore « Pom-Pom Girls », c’est mieux que « Majorettes »… Initié par le concept de « troisième mi-temps », un esprit festif s’installe à « Musard » ! Un plancher en bois, comme dans les bals musette d’autrefois, rééquilibrait la pente et permettait aux supporter de taper du pied, sous l’effet de la boisson des brasseurs… L’espace « UBB–Bodega » s’est ainsi dressé, derrière l’en-but du terrain d’honneur et sous le drapeau à damiers. Cet espace de 690 m², avec vue sur le terrain, pouvait également servir pour des séminaires professionnels…

En 2014, après voir signé, en 2011, la construction du stade de Bordeaux-Lac, en vue de recevoir la coupe du monde de football 2016, Alain Juppé, maire de Bordeaux, valide l’utilisation du stade Chaban par l’UBB et annonce la possibilité de rénovation des infrastructures à la charge de la ville, de la métropole et du conseil général. Cette nouvelle évolution engendre immédiatement le démontage de la tribune mobile « Peupliers » et de la « Bodega ». Ces constructions furent donc éphémères !

Un an plus tard, l’UBB partit à Chaban et les peupliers ont laissé place au « Campus-Ceva »… Mais ça, c’est une autre histoire !

épisode n° 8 – les terrains de Musard

Après avoir fait le tour du stade, on va traiter ici le point central de tout stade : les pelouses ! Au tout début, le terrain de « Musard » était entouré de haies. Puis, dans l’entre-deux guerre, il s’est doté d’une piste d’athlétisme qui a disparu dans le temps, certainement lors de la création du stade Duhourquet…

À vrai dire, à Bègles, il n’y a pas eu de belles pelouses : celle du terrain d’honneur était « dégueulasse », et celle du terrain annexe, à l’arrière de la tribune « Jameau », n’était que pelade et boue… Je n’ai vraiment aucun souvenir d’une belle pelouse verte. Je crois que je n’ai vu que des matchs dans la boue. Il fallait aimer la boue de « Musard » ! Sur le terrain principal, à l’ombre de la grande tribune, l’herbe n’avait jamais réussi à repousser et elle sentait régulièrement l’engrais de l’été lorsque le jardinier de la ville tentait d’en ressemer. Les jours de pluie, on jouait dans la boue ou dans les flaques et on aimait ça…

On le sait, lors des travaux de la construction des tribunes successives de « Musard » les Béglais ont dû s’exiler à « Lescure » ou à « Suzon »… Mais, on peut dire que « Musard » a abrité, pendant plus de 80 ans, les exploits des Damiers du C.A. Béglais. Pendant les années 1980, le club a flirté avec la métropole bordelaise, puis le Département, pour financer le rugby qui s’éloignait petit à petit de l’amateurisme… À cette époque, le club a besoin d’argent pour attirer des joueurs et développer son nouveau projet. Pour ce faire, la demande d’un éclairage nocturne est de plus en plus insistante pour satisfaire aux appels de la sirène du « sport-spectacle » naissant… Sous la pression des dirigeants du club, la mairie réalise les investissements demandés, en 1987. Ainsi, en mars, il fallut découper, au chalumeau, le portail d’accès au stade pour y introduire quatre pylônes en acier galvanisé. Ces très hauts piliers, équipés de quarante-cinq projecteurs de 450 lux, reposaient sur des plots de béton de 25 à 36 m3 enfouis dans le sol. Ils encadrent le terrain d’honneur, pour des matchs en nocturne dignes de ce nom, mais aussi diurnes.

Cette période est celle de la naissance du rugby sur « Canal+ » et ses avant-matches télévisés. « Victor » et son vélo y a conquis une belle notoriété ! Qui ne se souvient pas de ce gaulois qui arpentait le terrain de « Musard » avant les matches des « Damiers » ? « Viktor », on le connaissait sous ce patronyme… Était-ce son véritable prénom ? L’état-civil l’avait inscrit sous le patronyme Viktor Langer ! On disait qu’il était d’origine polonaise… Il serait né dans un camp de concentration, en Allemagne, et aurait fui par la suite dans le nord de la France. Dans ses jeunes années, le « Gaulois » a pratiqué l’athlétisme, à un bon niveau : il aurait côtoyé Delcourt, Piquemal et consorts. Après avoir, un temps, cuisiné les escargots au « Chiopot », il a travaillé à la mairie de Bègles. La semaine, il était aux cuisines municipales, et le week-end il partait soutenir les Béglais… Partant de la cité Maurice Thorez, le kilométrage ne lui faisait pas peur : Paris, Bayonne, Clermont-Ferrand, Bourgoin… Parfois, le bus des joueurs le trouvait sur son chemin et il faisait la fin du voyage dans l’autocar, ainsi que son retour…  Jusqu’où est-il allé, je n’en sais rien ! « Canal+ » l’a rendu célèbre lors des avant-matches télévisés. Un jour de décembre 1995, avant un match Bègles-Dax, le grand Jean-Pierre Bastiat, se servant de son imperméable comme d’une muleta, a simulé des passes de corrida lors de chaque passage de « Viktor » sur son vélo… Son vélo était tout aussi célèbre avec ses roues pleines à damiers, sa pancarte en guise de saute-vent, et sa caisse de vin sur le porte-bagages, le tout assorti à son uniforme bleu et blanc et à son visage grimé aux mêmes couleurs. À force, son vélo n’a pas survécu à ses escapades et le CABBG lui en a offert un tout neuf… Comme Francis Mallard, « Viktor » fait partie de l’histoire du club !

En 2006, les deux clubs adoptent un nom commun pour l’équipe phare : « UNION ». Grâce à la situation favorable de l’autre club bordelais qui a retrouvé une place en « Pro D2 », un accord est passé entre les deux clubs et l’USB-CABBG voit le jour et ramène le professionnalisme à Bègles. Les problèmes d’utilisation du stade ressurgissent : le stade « André Moga » sera utilisé en alternance avec celui du stade « Sainte-Germaine » au Bouscat. Ainsi, à « Musard », le nombre de matches se réduit comme une peau de chagrin. En 2014, le maire de Bordeaux, Alain Juppé change d’avis. Après voir validé, en 2011, la construction du stade de Bordeaux-Lac en vue de recevoir la coupe du monde de football 2016, il autorise l’utilisation du stade « Chaban » par l’UBB, signant la fin du rugby professionnel à « Musard »… La saison 2014-2015 sera donc la dernière pour ce terrain emblématique et attachant. Le 9 mai 2015 signe l’adieu à « Musard » : fin d’une époque !

Aujourd’hui, seul le terrain d’honneur est en herbe ! Les deux autres terrains sont en fibres synthétiques… Le 10 décembre 2015, Noël Mamère (maire de Bègles), Lauren Marti (président de l’UBB) et Christian Bagate (président du CAB omnisports) coupaient de concert le ruban tricolore pour inaugurer la nouvelle pelouse du terrain « Bergonié »… 10 ans plus tard, le 18 mars, rebelote pour le terrain annexe ! 1,5 million d’euro d’investissement (financé à 80% par Bordeaux Métropole) pour cette nouvelle pelouse, mélange de gazon naturel et de fibres synthétiques, identique à celle du stade « Lescure »… Le 18 mars 2025 s’est donc tenue cette inauguration, en présence de Christine Bost (présidente de Bordeaux Métropole), Pierre Hurmic (maire de Bordeaux), Clément Rossignol-Puech (maire de Bègles) et Laurent Marti (Président de l’UBB). Cet investissement s’est également accompagné d’une protection visuelle sur les grillages, permettant aux joueurs professionnels de s’entrainer dans des conditions optimales et à l’abri des curieux… Ainsi, « Musard » est désormais réservé aux équipes de jeunes et aux enfants de l’école de rugby du CABBG, et aux entrainements de l’équipe professionnelle de l’UBB.

En résumé, il y a, au complexe « Delphin Loche », un terrain en gazon naturel (terrain d’honneur), un terrain hybride (terrain annexe) et l’ancien terrain de football de « Bergonié » en fibres synthétiques, depuis la création du « Campus-Ceva » en 2018… Bientôt, le dernier terrain naturel ne le sera plus : fini les temps d’ensemencement, les tontes, les intempéries, les pelouses deviennent permanentes !

épisode n° 9 – la formation de Musard

L’idée du centre de formation naquit lors de la dernière décennie du siècle dernier. Avec l’avènement prochain du rugby professionnel, il fallait que le club un centre de vie qui formerait les jeunes joueurs… Déjà, dans l’entre-deux-guerres, Albert Dubern (un des cinq pionniers fondateurs du CAB) fut le premier dirigeant français à émettre un championnat de France Juniors et il a amené par deux fois, les juniors béglais en finale du championnat (1937 et 1939)… À la sortie de la seconde guerre mondiale, le Président du club, Philippe de Rozières (PDG de la savonnerie « La Perdrix » dont l’usine se situait à l’angle de l’avenue Favarque et de la Route de Toulouse) insiste sur un aspect de son mandat, à savoir la qualité de la formation qui a amené une belle génération à être vainqueurs de la Coupe de France en 1949…

La formation béglaise demeure redoutable en matière de jeunes. Les Minimes, les Cadets et les Juniors ont connu la consécration nationale, et comptent parmi les meilleures équipes françaises… Reste qu’il leur faut, s’il entend accéder à un autre niveau, une structure dédiée, notamment pour la formation. Sous l’impulsion de Michel Moga (architecte et vice-président du club), le club va ériger un nouveau bâtiment, longeant l’actuelle rue Delphin Loche et s’insérant dans l’enceinte du stade « Musard ». Plus précisément, le bâtiment fut construit partiellement sur l’ancien terrain de basket. L’ajout d’un foncier contigu permit la concrétisation du projet… En effet, Henri Bellocq, ancien président de la section quilles, avait cédé sa maison, en viager, du temps de Jean Martin, au CAB… Au décès de sa veuve, le CABBG a pu envisager la construction de son centre de formation, à l’arrière du siège social du « CAB Omnisport ».

Le 1er septembre 1998, c’est l’ouverture du centre de formation : le CABBG se tourne alors résolument vers les jeunes ! Ce centre est ainsi destiné à accueillir des juniors dont on espère que les meilleurs resteront au club, comme une bouée d’attache. Il s’adresse aux joueurs de 17 à 23 ans possédant un très bon niveau. Le club dispose de formateurs hauts de gamme, comme Michel Maillet ou Hervé Cambot, eux-mêmes enfants du club… Le bâtiment comprend des installations sportives et un internat. Les stagiaires du centre bénéficient de structures adaptées à leur formation sportive et scolaire : hébergement (une vingtaine de studios individuels), une salle commune avec des repas préparés, pris sur place, un suivi médical (médecins et kiné)… Dans la salle commune, les jeunes se divertissent sous le poster géant de Daniel Dubois, capitaine des champions de France 1969 et international A… On disait du grand Daniel qu’il était le fils spirituel du « Grand » et il n’a connu qu’un seul club chez les Seniors : le C.A. Béglais ! Dessinateur en B.T.P., il a travaillé aux « Chantiers Modernes » puis chez « Colas », et il resté dirigeant au club…

Bègles a été le premier club de rugby professionnel à obtenir l’agrément du Ministère Jeunesse et Sports pour son centre de formation en 2002. Ce dernier est également agréé par la F.FR. et la Ligue Nationale de rugby. De nombreux joueurs sont sortis du centre de formation et jouent dans des équipes de Top 14 et Pro D2, dont le plus célèbre certainement, Thierry Dussautoir. Aujourd’hui, Bernard Legrand est le « gardien du temple » ; Michel Maillet (autre fils spirituel d’André Moga) reste pilote de la formation, aidé par « El Diablo » et par « Dudu » qui ne vit que par l’accompagnement des équipes de jeunes U16 à U18.

épisode n° 10 – quand la pelote épouse « Musard »

Cet épisode concerne le fronton de pelote basque… En fait, je devrais dire les frontons ! En effet, « Musard » a connu deux frontons, en attendant le troisième qui devrait voir le jour en septembre 2026.

Après la première guerre mondiale, un fronton de pelote basque est érigé. Il était situé sur le terrain annexe, là est actuellement le terrain de padel… C’était un fronton dit « place libre », le plus ancien ou classique des frontons, celui qui profile toutes les places des villages du Pays Basque… Il s’agit d’un simple mur qui sert à renvoyer la pelote à main nue, ou au rebot (avec un gant de cuir), ou à la pala, au joko (petit gant d’osier au panier peu profond)… D’ailleurs, sur la première photo que j’ai retrouvée de ce fronton, en date de mai 1925, on y voit trois joueurs de joko (prononcez yoko). Cette variante très spectaculaire consiste à, dans le même mouvement, réceptionner et renvoyer la pelote sans qu’elle soit conservée dans le chistera…

La section « pelote basque » existe depuis 1925. Sur cette « cancha », on y pratiquait régulièrement des compétitions officielles. Souvent, en première partie, les élèves des écoles de Bègles y tapaient la pelote, puis en deuxième partie, on y voyait les amateurs ou des ex-joueurs de rugby qui s’affrontaient, et en troisième partie les compétitions de gala (main nue, pala ou chistera) opposant le « C.A.B.-Pelote basque » à « l’A.S. Midi », ou autres adversaires illustres qui étaient parfois professionnels… Le prix d’entrée variaient entre à 0,50 franc (le plus souvent) à 4 francs (les chaises à 8 francs et le banc à 6 francs) pour les prestations de gala. (ndlr : en anciens francs). Le Béglais DURRUTY était champion de France à cette époque ! Ce fronton a longtemps servi de décor des photos d’équipe pour le calendrier annuel du rugby béglais….

En août 1970, fut entrepris la construction, dans le prolongement de la tribune de face, d’un nouveau fronton avec mur à gauche, cher au Président Claroux, béarnais de naissance, et président de la section de pelote… basque ! Ce gros chantier dura plus de deux ans et fut inauguré en 1972 : on put y voir s’affronter la célèbre paire béglaise Rober Laugaa et Francis Gesta-Lavit contre Perlant-Sasco, champions moult fois de la Côte d’Argent… Cette partie de paleta cuir fut suivie d’une rencontre à main nue… Le fronton de mur « exker » est situé entre la tribune « Garonne » et le terrain « Bergonié ». Cette « cancha » comprend trois murs : le mur de frappe, le mur de fond et le mur latéral, à gauche, qui mesure 36 mètres de long… La section pelote basque du CAB a toujours disposé d’une école de pelote avec nombreux jeunes de moins de 18 ans. Depuis sa création, la section de pelote a vu certains de ses joueurs accéder au plus haut niveau avec des sélections en équipe de France. Elle peut aussi se vanter de la présence de plusieurs vétérans de plus de 60 ans et notamment de quelques rugbymen-pelotari : Auguste Ayphassoro, Guy Accoceberry, Francis Gesta-Lavit, les frères Bégaries, Jean-Pierre Élichondo, le chef Philippe, Etchebest, les Joandet, les Raynaud, les Diharce, les « Pech-Pech », tous père et fils, et tant d’autres dont la notoriété, en la matière, n’est pas venue jusqu’à moi… Parfois, on y rencontraient quelques gamins qui, en l’absence de tout pelotari, s’essayaient au tennis… D’autres n’hésitaient pas à s’aventurer sur les toits de la tribune de face pour récupérer quelques pelotes égarées. Il est vrai que certaines pelotes valent le coup de s’y risquer. En effet, la fabrication de cette balle est parfois plus longue qu’une partie elle-même. Il s’agit d’un noyau de buis enroulé dans une lanière de latex et de laine, le tout recouvert d’une peau de chèvre cousue…

Côté rugby, ce grand mur de parpaings se transforma en support publicitaire idéal. C’est ainsi que « l’Alsacienne », puis « Lu », ou encore la « SCNF » ont paré le fronton de leur logogramme. Récemment, commune « verte » oblige, on a végétalisé le mur en laissant courir quelques plantes grimpantes le long d’une treille, visant à améliorer la qualité de l’air en y absorbant les particules fines…

La végétation n’a pas eu le temps de prospérer puisqu’il a été récemment décidé de démolir ce fronton, vieux de cinquante ans… Je ne sais si c’est à cause du rebond de la pelote devenue « torta » ou si elle n’avait plus son « Ttac », en tout cas ça sonnait creux quand elle frappait la longue fissure… Des études ont révélé la fragilité de ce mur géant : le béton serait de mauvaise qualité et des ferraillages manquaient deci-delà. Aussi, la municipalité a décidé la démolition… Dès le 1er août dernier, les pelleteuses sont entrées en action, avec périmètre et bâches de sécurité… Rassurez-vous, ce mur emblématique de la scène de pelote « musarbasque » sera reconstruit, en lieu et place, avec des équipements supplémentaires (toit, éclairage). En attendant, les plus intrépides iront jouer l’hiver, à l’abri, dans un trinquet (pourquoi pas au « Maïtena » à Villenave d’Ornon) ou dans un « Jaï-Laï » (certainement à « La Cancha » à Pessac)…

épisode n° 11 – la bulle de Musard

Le premier court de tennis était proche du terrain de foot « Bergonié », là où jouaient les handballeurs avant de partir en salle… Aujourd’hui, cet espace bitumé sert de parking aux usagers du « Campus-Ceva ».

Aujourd’hui, la section « Tennis » du C.A. Béglais dispose de cinq courts situés dans l’enceinte même du complexe « Delphin LOCHE ». Les deux courts couverts et chauffés, sous la « bulle », sont destinés tant pour la compétition et que pour le loisir. Les deux courts intérieurs ont un revêtement en caoutchouc, dans la « bulle », et les trois courts extérieurs sont en quick.

La « bulle » est cette édification moderne qui protègent les terrains de tennis et éventuellement les réceptions d’après-match ou les cérémonies attirant foule de « cabistes »… Elle fut construite là-même où se dressait le premier fronton (cf. épisode précédent). Pendant un temps, on y a laissé trainer le joug offert par le père Andribet, André de son prénom et ancien équipier premier de l’après-guerre… Ancien talonneur, cet ancien éducateur des  « damiers » eut l’idée d’offrir au club, en octobre 1971, un poussoir moderne. Ce joug, d’un poids de 1.250 kilos, était accouplé à un chariot pousseur commandant trois leviers pour régler une poussée variant de 400 à 1.200 kg. En tant que trois-quarts, je suis monté souvent sur ce charriot pour alourdir la résistance à la poussée des lignes avant : ce fut des séances homériques entre avants et lignes arrière !

La « bulle » a été souvent utilisée pour des bodéga diverses ou anniversaires et notamment la « der » de Musard, en mai 2015… Préalablement au match, des retrouvailles de plus de 250 anciens joueurs, ont été organisées. Ce fut un gros pincement au cœur, certains ne s’étaient pas revus depuis le titre de 1969 : ça, c’était vraiment bon ! Le dernier match se déroule donc le samedi 09 mai 2015… Coup d’envoi : 18h30 ! Il opposait l’équipe de l’UBB à celle des « Oyomen » de l’Union Sportive d’Oyonnax… Pour la petite histoire on se souviendra de la victoire des locaux le sur le score de 26 à 23, devant 9.500 spectateurs… Pour le dernier match de « Musard-Moga » dans l’élite, l’équipe de l’UBB arborait un maillot symbolique à damiers bleu et blanc, en référence à celui porté pendant des décennies par le C.A. Béglais. Maillot collector, drapeaux bleu et blanc, pom-pom girls, victoire et fin d’une époque !

Mais revenons aux courts de tennis contre lesquels se sont annexés deux terrains d’un sport nouveau et apprécié : le padel ! Cet ensemble de sport de raquettes est regroupé sous la dénomination « stade de tennis Gaston et Jean Martin ». Les « Martin », un grand nom du C.A. Béglais ! Gaston Martin est de ceux que l’on ne peut pas oublier : il fut un des cinq fondateurs du club, en 1907. Il fut équipier premier pendant plus d’une décennie jusqu’en 1920 : on le remarquait avec ses belles baccantes. Travailleur acharné et volontaire, sur le terrain puis en tant que président de l’omnisports, il s’est attelé à aller de l’avant pour faire du C.A.B. un grand club. Son fils, Jean, fut certainement inspiré par ce parcours. Comme son père, il joua 3ème ligne, dans l’après-guerre, puis il devient à son tour, au décès de Paul Saldou en 1971, Président Général du C.A.B… Dans la lignée des « Martin », François-Bernard fut un 3ème ligne brillant et capitaine des finalistes « Crabos » en 1968, contre Tarbes. Dans cette équipe vice-champions de France, on retrouvait des noms qui jouèrent, par la suite, en équipe « fanion » : Alain Moga, Michel Sallenave, Claude Boucherie, Jean-Jacques Bernadet, Michel Bégaries, Maurel, Bordessoules ou Laygues… Quant à François, il préféra tirer la grande voile et partir sur d’autres flots et se consacrer à sa seconde passion…

épisode n° 12 – l’omnisport à Musard

Aujourd’hui, le secrétariat général du C.A. Béglais se trouve, dans l’enceinte de « Musard », entre la « bulle » du tennis et le buste du « Grand » Moga… Mais, il n’a pas toujours été là ! En effet, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, le quotidien rugbystique reprend ses droits et pour égayer ce retour « à la normale »… Il fallait aux « Cabistes » une maison, un siège social, ce qu’on appelle depuis plus communément un « club-house ». Pendant les hostilités, Broca, celui-là même qui allait débourser 25 centimes pour voir le premier match à « Musard », s’occupa de l’affaire et acheta la gérance d’un café, au pied d’une maison à étage, située place du XIV juillet, à deux pas de « Musard »… En son temps, le « père Broca », c’était un bon demi d’ouverture et avec deux anciens présidents du C.A. Béglais, Gaston Martin et Albert Dubern (déjà cités dans les épisodes précédents), il fut sacré champion de 1ère série de la Côte d’Argent, lors d’une finale contre le Stade Bordelais… C’était en 1919 : un pionner ! Donc, lui aussi, contribua au développement du l’association sportive puisque, en tant que propriétaire de l’immeuble du XIV Juillet, il a avantagé l’implantation du premier siège social du C.A. Béglais, dans lequel un bon état d’esprit a régné longtemps… Toutefois, ce siège social n’a plus répondu à la vie sociale de ses anciens acteurs et assidus de la commune et du stade.

Aussi, en 1966, le siège du club va quitter le vieux bâtiment de la place du XIV juillet, et va laisser la place à un autre C.A.B. : le « Centre d’Achat Béglais ». Un préfabriqué, type « 1.000 clubs », est construit dans l’enceinte de « Musard ».

À cette époque, tout semble aller pour le mieux entre le nouveau président du club omnisports (Paul Saldou) et la municipalité de Bègles (René Duhourquet) qui en profite pour entériner la création de l’Office Municipal des Sports… Ainsi, dès le 1er janvier 1967, et pour une période de 50 ans renouvelable, l’ensemble des terrains et des installations sont louées à la municipalité qui en assurera l’entretien et les transformations nécessaires. Le stade Delphin-Loche devient donc « stade municipal » : une terminologie guère usitée !

Paul Saldou, un grand nom du club ! Le « Colonel », boucalais de naissance, vint à Bordeaux pour accomplir son service militaire. Il opta alors, en 1921, pour le C.A. Béglais qu’il ne quitta plus… Il se tailla une belle réputation de joueur, puis comme capitaine. Le grand Saldou, avec son long cou (cf. la caricature de Catrouy), constitua avec son impétueux demi-de-mêlée, Sourgens, une belle paire de demis lors de la décennie 1920… Puis, le capitaine devient colonel au sein des pompiers de Bordeaux : il était né chef et le fut en toutes circonstances ! L’homme était volontaire dans le sport comme dans la vie. Il ne cessa d’aimer le C.A.B. jusqu’à le personnifier et l’accompagner jusqu’au titre suprême. Son combat pour le moderniser n’a d’égal que l’abnégation du pompier pour juguler un incendie… Paul Saldou appartient à l’histoire du rugby béglais !

Le secrétariat du club s’installa définitivement en 1970, au sein de l’enceinte de « Musard ». En effet, durant la saison 1970-1971, le comité directeur, sous la houlette de Paul Saldou, avait amorcé le mouvement visant à aménager les anciens vestiaires en bois, afin d’y installer le secrétariat général et de disposer de deux salles (la salle des trophées et le club house). Le club house fut finalisé en 1974 : les joueurs et dirigeants s’y retrouvaient régulièrement… Quant à la salle des trophées, elle fut le lieu où se réunissaient les comités directeurs ainsi que toutes cérémonies ou réceptions officielles. Elle était reconnaissable entre mille, avec son grand mur du fond en damier, dans lequel se nichaient les différentes coupes ou trophées…

En 1992, puis en 2018, des travaux de réhabilitation du centre administratif furent entrepris ainsi qu’une redistribution des pièces. Ainsi, la salle des trophées est désormais intitulée « salle Saldou ». La décoration intérieure est également reconfigurée avec quelques œuvres de Daguet ou de Jean-Jacques Bernardet, qui cohabitent avec les différents portraits des présidents du club, de Delphin Loche à la Présidente actuelle… Le club est, en effet, présidé par une femme depuis 2020 : Élodie Hernandez-Deniau, première femme élue à ce poste depuis 1907, après toute une lignée d’hommes : Delphin Loche (1907–1934), Paul Gémin (1934–1937), Pierre-Henri Rosières (1937–1948), Émile Ardouin (1948–1966), Paul Saldou (1966–1971), Jean Martin (1971–1993), Christian Bagate (1993–2019) et Pierre Laborde (2019–2020)…  Après avoir intégré la section tennis durant une vingtaine d’années, É.H.D est devenue secrétaire générale en 2016, puis la neuvième présidente générale en 2020. Le 21ème siècle sera celui des femmes et l’avenir des hommes !

Le siège du Club Athlétique Béglais accueille plusieurs sections sportives. On y pratique le rugby certes, mais aussi le foot, le hand, le basket, le tennis, la pelote basque, le cyclisme, l’athlé., la gym., la pétanque, le ping-pong ou le triathlon… Soit, au total, douze sections pour 3.700 adhérents dont 40% de filles. C’est le foot qui regroupe le plus de licenciés ; le hand et le rugby exercent en élite et sont des « sections autorisées » car leur fonctionnement est indépendant de l’omnisports, même si elles bénéficient du numéro d’affiliation. Outre les rugbymen, certains athlètes ont eu une belle renommée internationale. On peut citer pêle-mêle Pierrette Aymard sélectionnée au Jeux Olympiques de 1968, à Mexico, Jean-Jacques Rebière pistar qui a participé aux JO en 1976 en poursuite par équipes, ou encore les athlètes Robert Paul (saut en longueur), retenu aux JO de Berlin en 1936, et Mohamed Ezzer, spécialiste des courses de fond et du cross-country…

Le fonctionnement d’un secrétariat général peu semblait assez rébarbatif, mais, en fait, c’est assez simple ! Il s’agit de coller des photos sur des cartes d’abonnés ou de licenciés… La famille de « Popaul » Delpeuch peut en attester : pas très compliqué, mais plutôt chronophage ! J‘ai encore en tête, ces cartes aux coloris différents dont les faces latérales numérotées attendaient de recevoir le compostage du poinçonneur de « Musard ».

En mars 1998, il y eut un changement de statut non négligeable, par la création d’un S.A.O.S… Le fonctionnement d’une S.A.O.S. est soumis aux mêmes règles que les autres sociétés anonymes mais doit respecter les règles spécifiques liées à son objet social, qui est l’organisation d’activités sportives avec comme objectif premier la pratique, le développement et la promotion d’une activité sportive. La rémunération des membres élus des organes de direction est impossible. Au sommet de l’édifice, un(e) président(e) coordonne l’ensemble de l’association sportives. Il est entouré d’un secrétaire général, d’un trésorier général, des présidents des sous-sections sportives, et bien sûr de toute une brigade de « sans grade », des obscurs ô combien utiles… Actuellement, devant la complexité des fonctionnements et des responsabilités encourues par une S.A.O.S., un « Manager Général » s’occupe du quotidien, des infrastructures, des enjeux financiers jusqu’aux délégations humaines. Gérald Tejero est le directeur actuel de tous ces rouages et je le remercie de son aide dans la rédaction de cet épisode.

épisode n° 13 – la buvette de Musard

Voilà un endroit qui génère une nostalgie particulière ! Comme un phare dans la nuit, on s’y retrouve presque sans s’en rendre compte… Passe plongeante dans le passé ! Passé le grand portail de « Musard », on trouvait la maison de « Monsieur Musard », comme l’avait dénommé un journaliste d’un journal local… La buvette de « Jacky » a été créée en 1965 pour un bail de vingt-sept ans. C’est sous ce toit que se retrouvaient tous les mordus de l’ovale, les vieux « cabistes » et les vieilles gloires du club…

Ouverte tous les jours de la semaine, tous les joueurs, des jeunes pousses aux plus aguerris, y sont passés pour prendre un verre ou continuer à parler rugby avec les copains. Et puis les dimanches, jours de match, ce sont les spectateurs qui envahissaient les lieux pour tenter d’obtenir un demi ou un café et son mêlé-cass pour refaire la parie avec une grande partie des joueurs venus trinquer avec eux… Pour ma part, j’ai toujours eu une attirance pour le « Musard » de la semaine : grand jardin au milieu des petits dont les tribunes sont intensément vides… Le « Musard » de la semaine, c’est celui de mes entrainements. J’attachais mon vélo le long du parapet. Instinctivement, je me dirigeais vers la buvette de « Jacky et Annie », en prenant soin de ne pas m’embarrasser de mon sac de sport, laissé nonchalamment sur le seuil… Chez « Jameau », j’y sirotais un panaché-bière accompagné de quelques « amuse-gueules »… Chaises en bois et petites tables de bistrot : les vieux y tapaient la belote, parfois « coinchée », avec des jetons de couleurs pour comptabiliser les points de leurs parties… Le père Suhebiette y buvait son « baby-orange », un truc qui lui décollait régulièrement les dents, alors que les plus jeunes jouaient au baby-foot. Les équipiers premiers y déjeunaient parfois le jeudi après leur second entrainement hebdomadaire… Le grand Junca et Jeannot Trillo jouaient à la manille avec « Bamby » Moga et « Ttaket », en mangeant des pruneaux à l’eau-de-vie dans des mini-verres… Les soirs de victoire, Bernard Junca et Francis Mallard faisaient, tous les deux, une compétition en mesurant le comptoir sous l’œil amusé d’Annie Jameau : l’un trouvait invariablement 17 m., et l’autre 11 m. : on n’a jamais su finalement sa longueur. Juste à côté, le chien de « Bambi » (« Pyrrhus ») surveille les jeux de maillots entreposés par le désormais célèbre « Francis », après les avoir ramenés avec sa chariote, de la piscine voisine où ils avaient été lavés.

La veilleuse lumineuse de l’enseigne, à l’effigie du CAB, éclairait notre cap s’éclairait le dimanche soir en cas de victoire de la première à l’extérieur… « Cercle privé, réservé uniquement aux sociétaires » avertissait les usagers et consommateurs ! Un bon pour une boisson gratuite ou quelques centimes au fond des poches autorisaient une désaltération bienfaisante : « Cacolac » ou limonades en tous genres, au nom d’onomatopée, aromatisées à l’orange ou au citron. Pour les garçons, pschitt citron, ou pschitt orange pour les anges… Cela devait nous doper ! C’était l’époque où les bouteilles en verre étaient consignées, avec leur bouchon en porcelaine et leur joint en caoutchouc… Selon les générations, les filles d’Annie et Jacky (Martine, Cathy et Sophie) servaient des « Choc » orange ou citron, des « Tropico » aux fruits exotiques ou des « Orangina » dans leur bouteille en verre… On y trouvait aussi des plaques émaillées de « Cinzano » ou « Suze »… Sur le mur face au comptoir, le tableau noir indiquait les matches du dimanche, de toutes les équipes. Mais, le mur qui attirait systématiquement mon attention, était celui à côté de la porte d’entrée. Y était accroché un cadre serti de petits éclats, représentant un gaillard à damiers bleu et blanc, ballon sous le bras gauche et l’autre tendu en guise de raffut dont on pouvait penser qu’il n’allait pas être qu’amical : « ce cadre est fait avec toutes les dents cassées de nos adversaires restées sur la pelouse après les matches ». Plus qu’une œuvre d’art, une anthologie !   Je l’ai retrouvé bien des années plus tard, sur le stand des « Musardingues », à une Fête de la Morue : le cadre fut récupéré par un soldat anonyme comme on l’avait été le bouclier Arverne de Vercingétorix dans Astérix… Le boulevard de la « Tortue » devant s’élargir, la buvette fut détruite… Belote, rebelote et dix de der : tu me fends le cœur ! Profitant de l’été 1992, « Musard » s’est refait une beauté ! Tout le parvis, l’accès aux guichets, ainsi que le portail ont été revisités sous l’œil du maitre d’œuvre Michel Moga… Néanmoins, il a fallu sacrifier la buvette mythique, emportant avec elle bien des souvenirs : la taverne de Jacky et Annie a vécue et bien vécue ! Quant à Jacky et sa famille, ils sont partis s’installer quelques rues plus loin, près du Leclerc…

Un nouvel espace convivial va naître sous l’œil de Delphin : un ensemble bar-restauration qui se dénommera « Le Damier ». En 1993, en présence des élus de la mairie de Bègles, de Jean Martin et des frères Moga, on inaugure ce nouvel espace dont on a confié la gérance à Laurent Vergé… Aussi à l’aise dans la mêlée que derrière les fourneaux, « Lolo » monte son équipe avec d’anciens rugbymen de Bruges (Malvesio et Perez). À la carte, tricandilles, morue et lamproie côtoyaient des menus plus diététiques… Ouvert tous les jours, sauf les soirs de match, le restaurant a été repris, deux ans plus tard, par le couple Baud-Berthier (Joël & Joana) jusqu’au confinement qui fut leur fut néfaste comme à beaucoup d’autres établissements de ce type… Et aujourd’hui, Fred Martini et Fred Nau ont rouvert « Le Damier » depuis le début de l’année (21 janvier 2025) : Martini on the rocks ! C’est un nom connu puisque Fred Martini fut le premier président de l’UBB… De l’USB-CABBG devrais-je dire !

Flash-back et petit retour en arrière…  Lors de la saison 2002-2003, sous le regard bienveillant de Bernard Laporte, de nouveaux repreneurs apparaissent, ainsi qu’un nouveau président en la personne de Kevin Venkiah. On trouve de l’argent : Bernard Magrez apporte ce qu’il faut pour sortir le club de l’ornière et lui évitait les foudres de la DNACG (Direction nationale d’aide et de contrôle de gestion, NDLR). Le club, à défaut de jouer en « play off » ne descend pas, du moins sur le terrain. Mais la gestion calamiteuse est mise à jour : quelque 3.000.000 € de pertes… On appelle les collectivités locales à la rescousse : rien n’y fait ! Faute de résorber les dettes, le tribunal de Bordeaux déclare l’équipe professionnelle en liquidation judiciaire, et le club amateur est rétrogradé en Fédérale1… Pendant ce temps-là, le « Stade Bordelais » récolte les fruits de son labeur. L’année où nous descendons, le « Stade Bordelais » monte en Pro D2 et nous nous croisons. Il a à sa tête un président accrocheur et de grande qualité : Jean-Pierre Lamarque. Après avoir frôlé, deux années durant, avec la montée, il franchit ce cap fatidique en 2004 en se qualifiant en « Pro-D2 » après son succès sur Gaillac. La hiérarchie s’inverse donc et le « Stade Bordelais » est désormais le club phare de la Gironde. Durant deux saisons, les résultats des stadistes sont excellents mais le groupe « Eiffage », principal bailleur de fonds du club, commence à parler de fusion souhaitable, sinon incontournable, pour que l’existence du rugby professionnel sur Bordeaux puisse être viable. Une union, ça paraît risible lorsque l’on connaît les antagonismes entre les deux clubs… La rivalité est ancestrale, mais la réalité économique est inéluctable !

Martini : anytime, anyplace, anywhere ! Que vient faire ce treiziste dans cette affaire de quinze ? Ancien talonneur d’Albi XIII, Fred Martini est alors dirigeant au Stade Bordelais, et il est partenaire dans les deux clubs, avec son affaire de mandataire européen d’automobiles. Il a également tenté l’expérience de « Bordeaux Rugby Quinconces » pendant un an pour signer son retour à XV… « Sbucistes » et « Cabistes » décident d’enterrer la hache de guerre et Alain Juppé promet de réabonder dans une structure d’union, tout comme la mairie de Bègles et le département… Un comité de pilotage est créé avec trois béglais (Chatenet, Alban et Michel Moga,) et trois bordelais (Mouliats, Argous et Lamarque) : Frédéric Martini est nommé président de l’USB-CABBG, sous le numéro d’affiliation du « Stade Bordelais », alors mieux placé dans la hiérarchie du rugby. Un des artisans de l’union, il resta à la tête de ce nouvel empire, une seule saison durant (2006–2007)… L’équipe est conduite par le duo d’entraineurs Patrick Vergé–Patrick Laporte. Le capitaine Laurent Armand peut s’appuyer sur quelques figures (Greg Yachivili, Christophe Jean-Pierre, Vincent Lagrave, Andreu, etc.)… Le club retrouve des couleurs ! 

Depuis, on a réduit l’anagramme (de USB-CABBG à UBB) ainsi que le nom du président (Martini à Marti). Depuis, Frédéric Martini reste amoureux du rugby et de la restauration. Cuistot de père en fils, il a fait ses preuves à Talence (« l’Alcala ») face à l’église, et vient de réactiver « Le Damier », face à la cathédrale de Bègles : « Musard » ! Au sol, un reliquat de l’ancienne buvette a été conservé, préservant l’identité du Club Athlétique Béglais… Un « couloir des légendes » a été créé, notamment avec l’aide des photos du « Cœur à Damiers » et une table rend hommage à Jacky Jameau… On a conservé le même état d’esprit !

épisode n° 14 – le centre de performances de Musard

On arrive, là, à la dernière grande transformation au sein de « Musard ». C’est également la plus récente… Non seulement, pour les besoins des joueurs professionnels, mais aussi pour des raisons économiques des travaux sont engagés sur le terrain de football de « Bergonié », ainsi dénommé parce qu’il est desservi par la rue du même nom… Un revêtement synthétique est inauguré en décembre 2015 : fini le temps d’ensemencement, des tontes, des intempéries, le terrain devient permanent ! Les « Musardingues » et les « Archibal » y pratiquent aussi un rugby loisir sur le désormais vert luisant…

Puis par la volonté et la pugnacité du président du Président de l’UBB, Laurent Marti, le 3 octobre 2018, le « CEVA-Campus » est inauguré. Ce centre de performance qu’il réclamait depuis 10 ans, depuis le début de sa présidence, est un bâtiment ultra-moderne de 2.020 m², situé entre le terrain synthétique et le terrain d’honneur. À la suite d’un accord, trouvé entre Alain Juppé et Noël Mamère, pour que l’UBB joue à « Lescure », il est alors prévu que le stade « Moga » soit aménagé et devienne un magnifique centre d’entraînement et de formation, digne des plus grands clubs… Dès 2016, la construction d’un centre d’entraînement pour les joueurs professionnels de l’U.B.B. est lancée : les joueurs professionnels ainsi que les « Espoirs » s’y entraineront et le siège social et administratif de l’UBB y sera installé… La pose de la première pierre a lieu le 2 mai 2017, en présence notamment d’Alain Juppé, et il sera inauguré le 3 octobre 2018. Le « Ceva-campus » comporte trois niveaux, un self-service, une salle de réception cossue, une terrasse, une salle de musculation de 600 m², une piste d’athlétisme intérieure de trois couloirs, une salle vidéo, une cabine de cryothérapie, une balnéothérapie sur mesure, ainsi que l’ensemble des services administratifs du club. Les équipes professionnelles bénéficient désormais d’un outil moderne, spacieux et ultra-performant !

Tout n’a pas aussi merveilleusement fonctionné comme dans les contes pour enfants. En effet, quand Laurent Marti, en 2008, prend la présidence, après Frédéric Martini, le club va changer de dimension… Il investit de l’argent, dote le club d’une ossature de joueurs des îles, et insuffle des idées nouvelles, trouve les financements nécessaires pour une évolution en adéquation avec les ambitions du club. Parmi, les partenaires on retrouve des anciens tels que Bernard Magrez (élevé au « Joke »), et un p’tit nouveau qui défend la santé animale dans le monde entier… Marc Prikazsky, est le patron de « Ceva », groupe pharmaceutique vétérinaire mondial, basé à Libourne, qui emploie plus de 5.500 salariés dans le monde. Rétrospectivement, il est amusant de voir que ce centre « Ceva » serve pour entrainer des attelages de bœufs, dans l’ancien champ de vaches : une « arche de Noé » !

« Fonfon » Miralles, coordinateur sportif de l’UBB assure parfois la visite des lieux. S’il bute sur les mots, c’est pour mieux enjoliver nos souvenirs « musardesques » : à chaque pièce son anecdote ! Dans le couloir d’accès, il salue les titres nationaux d’un autre siècle, les sept du « Stade Bordelais » et les deux de Bègles… Face au terrain d’honneur de « Moga », il compare les tribunes bondées lors du premier match de Coupe d’Europe, contre Cardiff, aux affluences du stade « Chaban »… Au réfectoire, s’il croise quelques joueurs, il donne des nouvelles de l’infirmerie… Quand on rentre dans les deux bains de balnéothérapie, il mentionne que les joueurs du Pacifique préfèrent celui des eaux chaudes ou moins froides… Dans la salle de musculation, il nous décrit les efforts à accomplir pour développer la force musculaire… À l’étage, il ne manque pas de s’attarder devant le maillot de Michel Boucherie, celui de la finale 1969… Dans le salon d’honneur, il pérore dans les gros fauteuils en cuir et montre toute sa passion pour le club… Enfin, sur la terrasse extérieure, plus un siècle d’histoire nous contemple !

Mais, comment le castillan est-il arrivé jusque-là ? Enfant de l’après-guerre civile espagnole, il arrive en France, à l’âge de 10 ans et débarque à Bordeaux rejoindre des oncles républicains qui s’y étaient exilés… Il se fait un devoir de bien faire ses devoirs pour apprendre la langue de son nouveau « país ». Installé à Bègles, près de la poste, il trouve un terrain de sport avec des poteaux étranges qui n’existaient pas au Real Madrid… Le garçon était plutôt gaillard et le rugby l’a vite enrôlé : il signa sa première licence à l’âge de 14 ans ! Enfant de Bègles, Alphonse s’est vite appelé « Fonfon » et « Musard » l’a intronisé « Cabiste »… Il a le maillot à damiers collé au cœur, et le radis au fond de ses entrailles. Au fil du temps, il a été joueur (deuxième ou troisième ligne), éducateur pendant dix ans, de l’école de rugby aux juniors en passant par les cadets, puis directeur de l’école de rugby (où il a eu la fierté d’entraîner son fils Émeric). Perso, je l’ai connu comme co-entraineur des Juniors III : une triplette avec Michel Papin… D’autres avouent le connaître depuis toujours !

Il est devenu une figure emblématique du rugby béglais ! Il tient ce rôle-là au sein de l’UBB, pour ne pas oublier les racines du club. Mais, pas uniquement ! C’est quelqu’un toujours présent pour régler au mieux les mille tracas du quotidien… Au début, comme il parlait espagnol couramment, il s’est occupé d’accueillir la colonie argentine… Voilà comment celui que tout le monde appelle « Fonfon », est devenu « coordinateur sportif » de l’UBB. Il est devenu un super intendant ! Ainsi, comme le club accueille beaucoup d’étrangers, d’horizons divers, il s’occupe de l’intégration de ces joueurs et de leur famille (titres de séjour, déménagement, logement, mobilier, voiture, traduction, enseignement) : l’affaire n’est pas mince ! Aujourd’hui, il n’est plus tout seul pour tout faire : il a appris à déléguer et partager les diverses démarches.

« Fonfon » a toujours été un charmeur. L’élégance lui sied comme un gant : tenues assorties, casquette de dandy, chemises à fleurs… Même en survêtement il reste « smart » ! Il fait partie du décor et il ainsi connu douze ou treize managers… On dit qu’il prendra sa retraite quand l’UBB soulèvera le Brennus pour faire ses ultimes passes de torero.

¡ Que guapo mi amigo y viva Musard para siempre corazon !

épisode n° 15 – « Musard » sera toujours « Musard »

Voilà, nous voilà au bout de notre saga estivale ! Vous connaissez, maintenant, tous les recoins de « Musard » ! « Musard » sera toujours « Musard » : une drôle de prairie ! Certes, ça a bien changé : en 1907, on y voyait de lourds maillots à damier et des longs caleçons blancs, avec bérets sur la tête et moustaches en forme de guidon de bicyclette. Aujourd’hui, le damier bleu et blanc est encore là mais il est noyé de publicité et les joueurs sont surveillés par des drones et des statisticiens numériques.

Le stade c’est aussi un lieu de rassemblement populaire pour d’autres évènements attendus par la population. Le dernier en date remonte à la dernière finale de l’UBB : la pelouse était envahie par une multitude de supporters, assis face à l’écran géant.

Certes, il y a eu une multitude d’anecdotes liées au rugby, notamment :

  • en février 1954, une sélection régionale, emmenée par Barthe (SBUC) et Domenech (Cahors) s’est entrainée à « Musard » avant d’affronter, au stade municipal de Bordeaux, les « All Blacks », en tournée en France… Le 24 février 1954, les « Blacks » perdent 8-11… le centre Néo-Zélandais Colin Loader décrit la défense française comme « un réseau de barbelés.
  • en novembre 1974, les « Springboks » s’entrainent à « Musard »
  • l’équipe de France Universitaire, coachée par Jacky Crampagne, a beaucoup joué à « Musard »
  • en 1977, Raoul Barrière, l’entraineur du « grand Béziers » est passé par « Musard » pour présenter ses méthodes innovantes de training
  • le 21 novembre 1995, « Musard » accueillit la Coupe d’Europe, en nocturne (20h), avec la venue des Gallois de Cardiff, dans un stade plein à craquer : 10.000 spectateurs, pour un mardi soir et malgré un déluge.
  • on peut également évoquer le légendaire Bègles–Toulon du 5 mai 1991, remporté 22-06 (9-18 à l’aller) à l’occasion d’un des 8èmes de finale les plus épiques de l’histoire du championnat de France
  • pour finir, le dernier match du samedi 09 mai 2015, opposant l’équipe locale à celle de l’Union Sportive d’Oyonnax. Pour la petite histoire on se souviendra de la victoire de l’UBB, sur le score de 26 à 23, devant 9.500 spectateurs.

Au fil des ans, le stade a été aussi un lieu de rassemblement populaire pour d’autres évènements sportifs, festifs ou culturels. Déjà en 1938, les coureurs de fond participaient au 3ème relais bordelais qui partait de Sainte-Germaine au Bouscat pour arriver à « Musard »… L’année suivante « Musard » a accueilli le championnat de Côte d’Argent d’athlétisme, histoire de rappeler qu’il y a eu une piste autour du terrain de rugby. La gymnastique a fait quelques démonstrations, sur la pelouse, au sol et aux agrès, et à la lumière des projecteurs du stade. Ce fut le cas en 1957, pour le cinquantenaire du club. Ce soir-là, il y eut même des danses folkloriques sur échasses…

Les Béglais, se retrouvaient régulièrement sous un grand chapiteau pour un banquet annuel, avec bal et animation dont les vedettes s’appelaient Annie Cordy, Georges Guétary ou Carlos… Le festival des fanfares et des majorettes y était parfois associé et le public venait nombreux suivre le défilé dans les rues de la ville pour accompagner les musiciens et les majorettes jusqu’au stade municipal…  Pendant une décennie, la mairie organisait à « Musard » la kermesse des écoles laïques, au mois de juin, pour marquer la fin d’année scolaire. Tous les écoliers de la ville, toutes écoles confondues, étaient ainsi rassemblés pour exécuter des mouvements de gymnastique répétés avec leurs professeurs…  

Plus tard, la « fête de la morue » prit le relais en devenant un rendez-vous incontournable mêlant gastronomie et culture… 2017 fût la dernière année où la fête s’est déroulée à « Musard ». Avec le rugby professionnel, les terrains ont été interdit au public. Il est vrai que, quelques 5 à 6000 personnes piétinant le gazon, ça devenait problématique pour les jardiniers de la ville.

Pour conclure, « Musard » a abrité pendant plus d’un siècle, les exploits des « Damiers » du C.A. Béglais, renommé C.A. Bordeaux-Bègles, puis C.A. Bordeaux-Bègles-Gironde, jusqu’aux frasques de l’UBB, pour finalement arriver à une situation des plus simplistes possibles. « Musard » est consacré au rugby ! l’UBB s’y entraine et joue à « Chaban »… En effet, limitée à des chambrées moyennes à « Musard », l’UBB quitte « Moga » (capacité 11.000 places), pour adopter un nouveau chaudron magique, le stade « Chaban » (actuellement à 32.930 places) et accueillir le premier public de France ! Quant au C.A.B.B.G. il est chargé aujourd’hui, au sein de « Musard » de la formation des équipes de jeunes.

De gradins en bois en tribunes en ciment, de buvette en « bodéga », l’état d’esprit à « Damiers » a toujours soufflé encore entre les peupliers ! Malgré tous les noms des frontons, des boulevards, des impasses, des allées ou des stèles, et avec tout le respect qu’on doit à ces personnes, j’ai une nostalgie particulière pour « Musard » où j’aime y musarder !

Voilà la saga 2025, en quinze épisodes est terminée : j’espère qu’elle vous aura plu !

JYB /K’nar 💙🤍

ps : article écrit avec l’aide des archives de Francis Gonzalez, Claude Asta et Éric Garets ainsi que Maurice LISSONDE (Miroir du Rugby n°94 juin 1969)