SAGA ETE 2025 : MUSARD

préambule : si musard m’était conté !

À partir de ce jour-end et jusqu’à la mi-septembre, commencera la cinquième saga estivale du « Cœur à Damiers », consacrée, cette année, au stade « Musard »…

Les non avertis peuvent être facilement perdus par les différentes dénominations du lieu : Musard, Delphin Loche ou Moga… « Musard », c’est le nom du propriétaire originel du foncier. En 1988, le stade « Musard » est rebaptisé stade « André-Moga », en hommage au président historique du C.A. Béglais, de 1958 à son décès (22 décembre 1992). Quant au complexe « Delphin Loche », il désigne l’ensemble de l’infrastructure, incluant le stade « André MOGA ». Le complexe sportif « Delphin Loche » accueille donc plusieurs installations sportives (terrains de rugby, fronton, courts de tennis et padel, etc.), le stade « MOGA » et le « Campus Ceva » qui est le centre d’entrainement de l’UBB.

D’un pré champêtre, sans perches, ni radis, aux infrastructures d’aujourd’hui, laissez-moi vous conter l’histoire de « Musard », en quinze épisodes, bien sûr !

épisode n°1 – Delphin Loche et Musard !

On va commencer par le début ! Quand on rentre à « Musard », tout de suite on fait connaissance avec la stèle de Delphin Loche, datée de 1957… Comme tout Béglais qui se respecte, on a tous en tête le portrait de Delphin Loche, avec ses bacchantes taillées en pointe et sa barbe napoléonienne…

Le Béglais Delphin Loche, fils de famille royaliste et vice-président du Comité de Côte d’Argent est le père fondateur du C.A. Béglais… Plus exactement, il est un des cinq compères co-fondateurs ! En effet, un soir de février 1907, le 17 plus précisément, les trois frères, Louis, Delphin et André Loche, accompagnés de deux comparses, Gaston Martin et Daniel Florent assistent au quart de finale opposant, au stade « Sainte-Germaine », le « Stade Bordelais » et le « S.O.E.T. » (Stade Olympien des Étudiants Toulousains). Les Bordelais ont gagné le match (18-0) et seront Champions de France pour la quatrième fois d’affilée et leur cinquième titre national… Quant au « S.O.E.T », ce sera son dernier match et fusionnera avec le Stade Toulousain.

Rappelons ici, que le « SBUC » était à l’apogée de son histoire ! Entre 1899 et 1911, le club ramène sept fois le bouclier de Brennus sur les bords de la Garonne. Aussi, cette notoriété déclenche l’engouement populaire et suscite l’intérêt de nos cinq comparses, venus de l’autre côté de la ville, depuis la banlieue populaire de Bègles. Ils sont particulièrement séduits par la qualité du spectacle. Ils ont immédiatement l’envie de créer un club sportif près de chez eux pour la pratique du rugby.

Les amateurs intéressés par l’aventure sont aussitôt convoqués à une réunion. La famille Varailhon, propose une modeste salle, située au coin de la rue Calixte-Camelle et de la place du XIV Juillet… Les convocations sont improvisées, l’assistance est inespérée. Une trentaine de jeunes gens sont présents dans une salle, basse et mal éclairée. Une décision de principe est prise. Les pessimistes en sont pour leurs frais. Il y aura un club sportif à Bègles. Il faut lui donner un nom. On penche un moment pour « Bégliator ». La raison et la simplicité l’emportent : la société nouvelle s’appellera le « Club Athlétique Béglais ». Les maillots seront rouges avec col et poignets bleus, la cotisation des membres actifs sera fixée à dix sous (0,50 F) et celle des membres honoraires au double…

Reste maintenant à trouver un terrain ! Les rugbymen béglais évoluent tout d’abord dans un terrain vague, tout près du boulevard Jean-Jacques, au « Moutonnier », jouxtant une porcherie, à l’emplacement des Glaces Saint-Gobain… Mais, Delphin Loche se met en chasse d’une solution foncière plus durable… Il avait repéré un vaste pré, de trois hectares, situé en plein centre de Bègles… Aussi, dès l’année suivante, les béglais sur le pré du père Lassalle, le locataire de la prairie du lieu-dit « Campgrand », sur lequel paissent ses vaches laitières. En effet, le pré appartient à M. et Mme Savoie. C’est pourtant avec Lassalle que négocie Delphin Loche et il obtient la sous-location au profit du « C.A. Béglais » pour la somme de 15 F, par mois. La somme est rondelette, d’autant que la caisse sonne creux. Le laitier, avait accepté, moyennant une indemnité de quinze francs par mois de retirer ses vaches le dimanche… Ainsi, le champ avait donc deux vocations : le pacage des vaches semaine et le rugby le week-end puisque le terrain n’était sous-loué que pour les deux jours de fin de semaine…

Le foncier a également un autre patronyme : « Musard » ! Il tire son nom du plus ancien propriétaire connu du lieu, Jean-Baptiste MUZARD, Capitaine dans les armées de la Révolution. Sa famille détiendrait ce terrain depuis 1760… C’est sur ce terrain que le siège du club est installé… Aujourd’hui, il donne également son nom à l’arrêt de tramway, tout proche.

Ce grand champ a donc servi de premier terrain d’entrainement… Ainsi, à l’été 1907, sur cette modeste pelouse, quelques jeunes gens participent joyeusement au premier entraînement, sous la houlette de l’entraineur, Maurice Gabert, et sous l’œil bienveillant de Delphin Loche, institué premier président du C.A. Béglais… Sur la pelouse, il y a là les Dubern, Martin, Dedieu, Lassalle ou Gabert le capitaine-entraineur, venus les uns du « FC Bordelais », et d’autres devenus adeptes d’un sport dont la vogue va croissant depuis quelques temps dans la région. Néanmoins, le foncier est chaotique (caillasses, nids de poule, détritus, bouses de vache, etc.). On doit recourir à des expédients : il faut nettoyer l’espace, ériger les poteaux et tracer les lignes tous les dimanches matin… Chacun s’y met ! Du Président aux joueurs. Pas de vestiaires, pas de douches. Une généreuse voisine, la mère Pambrun, autorise les joueurs à se mettre en tenue chez elle et pousse l’obligeance jusqu’à leur prêter une grande « baille » pour qu’ils se débarbouillent et se décrassent. Le terrain était balisé par des coquilles d’huitres ou autres culs de bouteilles que le Président, en personne, venait retirer le dimanche soir, avec sa brouette… Tout un état d’esprit !

Les débuts furent pénibles : un terrain ouvert à tout curieux, de forme triangulaire, un vestiaire partagé avec des animaux… On n’entreprend donc que des travaux de première nécessité, mais toujours pas de vestiaires. On ne peut pas toujours solliciter la mère Pambrun… Le « Café de France », tenu par M. Caujolle, rue du Maréchal-Joffre, en fera office. L’orientation du terrain est perpendiculaire à celle d’aujourd’hui, dans le sens route de Toulouse- Garonne… Puis, on fit pousser une clôture végétale pour éviter que vaches ou curieux ne s’y aventurent bêtement. Entre-temps, les Béglais abandonnent leur premier maillot rouge à parements bleus pour celui à damiers bleus et blancs, copié sur celui des médecins londoniens des « London Hospitals ». L’emblème devint le radis symbolisant les cultures maraichères de la cité.  Pour le premier match qui se disputa à « Musard », le prix de l’entrée s’élevait à 25 centimes. Un seul spectateur déboursa cette obole que le Président n’accepta finalement pas : l’argent ne fait pas le bonheur ! La « Grande Guerre » cassa l’euphorie des radis : beaucoup de « Cabistes » y laissèrent leur peau ! Un monument leur est dédié à l’entrée du stade. Le rugby est, alors, loin des préoccupations de nos aïeuls et les vaches retournèrent occuper « Musard », pendant quatre à cinq ans…

Dès 1919, on construit la première tribune, dans l’axe de la voie d’accès, de ce qu’on appelle, aujourd’hui, l’impasse Delphin Loche… Le terrain, jusqu’alors perpendiculaire à son orientation actuelle, fut pivoté en adéquation avec la nouvelle tribune…  En 1922, Delphin Loche obtient du propriétaire le statut de locataire à bail. Maurice Gabert, le premier capitaine béglais, émet l’idée d’un achat. Le 14 octobre 1924, le « C.A. Béglais » acquiert les 30.750 m² de « Musard » pour 120.000 anciens francs. La somme est rondelette et l’acquisition est échelonnée sur quatre ans. Chacun mit la main à sa poche, selon ses moyens… Tout un état d’esprit, vous dis-je ! Pour l’occasion, on avait organisé la première fête annuelle, un peu comme la « fête de la morue », de nos jours… Le bal du samedi soir se déroule  sous une pluie battante, et le lâcher de pigeons du dimanche matin se déroule sans encombre avec un concert et le lancement du ballon « le cabiste », et un grand banquet de 700 couverts avec le traditionnel discours des édiles locaux et grands sociétaires… (extrait de la « Petite Gironde » du 8 sept.1924)

En 1928, le « C.A. Béglais » achète deux longueurs de terrain. On crée deux entrées nouvelles et on aménage des pelouses. Bien que propriétaire, il fallut construire des infrastructures dignes du statut de l’équipe première qui joue désormais en 1ère série. Des vestiaires sont construits et un puits fut creusé pour alimenter les douches. Rien à voir avec les installations de nos jours…  De plus en plus de gens s’intéressèrent au rugby et le public devenait de plus en plus fidèle. Parfois, certains regardaient par-dessus la palissade pour voir à l’œuvre Joseph Sourgens, Paul Saldou (futur Président), René Guichard avec son béret rivé sur la tête (« Tatave »), Alliez, Bonneau, Callède, Castets (« Pélique »), Soulé ou encore et autres Albert Potel. Certains d’entre eux vont être appelés en Équipe de France. En 1930, on coule une grande tribune en ciment, et des gradins couverts furent construits face à la grande tribune. Le stade peut contenir désormais 15.000 places : 9.000 en populaires et 6.000 en tribune. Les supporters sont désormais plus à leur aise.

En février 1935, Delphin Loche décède et le club perd plus qu’un Président fondateur : tout simplement un père ! Le stade portera désormais son nom, inscrit au-dessus du grand portail grillagé en bleu, ainsi que l’impasse qui y mène. Plus tard (en septembre 1967), on installe une statue du fondateur du club à l’entrée du stade… Son portrait est affiché en grand format au secrétariat du « C.A.B.–Omnisports »

épisode n°2 – musard & le boulevard de la tortue

« Musard » : pour mieux musarder ! Je vous propose une déambulation à travers « Musard », au rythme d’une tortue… Je veux vous parler ici du cheminement qui traverse tout « Musard ». Il part de l’impasse Delphin Loche, on passe le grand portail bleu (qu’il soit en bois, en grillage ou en acier) et on traverse ainsi tout le complexe, jusqu’au terrain de foot « Bergonié », plus connu actuellement sous le terme de « Campus-Ceva »

Au tout début, cette allée passante n’avait pas de nom ! En 1991, juste après le Bouclier de Brennus, elle prit le nom de « boulevard de la tortue », en référence, non seulement à la célèbre tortue caricaturée par Iturria, mais aussi et surtout pour consacrer à la force du pack béglais qui l’a conduit jusqu’au titre de suprême… Ce jour-là, il y avait là, bien évidemment les récents champions de France (Téchoueyres, Courtiols, Laporte, Delage, Boucher, Conchy et Mougeot) et le maire de Bègles, Noël Mamère…

Pendant longtemps, cette allée était en terre battue et devenait très boueuse en temps de pluie et se transformait en véritable bourbier au fil des années… En 1969, profitant de l’intersaison, la municipalité a entrepris des travaux d’aménagement. Ainsi, après la canalisation du ruisseau Sainte-Croix qui longeait l’ensemble sportif, le revêtement de bitume des allées a été entrepris rendant l’accès aux tribune impeccable : fini les « bottes » comme il se le disait le long des main-courantes.

On remarquera que le sous-bassement de l’esplanade des platanes est caractérisé par des rondins de ciment… À l’époque, les ouvriers travaillaient avec des bariques de vin en guise de moules dans lesquelles était coulé le ciment. Cette esplanade en pente vers le terrain servit pendant longtemps de pesage à l’arrière des poteaux, sous les mats où flotte avec le drapeau bleu-blanc-rouge, la bannière à damiers bleu et blanc. De là, on pouvait s’asseoir en face de la buvette du club de Jacky Jameau et prendre un peu l’air… J’ai une nostalgie particulière pour le « Musard » de la semaine : grand jardin au milieu des petits dont les tribunes sont intensément vides… Le « Musard » de la semaine, c’est celui de mes entrainements. J’attachais mon vélo le long du parapet sans réveiller le chien qui dormait paisiblement sur le bitume chaud. Instinctivement, je me dirigeais vers la buvette de « Jacky », en prenant soin de ne pas m’embarrasser de mon sac de sport laissé nonchalamment sur le seuil… (extraits de mon livre, intitulé « Mon Abécédaire du Rugby »)

Si on continue à suivre la rangée de platanes, on se recueille, vite fait, devant le monument aux morts placé entre les stèles de deux illustres Béglais : Delphin et ses belles baccantes, et le « Grand » dans l’ombre de « Fantomas »…. On le sait la première guerre mondiale à laquelle prenait part la quasi-totalité des membres a terriblement éprouvé le C.A. Béglais : 59 morts sur les 161 ! Leurs noms figurent sur les pans de la stèle ! Je peux en citer quelques-uns : Dubern, Diharce, Broca ou Lannegrand, morts à la « Grande Guerre », en Syrie, en Indochine ou en Algérie… Tous ces oubliés dont les noms façonnent l’ombre du monument qui, dans les soleils des commémorations annuelles, pose le voile triste de l’absence : les morts ne seront morts que lorsque les vivants les auront oubliés !

Suivons les feuilles mortes des platanes, comme les cailloux du Petit Poucet, et imaginons revoir la petite silhouette de « Papy Cacahuètes » (Charles Ederai de son état civil officiel)… Il a laissé sa vieille Peugeot break, bleu ciel, dans une des rues adjacentes, il a rempli son panier en osier de sachets de cacahuètes à décortiquer ou de pralines. Il les a préparés toute la semaine durant et les a sertis avec un cordon en plastique rouge. Après avoir offert un de ses sachets à Annie Jameau, il se positionne, là, au milieu de l’allée, casquette rivée sur la tête, un paquet dans chaque main… Avec sa petite voix fluette, il n’a pas besoin d’alpaguer le chaland : de toute façon, on ne l’entendrait pas ! Si par cas, il n’avait pas écoulé toute sa marchandise, il arpentait les tribunes pendant le match… Dans le même genre, on pouvait difficilement éviter les vendeurs de billets de tombola pour les gamins de l’école de rugby… Je revois encore le père Estival, Norbert de son prénom, dans ses œuvres !

Je ne n’attarde pas trop sur le siège social du Club Athlétique Béglais, installé là depuis 1970, en même temps que le club-house, à la place des anciens vestiaires. En suivant, la bulle du tennis, a masqué la cour arrière où se pratiquait le basket… Quand cette section sportive a déménagé, on y a construit le centre de formation, à la fin des années 1990.  Plus tard, la bulle tennis et, tout récemment, les terrains de padel ont occupé le foncier…

On tourne à angle droit vers le sud et la promenade nous fait longer le « cul » de la tribune d’honneur et ses vestiaires, et de l’autre côté le terrain annexe, à la pelouse pelée. Celui-ci a reçu toutes les catégories d’équipes : des enfants de l’école de rugby qui braillent et courent, jusqu’aux vieux de la « Réserve » qui râlent quand ils ne courent plus… Aujourd’hui, ce terrain est clos, à l’abri des regards et des drones, tandis que sa pelouse luit de son vert-luisant !

On arrive au bout de la déambulation et histoire de se rappeler qu’on est principalement en terre d’ovalie, on s’arrête, juste après l’escalier A de la tribune d’honneur, devant la majestueuse œuvre d’art en forme de ballon de rugby : un ballon de bois et de vent (ouvrage de Boite A’Part)… Mus’art à Musard !

Au final, on s’approche de la fin de la procession avec l’ancienne buvette du « fouteux » lorsqu’ils jouaient au stade « Bergonié », devenu depuis l’antre du « Ceva-Campus ». Aujourd’hui, leurs vestiaires servent aux équipes de jeunes rugbymen et aux anciens des « Archibal » ou des « Musardingues ». À défaut d’avoir un trou à rats, ces derniers utilisent le « Club-House L. Suhebiette », en hommage à « Susu ». Lucien, que tout le monde appelait « Chouette » : quelle figure ! Tour à tour, ouvrier, chef d’une entreprise de mécanique générale sise à Talence, sauteur en hauteur au CAB, dirigeant dévoué, champion du baby orange, roi du tango, conteur des vieilles histoires béglaises, un cœur à damier, un grand charmeur… Depuis l’âge de 10 ans, il avait sa carte du club et devenu adulte, il fut un athlète accompli, sous le maillot à damiers, dans toutes les disciplines qui lui convenaient (athlétisme, basket ou rugby). Truculent, il savait avec humour, mettre l’ambiance, certes convenable comme tout dirigeant averti… C’était un pur « cabiste » et un vrai « Mérovingien ». On retrouve également une plaque mémorielle, à proximité de l’escalier E de la tribune d’honneur, à l’endroit même où « Susu » s’est effondré, le 1er septembre 1990, juste après un match contre le B.O., en challenge Yves du Manoir, quelques mois après le départ de son épouse vers l’autre monde…

Fin de la balade de la tortue ! Je ne sais pas ce que cette plaque de rue est advenue…

épisode n°3 – moga à musard

Parce qu’il fut une grande figure de Bègles, André Moga est, tout comme Delphin Loche, à jamais statufié dans le stade désormais à son nom… En effet, depuis 1993, le 28 janvier, sur proposition de Christian Bagate, le comité directeur du C.A. béglais décida, à l’unanimité, de dénommer « Stade André Moga » les terrains de rugby, au sein du complexe sportif « Delphin Loche, … Par sûr que, de son vivant, il aurait souhaité une telle consécration ! C’est, effectivement, une reconnaissance par l’ensemble de ses pairs pour le comportement et l’esprit qui ont animé « Le Grand », pendant plus d’un demi-siècle, au sein de son club de cœur… Ainsi, à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle entrée du stade et du baptême de la nouvelle rue des frères Moga, une stèle du buste du « Grand » fut dévoilée le 13 novembre 1993 . Ce jour-là, Bernard Lapasset, Président de la F.F.R., s’était déplacé et avait coupé le ruban avec le maire de Bègles, Noël Mamère, en présence de son ami de toujours, Jacques Chaban-Delmas. « Le Grand » prenait place pour l’éternité à côté de « Delphin ».Quelques minutes plus tard, le CABBG de Vincent Etcheto l’emportèrent sur le « Castres Olympique » de Christophe Urios (22-06)… Désormais, chaque visiteur du stade ne peut échapper à son buste finement ciselé par le sculpteur Galy.

Dans l’histoire du C.A. Béglais, l’après-guerre correspond au temps des « Moga » ! Même si beaucoup de monde connaît peu ou prou l’histoire, peu banale, de cette fratrie, je me permets de vous la faire (re)découvrir… La famille Moga vient de l’autre côté de la frontière, de Viella dans le Val-d’Aran. Miguel Moga s’établit comme transporteur entre les abattoirs et les « Capucins » où son épouse Marceline, originaire de la Creuse, ouvrait une charcuterie. Miguel meurt en fin d’année 1930, obligeant son épouse à s’occuper de ses quatre garçons : Alfred, Alphonse, André et Alban… Seul Alfred ne pratiqua jamais le rugby, au contraire des trois autres. Pourquoi ont-ils joué à à Bègles ? Ce fut par la grâce d’une ligne de tramway qui passait au pied de l’appartement des Moga et menait à Musard… En effet, Marceline souhaitait que ses garçons utilisent ce moyen de transport moins aventureux que la bicyclette. Ainsi, les frères Moga posèrent leur sac de sport à Musard !

Aux « Capus », les frères Moga sont populaires ! Charcutiers en gros et détail, leur gabarit les fit vite connaitre tant au « maille » que sur le terrain. André fut surnommé « Le « Grand » car il était le plus grand des trois frères… « Fonfon » est un solide gaillard de première ligne, et le jeune « Bambi » est vite repéré par les sélectionneurs du XV de France. Il forme avec son frère ainé, un bel attelage en deuxième ligne. Les trois frères ont remporté la Coupe de France, en 1949, à Bordeaux, et André fut aussitôt après, international en participant à la tournée en Argentine de l’Équipe de France.

Né le 24 octobre 1921, à Bordeaux, André Edgard Arthur MOGA s’est fait davantage remarquer en tant que dirigeant. En effet, il est passé directement du terrain à l’encadrement : en 1958, à l’âge de 37 ans, il s’installe, quasiment naturellement, à la présidence du Club Athlétique Béglais, section Rugby. À l’époque, le club naviguait dans les bas-fonds du classement et était menacé de relégation. II y restera jusqu’en juin 1983 remplacé par le docteur Christian Bagate, pour reprendre ses fonctions en 1987 et les garder jusqu’en 1992, l’année de sa mort, un peu plus d’un an après le dernier titre de Champion de France du CABBG… Sa compétence lui fit intégrer la F.F.R., en 1966, dans l’équipe des « Gros Pardessus » de « Tonton » Ferrasse… De chef de famille, il était devenu chef de clan, chef de club. Patiemment, il a fait de Bègles un grand du rugby national, avec deux boucliers sous sa présidence, sans oublier la finale perdue de 1967, à Lescure.

Longtemps opposé au rugby professionnel et à la publicité sur les maillots, il y est venu inévitablement, quitte à renier certains de ses principes, notamment lors de son retour à la présidence du CABBG… Les contraintes d’un rugby de haut niveau avaient certainement besoin des finances d’une grosse métropole comme Bordeaux, ainsi que des subventions départementales. Il avait même envisagé de pouvoir, avec les footballeurs des Girondins de Bordeaux, cohabiter au stade Lescure, renommé Chaban-Delmas, du nom de son ami de toujours…

Fervent Gaulliste, André Moga s’engage également en politique, aux côtés de Jacques Chaban Delmas, devenant même l’un de ses fidèles conseillers à la mairie de Bordeaux, de 1972 à 1992. Résistant, il fut un proche du futur Premier Ministre, une histoire mêlée d’amitié et d’engagement politique… De Gaule aurait pu jouer au rugby et il aurait certainement lutter en touche avec « Le Grand ». Il se serait surement lécher les doigts avant de se saisir du ballon… À défaut, il s’est rapproché avec son « jeune général » avec lequel il a d’abord joué sous le même maillot avant de s’engager sous la bannière du RPR. Cette amitié-là a certainement favorisé l’honneur d’être déclaré Chevalier de la Légion d’honneur, en 1976.

Sur le plan professionnel, il a d’abord travaillé dans la charcuterie familiale. La famille Moga est fermement liée au quartier des « Capucins ». Les Moga, c’était un tout, surtout aux « Capucins » ! Pourtant, André a toujours véhiculé un côté bourgeois, un peu moins populaire, un peu plus réservé que ses frères. Sa taille, son aura, sa prestance ont certainement contribué à cette apparence. Diplômé d’école supérieure de commerce, il s’associe au début des années 1960 avec Jacques Gallien, au sein d’une société spécialisée en produits laitiers, domiciliée au 45 rue des Menuts, non loin des « Capus ». En 1970, il devient le seul patron de « Salprolait », entreprise de distribution de fromages vers les collectivités et les grandes surfaces… En 1980, André Moga déserte les « Capus » pour installer son entreprise de produits laitiers, au vieux bourg de Villenave d’Ornon. Le petit crémier de quartier, de la rue des Menuts, à « Saint-Miche », est vite devenu un patron de PME, avec une soixantaine d’employés. Personnellement et comme beaucoup d’autres, c’est là, dans son bureau du chemin Touton, que je l’ai rencontré pour régler mon souci de service national que j’ai finalement effectué à Hourtin… Il n’y avait pas de service qu’il ne puisse pas rendre, que ce soit pour un logement, un emploi, un coup de pouce, un pv à faire sauter, ou un billet pour un match international… Tout le monde le connaissait et il connaissait beaucoup de monde !

Au plan personnel, André Moga était un homme indulgent et bienveillant, un brin paternaliste, qui allait au bout de ses convictions, à la mode « self made man ». Son sourire respirait la gentillesse, et sa voix avait la tonalité de la douceur, sûrement une conséquence d’avoir été élevé par des femmes (mère et grand-mère), à la mort de son père, à l’âge de 9 ans… On disait qu’il aimait Belmondo, Brigitte Bardot et Ronsard. Il trouvait des similitudes entre le rugby et l’amour : un jeu compliqué aux combinaisons multiples. Il était marié à Léa, épouse discrète et mère de trois garçons : Michel, Alain et Alban qui ont tenté de conserver, en vain, l’héritage paternel. La tâche fut ardue : « Salprolait » a été vendue, le 31 août 1994, à « Besnier », un grand groupe français de l’agroalimentaire, et l’UBB est née sur les cendres du CABBG…

De la mort, il pensait que c’était un mal nécessaire… Certes, sa haute taille le distinguait des autres, mais surtout, c’est sa grandeur d’âme qui le rendait comme un phare. C’est pour cela, que son départ laissa un grand vide… Il décède le 22 décembre 1992 à Bordeaux et la cérémonie d’obsèques a eu lieu à la cathédrale… Saint-André !

épisode n°4 – l’Académie de Musard

On aujourd’hui, on l’appelle « Tribune Garonne », car elle est, géographiquement, la plus proche du fleuve, contrairement à celle d’en face qui est orientée vers l’océan… En fait, ce fut là, l’emplacement de la première tribune du C.A. Béglais ! En effet, dès 1919, on construit la première tribune de bois : on l’appelait « les grandes tribunes »…

Mais, en 1936, les grandes tribunes de Musard ne résistent pas à une violente tornade. On a du mal à croire qu’un tel phénomène puisse frapper le stade, en plein centre-ville ! Après le décès de Delphin Loche, et en l’espace de deux ans, les rugbymen béglais perdent deux de leurs bases principales. C’est la fin d’une époque, mais pas de son état d’esprit qui souffle encore entre les peupliers ! Cependant, ça ne les rend pas plus riches pour autant et par manque de crédit, les grandes tribunes ne sont pas reconstruites immédiatement… Des gradins prennent la place des constructions effondrées.

Est-ce à ce moment que s’est construite la légende de « l’Académie » ? En effet, ce sont ces fameux gradins qui prendront plus tard le nom « d’Académie ». Il semblerait que cette institution béglaise commença à se constituer au début des années 1960, avec les anciens joueurs, heureux de parler du temps jadis et de leurs jeunes successeurs évoluant sous leurs yeux… C’est ici que les philosophes « cabistes » du rugby béglais s’installeront durant les matches pour détailler toutes les actions des acteurs, encourager comme il se doit les joueurs locaux, déstabiliser, voire provoquer les autres et suggérer aux arbitres les meilleures décisions à prendre, si possible en faveur des béglais ! Les « Académiciens » sont comme une déclinaison des « Mérovingiens », un regroupement de personnes qui se sentaient « Béglais » à vie, une espèce d’institution qui réunit des sages, anciens joueurs de rugby… Toujours debout et installés en face de la tribune d’Honneur, ceux-là ont une critique avisée et délicieuse sur le rugby d’hier et d’aujourd’hui. Ils ne manquent pas de venir voir les jeunes « pousses » béglaises… En règle générale, « l’Académie » se formait à la mi-temps du match du lever-de-rideau, tout près de la main courante. Les places n’y étaient pas réservées, c’était « open » et ouvert à tous vents, mais l’emplacement leur était toujours réservé… Les stigmates sur leur visage, les oreilles boursoufflées ou les nez de travers traduisent l’engagement de ces « quinquas », « sexas », voire septuagénaires. Les anciens de « l’Académie » y font des analyses de match impossible à comprendre, si on n’en est pas… Dans ce coin de pesages, les « Musardingues » parlent d’or et scrutent la moindre filiation dans tel ou tel joueur sur le pré… Cette académie-là se renouvelle au fil des décennies, avec des dérapages verbaux ou écarts de langages, à l’accent local … Putain-con ! (extraits de « Mon Abécédaire du Rugby »)

En 1952, les anciennes tribunes du stade des Chartrons, rue Leybardie, sont récupérées et remontées en lieu et place de celles qui avaient été emportée par la tornade. C’est une tribune métallique, une tribune de fer devant laquelle les futurs finalistes 1967 sont pris en photo, en début de la saison 1966–1967… En 1973, après la réalisation du nouveau fronton, il fut entrepris la réfection de la structure métallique de ce qu’on appelait alors la « tribune de face »… Des travaux d’envergure consistant à déposer toute la partie inférieure des gradins (soit la moitié de l’ensemble) puis en rhabillage à neuf, à l’aide de bois préalablement traités. Il y avait une échelle métallique le long du pilier droit qui permettait d’accéder au toit de la tribune. Certains adolescents y grimpaient en cachette, et d’autres l’escaladaient pour récupérer les balles de pelote.

Après de nombreux mois de travaux, la nouvelle grande tribune de face, en béton, voit enfin le jour. Le match des CAB (Bègles-Brive) du 15 février 1981, fut l’occasion pour les Béglais d’étrenner leur nouvelle tribune de face, dénommée « Garonne ». Un édifice tout en béton, sans poteaux, pouvant accueillir plus de 2.000 personnes assises, augmentant le nombre de places assises du stade « Musard » à 6.000 places assises… Avec un stade pouvant accueillir 10.000 personnes, le C.A. Béglais était ainsi désormais assuré d’obtenir régulièrement de la Fédération Française de Rugby l’organisation de matches comptant pour la phase finale du championnat de France… Plus tard encore, avec le rugby d’un nouveau siècle, 3.300 places de la « tribune Garonne » ont été entièrement dédiées aux partenaires du club, avec des loges du dernier niveau.

Cet édifice est celui que nous connaissons aujourd’hui. La tribune « Garonne » voit l’ouest. Aussi, ses rangs les plus bas prennent l’eau quand il pleut. Sa grande verticalité permet aussi à certains joueurs de faire des entrainements solos en faisant des steps, de bas en haut… Depuis, des lettres UBB ont maquillé les gradins centraux, et côté Est, elle longe la rue des frères Moga

épisode n°5 – Jameau à l’honneur

Dès 1919, on construit la première tribune, en bois, à l’emplacement de la tribune d’honneur actuelle, celle qui se nomme désormais, depuis le 1er mai 2022, tribune « Jacky Jameau » !

Ce petit bonhomme est présent dans la mémoire de tout « Cabiste » et mérite bien l’honneur qui lui a été fait à titre posthume, en hommage à son dévouement au club. Arrivé en 1952 comme joueur, il y restera jusqu’en 2020 comme dirigeant : une fidélité au même club qui mérite le respect ! La plaque commémorative rappelle qu’il a été un ancien demi-de-mêlée de l’équipe fanion, mais aussi l’entraineur des champions de France 1969… Cet homme est un monument. Un cliché de l’époque le montre debout sur le Bouclier de Brennus, porté par ses joueurs : un « Abraracourcix » à la tête d’une équipe d’étudiants gaulois qui l’adoraient…

Langonnais de naissance, il jouait avec le Stade Langonnais où il a été formé. Depuis un match de novembre 1951, opposant les équipes « d’Armagnac-Bigorre » à celle de « Côte d’Argent », il a résisté au charme des frères Moga, tardant ainsi à rejoindre le C.A. Béglais, par la faute d’un certain Basty dont la réputation était grande… Il aurait pu ne jamais venir au C.A.B., sans la signature surprise de ce dernier au « Castres Olympique », libérant le poste de demi-de-mêlée.

Jacky Jameau avait 23 ans lorsqu’en 1953, il a revêtu, pour la première fois, le fameux maillot à damiers de Bègles. Il a ainsi joué avec l’équipe première jusqu’en 1967, avec la chance immense de n’être jamais blessé, malgré son petit gabarit. Il se débrouillait toujours pour passer au travers, plein d’audace, vif et rusé pour perforer les défenses… Un lutin filou, comme tous les numéros 9, à l’amour du maillot à damiers, collé à la peau ! Repéré par sa célèbre passe plongée, il est repéré par les sélectionneurs pour jouer, à Bordeaux, avec l’équipe de France B, contre les « Springboks » qui n’avaient pas perdu un seul match de leur tournée de 1961. Ce fut sa seule sélection tant la concurrence en n°9 était grande à cette époque : Danos, Dufau, Lacroix, Pujet, etc.

Boudé par les sélectionneurs, Jacky Jameau a oublié ses espoirs déçus, dans l’ambiance familiale béglaise. Accueilli tout d’abord par « papa » et « marraine » Baudorre, une seconde famille, il fit son service militaire à Bordeaux avant d’intégrer les Pompiers de Bordeaux… Puis, il a formé son propre cocon avec Annie, jeune toulousaine qu’il a connu à Langon, pour former une famille de trois filles (Martine, Catherine et Sophie), sans oublier d’offrir une si attachante camaraderie à ses coéquipiers. Après ses années de joueur, Jacky continua à promouvoir cet esprit familial avec l’apparition, en 1958, d’une autre institution au sein du stade : la buvette de « Musard », un endroit où se nouait une véritable communauté sociale, de discussions en belotes… Le dirigeant Jameau a été secrétaire du CABBG et chargé d’accueillir les délégations d’arbitres qui se déplacaient à « Musard »

Comme Jacky Jameau, la « petite tribune » nait en 1930 pour devenir le grand édifice qu’il est aujourd’hui… En effet, en 1930, on coule des gradins en ciment devant la grande tribune. On le sait, cette dernière ne résista pas à la violente tornade de 1936 qui frappa « Musard ». Par manque de crédit, elle ne fut pas reconstruite immédiatement. Aussi, la petite tribune en bois est promue au rang de grande, et des gradins en ciment prirent la place des constructions effondrées… Cette disposition durera plusieurs années jusqu’à la démolition de la tribune en bois en 1966 : après divers accrochages et tensions autour de la réhabilitation du stade, la démolition de la première tribune en bois débute en septembre 1966. Dès 1967, commença la construction d’une nouvelle tribune en ciment et sans piliers pouvant gêner la vision d’un match… Le 28 mai 1967, on a posé la première pierre de la future tribune d’honneur, mais, en cours de construction, deux pans de béton viennent à céder. Cet incident technique retarde les travaux ! Les ouvriers du maître d’œuvre (SCREG) durent reprendre leur édifice et le 7 octobre 1968, des techniciens de la SOCOTEC ont procédé à des tests de résistance la consolidation du toit. Ces épreuves ont consisté en des charges de sacs de sable, de plus de trois tonnes, pendant vingt-quatre heures… Les essais ont eu des résultats probants ! Ainsi, cette nouvelle tribune pouvait être ouverte au public et être inaugurée à l’occasion d’un match du challenge Yves du Manoir, entre les deux C.A.B. (Bègles-Brive), le 4 novembre 1968… Si j’avais connu cette histoire, j’aurais surement hésité à y monter pour récupérer des ballons des buteurs qui dévissent… On mettait un escabeau en bois permettant d’atteindre l’échelle métallique encastrée dans un conduit de même nature… Certains en ont passé des matches sur ce toit :  quand on est jeune, on n’a peur de rien !

Depuis cette 1968, quatre nouveaux vestiaires s’ouvrent, sous la Tribune d’Honneur, aux extrémités d’un long couloir aux murs et sol en béton brut… Les vestiaires ont toujours vécu des instants intenses d’avant-match. C’est le lieu le mieux gardé du stade. Une boîte à secret : ce qui se passe dans les vestiaires reste dans les vestiaires ! Ils referment leurs petites histoires d’avant-match, où il est question de Synthol, d’Algipan, d’Elatosplast ou d’huile camphrée, de petits mots, de petites ou grandes claques… Pour répondre aux exigences du rugby modernes, les six vestiaires ont été regroupés en deux, pouvant accueillir les armadas de joueurs des équipes actuelles avec piscine et spa dont je ne sais s’ils fonctionnent actuellement.

En surface, cinq escaliers dont un à chaque extrémité, offrent 3.870 places assise. Au milieu, un carré VIP reçoit du beau monde : des maires, des hommes politiques, des présidents de clubs, etc. Tous ceux qui sont à l’honneur ! Si on y rencontra souvent Chaban-Delmas, l’ami du « Grand », Noël Mamère y est aperçu, pour la première fois, en 1988, certainement un bain de foule en vue des élections de mars 1989. Au dernier rang, on y trouve le rang des journalistes sportifs, avec le support en bois pour leurs prises de notes, et le carré pour les caméras de télévision. En contre-bas, les pesages encadraient le tunnel grillagé permettant l’accès au terrain. Le grillage n’empêchait pas toujours la « mère » Bernadet de fracasser son parapluie sur la tête du pilier adverse qui avait malmené son fils Jean-Jacques…

Par la suite, la mairie fut favorable à la rénovation du stade. On le sait, les vestiaires sont retravaillés et modernisés. La pose de sièges coquilles vient faciliter l’assise des spectateurs en tribune d’honneur et ainsi définir des places numérotées. Des rampes sont installées pour l’accès des personnes handicapées à la tribune. Enfin, la tribune sera dénommée « Océan » car orientée du côté atlantique, par opposition à celle d’en face plus proche du fleuve. Depuis, la grande tribune a dévolu son nom comme pour pérenniser, à jamais, le nom de Jameau !

épisode n° 6 – la buvette des amis de « Bamby »

En préambule du match du challenge Yves du Manoir, opposant le CABBG à l’A.S. Biterroise, le 7 octobre 1989, on inaugure en « grandes pompes », la salle « Bamby MOGA ». Sont présentes de nombreuses personnalités sportives : Robert Soro, Robert Geneste et son frère André avec lesquels qui avaient été internationaux à la fin de la guerre. Bien sûr, quelques personnalités politiques locales assistaient également à la cérémonie : Noël Mamère, Pierre Garmendia, Jacques Valade ou Jean-Jacques Paris…  Chaban n’avait pas pu se libérer, mais son regret était vif ! Il y avait, surtout, une foule d’amis du rugby béglais pour inaugurer cette petite bodega intime ? situé sous la tribune d’honneur à la place du vestiaire n°1…

Qui se souvient de cette salle sous la tribune présidentielle ? Aménagée par les soins de la mairie, on y trouvait, accrochées aux murs, des photos de l’ancienne gloire du rugby béglais et de l’équipe de France, sur le terrain comme dans la vie courante… On s’y retrouvait après les matches, autour d’une ou plusieurs bières tirées et servies par des jeunes cadres du club, des fils d’anciennes gloires béglaises : Patrick Trassard, Didier Dubos, Jean-Michel Perdignon et d’autres dont je ne souviens pas les noms… Alban Moga Jr. était là également car cette salle était dédiée à son oncle qui portait le même prénom et que tout le monde connaissait sous le pseudo « Bamby » ! L’affiche, dessinée par Iturria, trônait là en bonne place… Comment oublier tous les moments passés après matchs dans cette salle ! Les joueurs y passaient pour saluer les plus fervents supporters.  « Dédé » BERTHOZAT y passait à coup sûr ! C’était le « Club des Amis de Bamby » : C.A.B. ! Bien sûr à l’époque du CABBG !

La famille Moga, c’est toute une institution à Bègles ! Quand on dit Moga, on pense aux trois frères dont la voie sur berge de la Garonne porte leur nom : Alphonse, André et Alban, notoirement connu sous le surnom de « Bamby ». C’est bien le cadet de la fratrie qui connut une renommée internationale… Alban – Marcel – Abel Moga était un colosse de 1m87 pour 109 kilos, aussi frêle que le personnage de Walt Disney ! « Bamby » avait d’excellentes qualités et il s’exerça avec réussite à l’athlétisme puisqu’il fut champion régional de lancer du poids, titre qu’il remporta aussi à la lutte et en aviron. C’est au rugby qu’il trouva son bonheur. Il fit ses débuts au club comme trois-quarts aile, puis devint rapidement pilier avant-guerre en 1939. Avant que la guerre éclate, il avait disputé une finale, en Juniors « Reichel », perdue contre Tarbes (0-3). Cependant, étant excellent sauteur en touche, il se fixa rapidement en deuxième ligne. Pendant l’occupation nazie, il avait organisé un match au profit des prisonniers du Bassin d’Arcachon, à Piraillan… Au cours de la troisième mi-temps, il eut le courage de couper la cravate d’un officier allemand.

Après-guerre, « Bamby » commence à se faire une sérieuse renommée qui le conduisit à la finale victorieuse de 1949, avec notamment ses deux frères, contre le Stade Toulousain, à Bordeaux. Parallèlement, il participe aux trois premiers « Tournois des Cinq Nations » de l’après-guerre, de 1947 à 1949 (carte d’international n°349). Il forma cinq ans durant, avec Robert Soro, un des attelages de la deuxième ligne des plus célèbres du XV de France, au cours de la vingtaine de sélections qu’ils ont joué ensemble… Au retour de la tournée en Argentine, en 1949, les sélectionneurs veulent se passer du Béglais. On l’accuse d’une prise de poids excessive et de certaines évocations de professionnalisme mal perçues par les dirigeants de l’époque. « Bamby » quitta immédiatement le groupe national : caractériel le petit ! Robert Soro le suit aussitôt et claque la porte du XV tricolore en expliquant avec son franc-parler : « une deuxième ligne, c’est comme les bœufs attelés, ça marche par deux ! »

Il continua sur le pré encore quelques années, jusqu’en 1954 pour devenir un dirigeant généreux, un homme de poids qui compte… « Bamby », beaucoup plus rond au fil des années, était un bon vivant, massif et doté d’une large carcasse d’un quintal et demi… Il y avait toujours du monde à manger chez lui cours de l’Yser. Né un 1er mai, il porta bonheur à tous ceux qui l’ont fréquenté. « Bamby », c’était la générosité faite homme : c’était la troisième mi-temps à lui tout seul ! Au resto, « Bamby » régalait : il invitait tout le monde ! Avec son frère André, il a aidé beaucoup de joueurs pour trouver du boulot ou pour faire leur temps d’armée au camp de Souge ou au CFM d’Hourtin. De même, il n’était pas rare qu’un cadet ou un junior bénéficie de sa générosité pour aller voir un match du « Tournoi » à Paris… « Bamby » faisait partie de ces êtres au cœur d’or, généreux à souhait, qu’on ne peut oublier !

Pour ma part, je me souviens de lui à la célèbre charcuterie de « Veuve MOGA, fils & frères » au marché des « Capucins », dans ce quartier de la ville où le petit commerce de bouche se mariait avec la politique et le rugby. Calé dans son box, devant sa caisse enregistreuse, le béret vissé sur la tête, il avait toujours un mot gentil pour les clients, adultes et enfants. Trois petits cochons, en maillots à damiers bleus et blancs, illustraient les papiers d’emballage des rillettes, grenier médocain et autres tricandilles… À Bègles, on l’a souvent vu accompagné de ses fidèles bergers allemands : « Musard » ou « Pyrrhus » ! Ces dames le disaient toujours aimable en toutes circonstances. Elles disaient aussi qu’il dansait fort bien ! Il était connu comme un amateur d’opéras…

Le 5 avril 1983, à l’âge de 60 ans, « Bamby » est parti voir si sa renommée était aussi grande là-haut qu’ici-bas : de « Musard » au paradis ! Son frère ainé ne s’est habitué pas à son absence de son cadet… C’est ainsi qu’il lui a offert, avec le concours de la mairie de Bègles, un espace qui lui correspondait tant ! Aujourd’hui, cette salle n’existe plus

épisode n° 7 – le roi des peupliers

On va finir le tour du stade, en évoquant ce qui a été longtemps les « pesages » les moins chers puisqu’ils étaient situés à l’arrière des poteaux, de chaque côté du terrain d’honneur. D’un côté, les peupliers, et de l’autre les platanes…

Les peupliers ont été les amis de Francis Mallard ! C’est au milieu d’eux qu’il officiait en tant que préposé au tableau d’affichage… La mascotte, Francis Mallard, affichait le score côté peupliers, avec des grandes plaques presques aussi grandes que lui… Francis Mallard a été, incontestablement, un personnage de « Musard ». Petit par la taille, mais un grand bonhomme qui a marqué l’enfance de nombreux béglais, comme une ombre qui hante le stade. Il connaissait tout le monde et tout le monde le connaissait. Chaque année, il offrait des violettes à Annie Jameau pour son anniversaire, en lui répétant, à chaque fois, qu’ils étaient nés la même année… Le « Grand » Junca reconnaissait en lui, un personnage incontournable de sa jeunesse : « je n’oublierai jamais les petits autels qu’il nous construisait dans les vestiaires, les jours de match : sur un bureau d’écolier, quelques fleurs, un écusson à damier et un poème de sa main… »  Pour ma part, j’ai le souvenir de sa carriole bleue qui lui servaient à transporter les sacs de maillots de « Musard » à la piscine ou jusqu’aux vestiaires… D’autres ont conservé le souvenir d’avoir été baladés, minots, dans sa carriole : « nous étions les rois du stade ! ». Il pouvait être « bougon » et quand quelque chose lui déplaisait, il attendait, de pied ferme, André Moga pour lui remettre sa lettre de démission… Lorsque le tableau de marque est devenu électronique, Francis a pris du galon et il est devenu speaker, générant notamment l’hilarité générale dans les tribunes, pendant l’annonce des compositions d’équipe, lorsqu’il prononçait le nom des deux frères Chelbowski… ça faisait « Che… Che… Chleb… Chébosky » ! Ses annonces au micro pour les voitures mal garées étaient légèrement perturbantes surtout quand on était sur le terrain…

Cet endroit où régnait le « père » Mallard, n’est, en fait, qu’une rangée d’une vingtaine de peupliers, séparant le terrain d’honneur de « Musard », du terrain de football du stade « Bergonié », à l’arrière. En son centre, il y avait une petite cahute servant au tableau de marque des matches. Au pied des arbres, la topographie des lieux créait un léger fossé dans lequel les « fainéants » de l’entrainement s’allongeaient pour gagner un tour de stade… Les entraineurs connaissant la fourberie, pour l’avoir faite eux-mêmes en leur temps, débusquaient les resquilleurs et les punissaient d’un tour de stade supplémentaire… Les feuillus servaient également de mire ou de repères éoliens aux buteurs…

Le paysage changera en 2008 : les peupliers se mirent à trembler comme des feuilles… En effet, pour les besoins de « Canal+ », une tranchée avait provoqué de graves dommages à leur système racinaire. Ces travaux ont été fatals pour les peupliers dont la stabilité a été fortement diminuée et les risques de basculement augmentés… Ils tomberont sous l’action de la tronçonneuse : quand on veut se débarrasser de son chien, on dit qu’il a la rage ! Le brave Francis ne connaitra jamais ce nouveau visage de « Musard »…

L’espace, ainsi libéré, a permis d’envisager la mise en place d’une tribune modulaire : elle portera le nom de « Peupliers » ! Durant l’été 2012, la tribune mobile, en acier galvanisé, fut rapidement élevée. C’était devenu une obligation pour répondre aux exigences de la nouvelle compétition européenne et aux affluences de spectateurs générées. Ces nouveaux gradins, à ciel ouvert, permit de porter, grâce à ses 1.635 places assises, la capacité totale de l’enceinte à 5.501 spectateurs assis, auxquels s’ajoutent les 2.200 places des pesages, au pied des deux grandes tribunes couvertes… Une fois vide, la tribune laissait apparaître ses baquets lie-de-vin et un immense « UBB », réalisé grâce aux fauteuils blancs… Il n’y avait plus qu’à espérer que le drame de Furiani ne se renouvelle pas à « Musard » !

En face, côté platanes, les tentes de la « Bodéga » se sont installées… « Bodéga », c’est mieux que « Buvette », tout comme « Banda », c’est mieux que « Fanfare », ou encore « Pom-Pom Girls », c’est mieux que « Majorettes »… Initié par le concept de « troisième mi-temps », un esprit festif s’installe à « Musard » ! Un plancher en bois, comme dans les bals musette d’autrefois, rééquilibrait la pente et permettait aux supporter de taper du pied, sous l’effet de la boisson des brasseurs… L’espace « UBB–Bodega » s’est ainsi dressé, derrière l’en-but du terrain d’honneur et sous le drapeau à damiers. Cet espace de 690 m², avec vue sur le terrain, pouvait également servir pour des séminaires professionnels…

En 2014, après voir signé, en 2011, la construction du stade de Bordeaux-Lac, en vue de recevoir la coupe du monde de football 2016, Alain Juppé, maire de Bordeaux, valide l’utilisation du stade Chaban par l’UBB et annonce la possibilité de rénovation des infrastructures à la charge de la ville, de la métropole et du conseil général. Cette nouvelle évolution engendre immédiatement le démontage de la tribune mobile « Peupliers » et de la « Bodega ». Ces constructions furent donc éphémères !

Un an plus tard, l’UBB partit à Chaban et les peupliers ont laissé place au « Campus-Ceva »… Mais ça, c’est une autre histoire !

épisode n° 8 – les terrains de Musard

Après avoir fait le tour du stade, on va traiter ici le point central de tout stade : les pelouses ! Au tout début, le terrain de « Musard » était entouré de haies. Puis, dans l’entre-deux guerre, il s’est doté d’une piste d’athlétisme qui a disparu dans le temps, certainement lors de la création du stade Duhourquet…

À vrai dire, à Bègles, il n’y a pas eu de belles pelouses : celle du terrain d’honneur était « dégueulasse », et celle du terrain annexe, à l’arrière de la tribune « Jameau », n’était que pelade et boue… Je n’ai vraiment aucun souvenir d’une belle pelouse verte. Je crois que je n’ai vu que des matchs dans la boue. Il fallait aimer la boue de « Musard » ! Sur le terrain principal, à l’ombre de la grande tribune, l’herbe n’avait jamais réussi à repousser et elle sentait régulièrement l’engrais de l’été lorsque le jardinier de la ville tentait d’en ressemer. Les jours de pluie, on jouait dans la boue ou dans les flaques et on aimait ça…

On le sait, lors des travaux de la construction des tribunes successives de « Musard » les Béglais ont dû s’exiler à « Lescure » ou à « Suzon »… Mais, on peut dire que « Musard » a abrité, pendant plus de 80 ans, les exploits des Damiers du C.A. Béglais. Pendant les années 1980, le club a flirté avec la métropole bordelaise, puis le Département, pour financer le rugby qui s’éloignait petit à petit de l’amateurisme… À cette époque, le club a besoin d’argent pour attirer des joueurs et développer son nouveau projet. Pour ce faire, la demande d’un éclairage nocturne est de plus en plus insistante pour satisfaire aux appels de la sirène du « sport-spectacle » naissant… Sous la pression des dirigeants du club, la mairie réalise les investissements demandés, en 1987. Ainsi, en mars, il fallut découper, au chalumeau, le portail d’accès au stade pour y introduire quatre pylônes en acier galvanisé. Ces très hauts piliers, équipés de quarante-cinq projecteurs de 450 lux, reposaient sur des plots de béton de 25 à 36 m3 enfouis dans le sol. Ils encadrent le terrain d’honneur, pour des matchs en nocturne dignes de ce nom, mais aussi diurnes.

Cette période est celle de la naissance du rugby sur « Canal+ » et ses avant-matches télévisés. « Victor » et son vélo y a conquis une belle notoriété ! Qui ne se souvient pas de ce gaulois qui arpentait le terrain de « Musard » avant les matches des « Damiers » ? « Viktor », on le connaissait sous ce patronyme… Était-ce son véritable prénom ? L’état-civil l’avait inscrit sous le patronyme Viktor Langer ! On disait qu’il était d’origine polonaise… Il serait né dans un camp de concentration, en Allemagne, et aurait fui par la suite dans le nord de la France. Dans ses jeunes années, le « Gaulois » a pratiqué l’athlétisme, à un bon niveau : il aurait côtoyé Delcourt, Piquemal et consorts. Après avoir, un temps, cuisiné les escargots au « Chiopot », il a travaillé à la mairie de Bègles. La semaine, il était aux cuisines municipales, et le week-end il partait soutenir les Béglais… Partant de la cité Maurice Thorez, le kilométrage ne lui faisait pas peur : Paris, Bayonne, Clermont-Ferrand, Bourgoin… Parfois, le bus des joueurs le trouvait sur son chemin et il faisait la fin du voyage dans l’autocar, ainsi que son retour…  Jusqu’où est-il allé, je n’en sais rien ! « Canal+ » l’a rendu célèbre lors des avant-matches télévisés. Un jour de décembre 1995, avant un match Bègles-Dax, le grand Jean-Pierre Bastiat, se servant de son imperméable comme d’une muleta, a simulé des passes de corrida lors de chaque passage de « Viktor » sur son vélo… Son vélo était tout aussi célèbre avec ses roues pleines à damiers, sa pancarte en guise de saute-vent, et sa caisse de vin sur le porte-bagages, le tout assorti à son uniforme bleu et blanc et à son visage grimé aux mêmes couleurs. À force, son vélo n’a pas survécu à ses escapades et le CABBG lui en a offert un tout neuf… Comme Francis Mallard, « Viktor » fait partie de l’histoire du club !

En 2006, les deux clubs adoptent un nom commun pour l’équipe phare : « UNION ». Grâce à la situation favorable de l’autre club bordelais qui a retrouvé une place en « Pro D2 », un accord est passé entre les deux clubs et l’USB-CABBG voit le jour et ramène le professionnalisme à Bègles. Les problèmes d’utilisation du stade ressurgissent : le stade « André Moga » sera utilisé en alternance avec celui du stade « Sainte-Germaine » au Bouscat. Ainsi, à « Musard », le nombre de matches se réduit comme une peau de chagrin. En 2014, le maire de Bordeaux, Alain Juppé change d’avis. Après voir validé, en 2011, la construction du stade de Bordeaux-Lac en vue de recevoir la coupe du monde de football 2016, il autorise l’utilisation du stade « Chaban » par l’UBB, signant la fin du rugby professionnel à « Musard »… La saison 2014-2015 sera donc la dernière pour ce terrain emblématique et attachant. Le 9 mai 2015 signe l’adieu à « Musard » : fin d’une époque !

Aujourd’hui, seul le terrain d’honneur est en herbe ! Les deux autres terrains sont en fibres synthétiques… Le 10 décembre 2015, Noël Mamère (maire de Bègles), Lauren Marti (président de l’UBB) et Christian Bagate (président du CAB omnisports) coupaient de concert le ruban tricolore pour inaugurer la nouvelle pelouse du terrain « Bergonié »… 10 ans plus tard, le 18 mars, rebelote pour le terrain annexe ! 1,5 million d’euro d’investissement (financé à 80% par Bordeaux Métropole) pour cette nouvelle pelouse, mélange de gazon naturel et de fibres synthétiques, identique à celle du stade « Lescure »… Le 18 mars 2025 s’est donc tenue cette inauguration, en présence de Christine Bost (présidente de Bordeaux Métropole), Pierre Hurmic (maire de Bordeaux), Clément Rossignol-Puech (maire de Bègles) et Laurent Marti (Président de l’UBB). Cet investissement s’est également accompagné d’une protection visuelle sur les grillages, permettant aux joueurs professionnels de s’entrainer dans des conditions optimales et à l’abri des curieux… Ainsi, « Musard » est désormais réservé aux équipes de jeunes et aux enfants de l’école de rugby du CABBG, et aux entrainements de l’équipe professionnelle de l’UBB.

En résumé, il y a, au complexe « Delphin Loche », un terrain en gazon naturel (terrain d’honneur), un terrain hybride (terrain annexe) et l’ancien terrain de football de « Bergonié » en fibres synthétiques, depuis la création du « Campus-Ceva » en 2018… Bientôt, le dernier terrain naturel ne le sera plus : fini les temps d’ensemencement, les tontes, les intempéries, les pelouses deviennent permanentes !

épisode n° 9 – la formation de Musard

L’idée du centre de formation naquit lors de la dernière décennie du siècle dernier. Avec l’avènement prochain du rugby professionnel, il fallait que le club un centre de vie qui formerait les jeunes joueurs… Déjà, dans l’entre-deux-guerres, Albert Dubern (un des cinq pionniers fondateurs du CAB) fut le premier dirigeant français à émettre un championnat de France Juniors et il a amené par deux fois, les juniors béglais en finale du championnat (1937 et 1939)… À la sortie de la seconde guerre mondiale, le Président du club, Philippe de Rozières (PDG de la savonnerie « La Perdrix » dont l’usine se situait à l’angle de l’avenue Favarque et de la Route de Toulouse) insiste sur un aspect de son mandat, à savoir la qualité de la formation qui a amené une belle génération à être vainqueurs de la Coupe de France en 1949…

La formation béglaise demeure redoutable en matière de jeunes. Les Minimes, les Cadets et les Juniors ont connu la consécration nationale, et comptent parmi les meilleures équipes françaises… Reste qu’il leur faut, s’il entend accéder à un autre niveau, une structure dédiée, notamment pour la formation. Sous l’impulsion de Michel Moga (architecte et vice-président du club), le club va ériger un nouveau bâtiment, longeant l’actuelle rue Delphin Loche et s’insérant dans l’enceinte du stade « Musard ». Plus précisément, le bâtiment fut construit partiellement sur l’ancien terrain de basket. L’ajout d’un foncier contigu permit la concrétisation du projet… En effet, Henri Bellocq, ancien président de la section quilles, avait cédé sa maison, en viager, du temps de Jean Martin, au CAB… Au décès de sa veuve, le CABBG a pu envisager la construction de son centre de formation, à l’arrière du siège social du « CAB Omnisport ».

Le 1er septembre 1998, c’est l’ouverture du centre de formation : le CABBG se tourne alors résolument vers les jeunes ! Ce centre est ainsi destiné à accueillir des juniors dont on espère que les meilleurs resteront au club, comme une bouée d’attache. Il s’adresse aux joueurs de 17 à 23 ans possédant un très bon niveau. Le club dispose de formateurs hauts de gamme, comme Michel Maillet ou Hervé Cambot, eux-mêmes enfants du club… Le bâtiment comprend des installations sportives et un internat. Les stagiaires du centre bénéficient de structures adaptées à leur formation sportive et scolaire : hébergement (une vingtaine de studios individuels), une salle commune avec des repas préparés, pris sur place, un suivi médical (médecins et kiné)… Dans la salle commune, les jeunes se divertissent sous le poster géant de Daniel Dubois, capitaine des champions de France 1969 et international A… On disait du grand Daniel qu’il était le fils spirituel du « Grand » et il n’a connu qu’un seul club chez les Seniors : le C.A. Béglais ! Dessinateur en B.T.P., il a travaillé aux « Chantiers Modernes » puis chez « Colas », et il resté dirigeant au club…

Bègles a été le premier club de rugby professionnel à obtenir l’agrément du Ministère Jeunesse et Sports pour son centre de formation en 2002. Ce dernier est également agréé par la F.FR. et la Ligue Nationale de rugby. De nombreux joueurs sont sortis du centre de formation et jouent dans des équipes de Top 14 et Pro D2, dont le plus célèbre certainement, Thierry Dussautoir. Aujourd’hui, Bernard Legrand est le « gardien du temple » ; Michel Maillet (autre fils spirituel d’André Moga) reste pilote de la formation, aidé par « El Diablo » et par « Dudu » qui ne vit que par l’accompagnement des équipes de jeunes U16 à U18.

épisode n° 10 – quand la pelote épouse « Musard »

Cet épisode concerne le fronton de pelote basque… En fait, je devrais dire les frontons ! En effet, « Musard » a connu deux frontons, en attendant le troisième qui devrait voir le jour en septembre 2026.

Après la première guerre mondiale, un fronton de pelote basque est érigé. Il était situé sur le terrain annexe, là est actuellement le terrain de padel… C’était un fronton dit « place libre », le plus ancien ou classique des frontons, celui qui profile toutes les places des villages du Pays Basque… Il s’agit d’un simple mur qui sert à renvoyer la pelote à main nue, ou au rebot (avec un gant de cuir), ou à la pala, au joko (petit gant d’osier au panier peu profond)… D’ailleurs, sur la première photo que j’ai retrouvée de ce fronton, en date de mai 1925, on y voit trois joueurs de joko (prononcez yoko). Cette variante très spectaculaire consiste à, dans le même mouvement, réceptionner et renvoyer la pelote sans qu’elle soit conservée dans le chistera…

La section « pelote basque » existe depuis 1925. Sur cette « cancha », on y pratiquait régulièrement des compétitions officielles. Souvent, en première partie, les élèves des écoles de Bègles y tapaient la pelote, puis en deuxième partie, on y voyait les amateurs ou des ex-joueurs de rugby qui s’affrontaient, et en troisième partie les compétitions de gala (main nue, pala ou chistera) opposant le « C.A.B.-Pelote basque » à « l’A.S. Midi », ou autres adversaires illustres qui étaient parfois professionnels… Le prix d’entrée variaient entre à 0,50 franc (le plus souvent) à 4 francs (les chaises à 8 francs et le banc à 6 francs) pour les prestations de gala. (ndlr : en anciens francs). Le Béglais DURRUTY était champion de France à cette époque ! Ce fronton a longtemps servi de décor des photos d’équipe pour le calendrier annuel du rugby béglais….

En août 1970, fut entrepris la construction, dans le prolongement de la tribune de face, d’un nouveau fronton avec mur à gauche, cher au Président Claroux, béarnais de naissance, et président de la section de pelote… basque ! Ce gros chantier dura plus de deux ans et fut inauguré en 1972 : on put y voir s’affronter la célèbre paire béglaise Rober Laugaa et Francis Gesta-Lavit contre Perlant-Sasco, champions moult fois de la Côte d’Argent… Cette partie de paleta cuir fut suivie d’une rencontre à main nue… Le fronton de mur « exker » est situé entre la tribune « Garonne » et le terrain « Bergonié ». Cette « cancha » comprend trois murs : le mur de frappe, le mur de fond et le mur latéral, à gauche, qui mesure 36 mètres de long… La section pelote basque du CAB a toujours disposé d’une école de pelote avec nombreux jeunes de moins de 18 ans. Depuis sa création, la section de pelote a vu certains de ses joueurs accéder au plus haut niveau avec des sélections en équipe de France. Elle peut aussi se vanter de la présence de plusieurs vétérans de plus de 60 ans et notamment de quelques rugbymen-pelotari : Auguste Ayphassoro, Guy Accoceberry, Francis Gesta-Lavit, les frères Bégaries, Jean-Pierre Élichondo, le chef Philippe, Etchebest, les Joandet, les Raynaud, les Diharce, les « Pech-Pech », tous père et fils, et tant d’autres dont la notoriété, en la matière, n’est pas venue jusqu’à moi… Parfois, on y rencontraient quelques gamins qui, en l’absence de tout pelotari, s’essayaient au tennis… D’autres n’hésitaient pas à s’aventurer sur les toits de la tribune de face pour récupérer quelques pelotes égarées. Il est vrai que certaines pelotes valent le coup de s’y risquer. En effet, la fabrication de cette balle est parfois plus longue qu’une partie elle-même. Il s’agit d’un noyau de buis enroulé dans une lanière de latex et de laine, le tout recouvert d’une peau de chèvre cousue…

Côté rugby, ce grand mur de parpaings se transforma en support publicitaire idéal. C’est ainsi que « l’Alsacienne », puis « Lu », ou encore la « SCNF » ont paré le fronton de leur logogramme. Récemment, commune « verte » oblige, on a végétalisé le mur en laissant courir quelques plantes grimpantes le long d’une treille, visant à améliorer la qualité de l’air en y absorbant les particules fines…

La végétation n’a pas eu le temps de prospérer puisqu’il a été récemment décidé de démolir ce fronton, vieux de cinquante ans… Je ne sais si c’est à cause du rebond de la pelote devenue « torta » ou si elle n’avait plus son « Ttac », en tout cas ça sonnait creux quand elle frappait la longue fissure… Des études ont révélé la fragilité de ce mur géant : le béton serait de mauvaise qualité et des ferraillages manquaient deci-delà. Aussi, la municipalité a décidé la démolition… Dès le 1er août dernier, les pelleteuses sont entrées en action, avec périmètre et bâches de sécurité… Rassurez-vous, ce mur emblématique de la scène de pelote « musarbasque » sera reconstruit, en lieu et place, avec des équipements supplémentaires (toit, éclairage). En attendant, les plus intrépides iront jouer l’hiver, à l’abri, dans un trinquet (pourquoi pas au « Maïtena » à Villenave d’Ornon) ou dans un « Jaï-Laï » (certainement à « La Cancha » à Pessac)…

épisode n° 11 – la bulle de Musard

Le premier court de tennis était proche du terrain de foot « Bergonié », là où jouaient les handballeurs avant de partir en salle… Aujourd’hui, cet espace bitumé sert de parking aux usagers du « Campus-Ceva ».

Aujourd’hui, la section « Tennis » du C.A. Béglais dispose de cinq courts situés dans l’enceinte même du complexe « Delphin LOCHE ». Les deux courts couverts et chauffés, sous la « bulle », sont destinés tant pour la compétition et que pour le loisir. Les deux courts intérieurs ont un revêtement en caoutchouc, dans la « bulle », et les trois courts extérieurs sont en quick.

La « bulle » est cette édification moderne qui protègent les terrains de tennis et éventuellement les réceptions d’après-match ou les cérémonies attirant foule de « cabistes »… Elle fut construite là-même où se dressait le premier fronton (cf. épisode précédent). Pendant un temps, on y a laissé trainer le joug offert par le père Andribet, André de son prénom et ancien équipier premier de l’après-guerre… Ancien talonneur, cet ancien éducateur des  « damiers » eut l’idée d’offrir au club, en octobre 1971, un poussoir moderne. Ce joug, d’un poids de 1.250 kilos, était accouplé à un chariot pousseur commandant trois leviers pour régler une poussée variant de 400 à 1.200 kg. En tant que trois-quarts, je suis monté souvent sur ce charriot pour alourdir la résistance à la poussée des lignes avant : ce fut des séances homériques entre avants et lignes arrière !

La « bulle » a été souvent utilisée pour des bodéga diverses ou anniversaires et notamment la « der » de Musard, en mai 2015… Préalablement au match, des retrouvailles de plus de 250 anciens joueurs, ont été organisées. Ce fut un gros pincement au cœur, certains ne s’étaient pas revus depuis le titre de 1969 : ça, c’était vraiment bon ! Le dernier match se déroule donc le samedi 09 mai 2015… Coup d’envoi : 18h30 ! Il opposait l’équipe de l’UBB à celle des « Oyomen » de l’Union Sportive d’Oyonnax… Pour la petite histoire on se souviendra de la victoire des locaux le sur le score de 26 à 23, devant 9.500 spectateurs… Pour le dernier match de « Musard-Moga » dans l’élite, l’équipe de l’UBB arborait un maillot symbolique à damiers bleu et blanc, en référence à celui porté pendant des décennies par le C.A. Béglais. Maillot collector, drapeaux bleu et blanc, pom-pom girls, victoire et fin d’une époque !

Mais revenons aux courts de tennis contre lesquels se sont annexés deux terrains d’un sport nouveau et apprécié : le padel ! Cet ensemble de sport de raquettes est regroupé sous la dénomination « stade de tennis Gaston et Jean Martin ». Les « Martin », un grand nom du C.A. Béglais ! Gaston Martin est de ceux que l’on ne peut pas oublier : il fut un des cinq fondateurs du club, en 1907. Il fut équipier premier pendant plus d’une décennie jusqu’en 1920 : on le remarquait avec ses belles baccantes. Travailleur acharné et volontaire, sur le terrain puis en tant que président de l’omnisports, il s’est attelé à aller de l’avant pour faire du C.A.B. un grand club. Son fils, Jean, fut certainement inspiré par ce parcours. Comme son père, il joua 3ème ligne, dans l’après-guerre, puis il devient à son tour, au décès de Paul Saldou en 1971, Président Général du C.A.B… Dans la lignée des « Martin », François-Bernard fut un 3ème ligne brillant et capitaine des finalistes « Crabos » en 1968, contre Tarbes. Dans cette équipe vice-champions de France, on retrouvait des noms qui jouèrent, par la suite, en équipe « fanion » : Alain Moga, Michel Sallenave, Claude Boucherie, Jean-Jacques Bernadet, Michel Bégaries, Maurel, Bordessoules ou Laygues… Quant à François, il préféra tirer la grande voile et partir sur d’autres flots et se consacrer à sa seconde passion…

épisode n° 12 – l’omnisport à Musard

Aujourd’hui, le secrétariat général du C.A. Béglais se trouve, dans l’enceinte de « Musard », entre la « bulle » du tennis et le buste du « Grand » Moga… Mais, il n’a pas toujours été là ! En effet, à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale, le quotidien rugbystique reprend ses droits et pour égayer ce retour « à la normale »… Il fallait aux « Cabistes » une maison, un siège social, ce qu’on appelle depuis plus communément un « club-house ». Pendant les hostilités, Broca, celui-là même qui allait débourser 25 centimes pour voir le premier match à « Musard », s’occupa de l’affaire et acheta la gérance d’un café, au pied d’une maison à étage, située place du XIV juillet, à deux pas de « Musard »… En son temps, le « père Broca », c’était un bon demi d’ouverture et avec deux anciens présidents du C.A. Béglais, Gaston Martin et Albert Dubern (déjà cités dans les épisodes précédents), il fut sacré champion de 1ère série de la Côte d’Argent, lors d’une finale contre le Stade Bordelais… C’était en 1919 : un pionner ! Donc, lui aussi, contribua au développement du l’association sportive puisque, en tant que propriétaire de l’immeuble du XIV Juillet, il a avantagé l’implantation du premier siège social du C.A. Béglais, dans lequel un bon état d’esprit a régné longtemps… Toutefois, ce siège social n’a plus répondu à la vie sociale de ses anciens acteurs et assidus de la commune et du stade.

Aussi, en 1966, le siège du club va quitter le vieux bâtiment de la place du XIV juillet, et va laisser la place à un autre C.A.B. : le « Centre d’Achat Béglais ». Un préfabriqué, type « 1.000 clubs », est construit dans l’enceinte de « Musard ».

À cette époque, tout semble aller pour le mieux entre le nouveau président du club omnisports (Paul Saldou) et la municipalité de Bègles (René Duhourquet) qui en profite pour entériner la création de l’Office Municipal des Sports… Ainsi, dès le 1er janvier 1967, et pour une période de 50 ans renouvelable, l’ensemble des terrains et des installations sont louées à la municipalité qui en assurera l’entretien et les transformations nécessaires. Le stade Delphin-Loche devient donc « stade municipal » : une terminologie guère usitée !

Paul Saldou, un grand nom du club ! Le « Colonel », boucalais de naissance, vint à Bordeaux pour accomplir son service militaire. Il opta alors, en 1921, pour le C.A. Béglais qu’il ne quitta plus… Il se tailla une belle réputation de joueur, puis comme capitaine. Le grand Saldou, avec son long cou (cf. la caricature de Catrouy), constitua avec son impétueux demi-de-mêlée, Sourgens, une belle paire de demis lors de la décennie 1920… Puis, le capitaine devient colonel au sein des pompiers de Bordeaux : il était né chef et le fut en toutes circonstances ! L’homme était volontaire dans le sport comme dans la vie. Il ne cessa d’aimer le C.A.B. jusqu’à le personnifier et l’accompagner jusqu’au titre suprême. Son combat pour le moderniser n’a d’égal que l’abnégation du pompier pour juguler un incendie… Paul Saldou appartient à l’histoire du rugby béglais !

Le secrétariat du club s’installa définitivement en 1970, au sein de l’enceinte de « Musard ». En effet, durant la saison 1970-1971, le comité directeur, sous la houlette de Paul Saldou, avait amorcé le mouvement visant à aménager les anciens vestiaires en bois, afin d’y installer le secrétariat général et de disposer de deux salles (la salle des trophées et le club house). Le club house fut finalisé en 1974 : les joueurs et dirigeants s’y retrouvaient régulièrement… Quant à la salle des trophées, elle fut le lieu où se réunissaient les comités directeurs ainsi que toutes cérémonies ou réceptions officielles. Elle était reconnaissable entre mille, avec son grand mur du fond en damier, dans lequel se nichaient les différentes coupes ou trophées…

En 1992, puis en 2018, des travaux de réhabilitation du centre administratif furent entrepris ainsi qu’une redistribution des pièces. Ainsi, la salle des trophées est désormais intitulée « salle Saldou ». La décoration intérieure est également reconfigurée avec quelques œuvres de Daguet ou de Jean-Jacques Bernardet, qui cohabitent avec les différents portraits des présidents du club, de Delphin Loche à la Présidente actuelle… Le club est, en effet, présidé par une femme depuis 2020 : Élodie Hernandez-Deniau, première femme élue à ce poste depuis 1907, après toute une lignée d’hommes : Delphin Loche (1907–1934), Paul Gémin (1934–1937), Pierre-Henri Rosières (1937–1948), Émile Ardouin (1948–1966), Paul Saldou (1966–1971), Jean Martin (1971–1993), Christian Bagate (1993–2019) et Pierre Laborde (2019–2020)…  Après avoir intégré la section tennis durant une vingtaine d’années, É.H.D est devenue secrétaire générale en 2016, puis la neuvième présidente générale en 2020. Le 21ème siècle sera celui des femmes et l’avenir des hommes !

Le siège du Club Athlétique Béglais accueille plusieurs sections sportives. On y pratique le rugby certes, mais aussi le foot, le hand, le basket, le tennis, la pelote basque, le cyclisme, l’athlé., la gym., la pétanque, le ping-pong ou le triathlon… Soit, au total, douze sections pour 3.700 adhérents dont 40% de filles. C’est le foot qui regroupe le plus de licenciés ; le hand et le rugby exercent en élite et sont des « sections autorisées » car leur fonctionnement est indépendant de l’omnisports, même si elles bénéficient du numéro d’affiliation. Outre les rugbymen, certains athlètes ont eu une belle renommée internationale. On peut citer pêle-mêle Pierrette Aymard sélectionnée au Jeux Olympiques de 1968, à Mexico, Jean-Jacques Rebière pistar qui a participé aux JO en 1976 en poursuite par équipes, ou encore les athlètes Robert Paul (saut en longueur), retenu aux JO de Berlin en 1936, et Mohamed Ezzer, spécialiste des courses de fond et du cross-country…

Le fonctionnement d’un secrétariat général peu semblait assez rébarbatif, mais, en fait, c’est assez simple ! Il s’agit de coller des photos sur des cartes d’abonnés ou de licenciés… La famille de « Popaul » Delpeuch peut en attester : pas très compliqué, mais plutôt chronophage ! J‘ai encore en tête, ces cartes aux coloris différents dont les faces latérales numérotées attendaient de recevoir le compostage du poinçonneur de « Musard ».

En mars 1998, il y eut un changement de statut non négligeable, par la création d’un S.A.O.S… Le fonctionnement d’une S.A.O.S. est soumis aux mêmes règles que les autres sociétés anonymes mais doit respecter les règles spécifiques liées à son objet social, qui est l’organisation d’activités sportives avec comme objectif premier la pratique, le développement et la promotion d’une activité sportive. La rémunération des membres élus des organes de direction est impossible. Au sommet de l’édifice, un(e) président(e) coordonne l’ensemble de l’association sportives. Il est entouré d’un secrétaire général, d’un trésorier général, des présidents des sous-sections sportives, et bien sûr de toute une brigade de « sans grade », des obscurs ô combien utiles… Actuellement, devant la complexité des fonctionnements et des responsabilités encourues par une S.A.O.S., un « Manager Général » s’occupe du quotidien, des infrastructures, des enjeux financiers jusqu’aux délégations humaines. Gérald Tejero est le directeur actuel de tous ces rouages et je le remercie de son aide dans la rédaction de cet épisode.

épisode n° 13 – la buvette de Musard

Voilà un endroit qui génère une nostalgie particulière ! Comme un phare dans la nuit, on s’y retrouve presque sans s’en rendre compte… Passe plongeante dans le passé ! Passé le grand portail de « Musard », on trouvait la maison de « Monsieur Musard », comme l’avait dénommé un journaliste d’un journal local… La buvette de « Jacky » a été créée en 1965 pour un bail de vingt-sept ans. C’est sous ce toit que se retrouvaient tous les mordus de l’ovale, les vieux « cabistes » et les vieilles gloires du club…

Ouverte tous les jours de la semaine, tous les joueurs, des jeunes pousses aux plus aguerris, y sont passés pour prendre un verre ou continuer à parler rugby avec les copains. Et puis les dimanches, jours de match, ce sont les spectateurs qui envahissaient les lieux pour tenter d’obtenir un demi ou un café et son mêlé-cass pour refaire la parie avec une grande partie des joueurs venus trinquer avec eux… Pour ma part, j’ai toujours eu une attirance pour le « Musard » de la semaine : grand jardin au milieu des petits dont les tribunes sont intensément vides… Le « Musard » de la semaine, c’est celui de mes entrainements. J’attachais mon vélo le long du parapet. Instinctivement, je me dirigeais vers la buvette de « Jacky et Annie », en prenant soin de ne pas m’embarrasser de mon sac de sport, laissé nonchalamment sur le seuil… Chez « Jameau », j’y sirotais un panaché-bière accompagné de quelques « amuse-gueules »… Chaises en bois et petites tables de bistrot : les vieux y tapaient la belote, parfois « coinchée », avec des jetons de couleurs pour comptabiliser les points de leurs parties… Le père Suhebiette y buvait son « baby-orange », un truc qui lui décollait régulièrement les dents, alors que les plus jeunes jouaient au baby-foot. Les équipiers premiers y déjeunaient parfois le jeudi après leur second entrainement hebdomadaire… Le grand Junca et Jeannot Trillo jouaient à la manille avec « Bamby » Moga et « Ttaket », en mangeant des pruneaux à l’eau-de-vie dans des mini-verres… Les soirs de victoire, Bernard Junca et Francis Mallard faisaient, tous les deux, une compétition en mesurant le comptoir sous l’œil amusé d’Annie Jameau : l’un trouvait invariablement 17 m., et l’autre 11 m. : on n’a jamais su finalement sa longueur. Juste à côté, le chien de « Bambi » (« Pyrrhus ») surveille les jeux de maillots entreposés par le désormais célèbre « Francis », après les avoir ramenés avec sa chariote, de la piscine voisine où ils avaient été lavés.

La veilleuse lumineuse de l’enseigne, à l’effigie du CAB, éclairait notre cap s’éclairait le dimanche soir en cas de victoire de la première à l’extérieur… « Cercle privé, réservé uniquement aux sociétaires » avertissait les usagers et consommateurs ! Un bon pour une boisson gratuite ou quelques centimes au fond des poches autorisaient une désaltération bienfaisante : « Cacolac » ou limonades en tous genres, au nom d’onomatopée, aromatisées à l’orange ou au citron. Pour les garçons, pschitt citron, ou pschitt orange pour les anges… Cela devait nous doper ! C’était l’époque où les bouteilles en verre étaient consignées, avec leur bouchon en porcelaine et leur joint en caoutchouc… Selon les générations, les filles d’Annie et Jacky (Martine, Cathy et Sophie) servaient des « Choc » orange ou citron, des « Tropico » aux fruits exotiques ou des « Orangina » dans leur bouteille en verre… On y trouvait aussi des plaques émaillées de « Cinzano » ou « Suze »… Sur le mur face au comptoir, le tableau noir indiquait les matches du dimanche, de toutes les équipes. Mais, le mur qui attirait systématiquement mon attention, était celui à côté de la porte d’entrée. Y était accroché un cadre serti de petits éclats, représentant un gaillard à damiers bleu et blanc, ballon sous le bras gauche et l’autre tendu en guise de raffut dont on pouvait penser qu’il n’allait pas être qu’amical : « ce cadre est fait avec toutes les dents cassées de nos adversaires restées sur la pelouse après les matches ». Plus qu’une œuvre d’art, une anthologie !   Je l’ai retrouvé bien des années plus tard, sur le stand des « Musardingues », à une Fête de la Morue : le cadre fut récupéré par un soldat anonyme comme on l’avait été le bouclier Arverne de Vercingétorix dans Astérix… Le boulevard de la « Tortue » devant s’élargir, la buvette fut détruite… Belote, rebelote et dix de der : tu me fends le cœur ! Profitant de l’été 1992, « Musard » s’est refait une beauté ! Tout le parvis, l’accès aux guichets, ainsi que le portail ont été revisités sous l’œil du maitre d’œuvre Michel Moga… Néanmoins, il a fallu sacrifier la buvette mythique, emportant avec elle bien des souvenirs : la taverne de Jacky et Annie a vécue et bien vécue ! Quant à Jacky et sa famille, ils sont partis s’installer quelques rues plus loin, près du Leclerc…

Un nouvel espace convivial va naître sous l’œil de Delphin : un ensemble bar-restauration qui se dénommera « Le Damier ». En 1993, en présence des élus de la mairie de Bègles, de Jean Martin et des frères Moga, on inaugure ce nouvel espace dont on a confié la gérance à Laurent Vergé… Aussi à l’aise dans la mêlée que derrière les fourneaux, « Lolo » monte son équipe avec d’anciens rugbymen de Bruges (Malvesio et Perez). À la carte, tricandilles, morue et lamproie côtoyaient des menus plus diététiques… Ouvert tous les jours, sauf les soirs de match, le restaurant a été repris, deux ans plus tard, par le couple Baud-Berthier (Joël & Joana) jusqu’au confinement qui fut leur fut néfaste comme à beaucoup d’autres établissements de ce type… Et aujourd’hui, Fred Martini et Fred Nau ont rouvert « Le Damier » depuis le début de l’année (21 janvier 2025) : Martini on the rocks ! C’est un nom connu puisque Fred Martini fut le premier président de l’UBB… De l’USB-CABBG devrais-je dire !

Flash-back et petit retour en arrière…  Lors de la saison 2002-2003, sous le regard bienveillant de Bernard Laporte, de nouveaux repreneurs apparaissent, ainsi qu’un nouveau président en la personne de Kevin Venkiah. On trouve de l’argent : Bernard Magrez apporte ce qu’il faut pour sortir le club de l’ornière et lui évitait les foudres de la DNACG (Direction nationale d’aide et de contrôle de gestion, NDLR). Le club, à défaut de jouer en « play off » ne descend pas, du moins sur le terrain. Mais la gestion calamiteuse est mise à jour : quelque 3.000.000 € de pertes… On appelle les collectivités locales à la rescousse : rien n’y fait ! Faute de résorber les dettes, le tribunal de Bordeaux déclare l’équipe professionnelle en liquidation judiciaire, et le club amateur est rétrogradé en Fédérale1… Pendant ce temps-là, le « Stade Bordelais » récolte les fruits de son labeur. L’année où nous descendons, le « Stade Bordelais » monte en Pro D2 et nous nous croisons. Il a à sa tête un président accrocheur et de grande qualité : Jean-Pierre Lamarque. Après avoir frôlé, deux années durant, avec la montée, il franchit ce cap fatidique en 2004 en se qualifiant en « Pro-D2 » après son succès sur Gaillac. La hiérarchie s’inverse donc et le « Stade Bordelais » est désormais le club phare de la Gironde. Durant deux saisons, les résultats des stadistes sont excellents mais le groupe « Eiffage », principal bailleur de fonds du club, commence à parler de fusion souhaitable, sinon incontournable, pour que l’existence du rugby professionnel sur Bordeaux puisse être viable. Une union, ça paraît risible lorsque l’on connaît les antagonismes entre les deux clubs… La rivalité est ancestrale, mais la réalité économique est inéluctable !

Martini : anytime, anyplace, anywhere ! Que vient faire ce treiziste dans cette affaire de quinze ? Ancien talonneur d’Albi XIII, Fred Martini est alors dirigeant au Stade Bordelais, et il est partenaire dans les deux clubs, avec son affaire de mandataire européen d’automobiles. Il a également tenté l’expérience de « Bordeaux Rugby Quinconces » pendant un an pour signer son retour à XV… « Sbucistes » et « Cabistes » décident d’enterrer la hache de guerre et Alain Juppé promet de réabonder dans une structure d’union, tout comme la mairie de Bègles et le département… Un comité de pilotage est créé avec trois béglais (Chatenet, Alban et Michel Moga,) et trois bordelais (Mouliats, Argous et Lamarque) : Frédéric Martini est nommé président de l’USB-CABBG, sous le numéro d’affiliation du « Stade Bordelais », alors mieux placé dans la hiérarchie du rugby. Un des artisans de l’union, il resta à la tête de ce nouvel empire, une seule saison durant (2006–2007)… L’équipe est conduite par le duo d’entraineurs Patrick Vergé–Patrick Laporte. Le capitaine Laurent Armand peut s’appuyer sur quelques figures (Greg Yachivili, Christophe Jean-Pierre, Vincent Lagrave, Andreu, etc.)… Le club retrouve des couleurs ! 

Depuis, on a réduit l’anagramme (de USB-CABBG à UBB) ainsi que le nom du président (Martini à Marti). Depuis, Frédéric Martini reste amoureux du rugby et de la restauration. Cuistot de père en fils, il a fait ses preuves à Talence (« l’Alcala ») face à l’église, et vient de réactiver « Le Damier », face à la cathédrale de Bègles : « Musard » ! Au sol, un reliquat de l’ancienne buvette a été conservé, préservant l’identité du Club Athlétique Béglais… Un « couloir des légendes » a été créé, notamment avec l’aide des photos du « Cœur à Damiers » et une table rend hommage à Jacky Jameau… On a conservé le même état d’esprit !

épisode n° 14 – le centre de performances de Musard

On arrive, là, à la dernière grande transformation au sein de « Musard ». C’est également la plus récente… Non seulement, pour les besoins des joueurs professionnels, mais aussi pour des raisons économiques des travaux sont engagés sur le terrain de football de « Bergonié », ainsi dénommé parce qu’il est desservi par la rue du même nom… Un revêtement synthétique est inauguré en décembre 2015 : fini le temps d’ensemencement, des tontes, des intempéries, le terrain devient permanent ! Les « Musardingues » et les « Archibal » y pratiquent aussi un rugby loisir sur le désormais vert luisant…

Puis par la volonté et la pugnacité du président du Président de l’UBB, Laurent Marti, le 3 octobre 2018, le « CEVA-Campus » est inauguré. Ce centre de performance qu’il réclamait depuis 10 ans, depuis le début de sa présidence, est un bâtiment ultra-moderne de 2.020 m², situé entre le terrain synthétique et le terrain d’honneur. À la suite d’un accord, trouvé entre Alain Juppé et Noël Mamère, pour que l’UBB joue à « Lescure », il est alors prévu que le stade « Moga » soit aménagé et devienne un magnifique centre d’entraînement et de formation, digne des plus grands clubs… Dès 2016, la construction d’un centre d’entraînement pour les joueurs professionnels de l’U.B.B. est lancée : les joueurs professionnels ainsi que les « Espoirs » s’y entraineront et le siège social et administratif de l’UBB y sera installé… La pose de la première pierre a lieu le 2 mai 2017, en présence notamment d’Alain Juppé, et il sera inauguré le 3 octobre 2018. Le « Ceva-campus » comporte trois niveaux, un self-service, une salle de réception cossue, une terrasse, une salle de musculation de 600 m², une piste d’athlétisme intérieure de trois couloirs, une salle vidéo, une cabine de cryothérapie, une balnéothérapie sur mesure, ainsi que l’ensemble des services administratifs du club. Les équipes professionnelles bénéficient désormais d’un outil moderne, spacieux et ultra-performant !

Tout n’a pas aussi merveilleusement fonctionné comme dans les contes pour enfants. En effet, quand Laurent Marti, en 2008, prend la présidence, après Frédéric Martini, le club va changer de dimension… Il investit de l’argent, dote le club d’une ossature de joueurs des îles, et insuffle des idées nouvelles, trouve les financements nécessaires pour une évolution en adéquation avec les ambitions du club. Parmi, les partenaires on retrouve des anciens tels que Bernard Magrez (élevé au « Joke »), et un p’tit nouveau qui défend la santé animale dans le monde entier… Marc Prikazsky, est le patron de « Ceva », groupe pharmaceutique vétérinaire mondial, basé à Libourne, qui emploie plus de 5.500 salariés dans le monde. Rétrospectivement, il est amusant de voir que ce centre « Ceva » serve pour entrainer des attelages de bœufs, dans l’ancien champ de vaches : une « arche de Noé » !

« Fonfon » Miralles, coordinateur sportif de l’UBB assure parfois la visite des lieux. S’il bute sur les mots, c’est pour mieux enjoliver nos souvenirs « musardesques » : à chaque pièce son anecdote ! Dans le couloir d’accès, il salue les titres nationaux d’un autre siècle, les sept du « Stade Bordelais » et les deux de Bègles… Face au terrain d’honneur de « Moga », il compare les tribunes bondées lors du premier match de Coupe d’Europe, contre Cardiff, aux affluences du stade « Chaban »… Au réfectoire, s’il croise quelques joueurs, il donne des nouvelles de l’infirmerie… Quand on rentre dans les deux bains de balnéothérapie, il mentionne que les joueurs du Pacifique préfèrent celui des eaux chaudes ou moins froides… Dans la salle de musculation, il nous décrit les efforts à accomplir pour développer la force musculaire… À l’étage, il ne manque pas de s’attarder devant le maillot de Michel Boucherie, celui de la finale 1969… Dans le salon d’honneur, il pérore dans les gros fauteuils en cuir et montre toute sa passion pour le club… Enfin, sur la terrasse extérieure, plus un siècle d’histoire nous contemple !

Mais, comment le castillan est-il arrivé jusque-là ? Enfant de l’après-guerre civile espagnole, il arrive en France, à l’âge de 10 ans et débarque à Bordeaux rejoindre des oncles républicains qui s’y étaient exilés… Il se fait un devoir de bien faire ses devoirs pour apprendre la langue de son nouveau « país ». Installé à Bègles, près de la poste, il trouve un terrain de sport avec des poteaux étranges qui n’existaient pas au Real Madrid… Le garçon était plutôt gaillard et le rugby l’a vite enrôlé : il signa sa première licence à l’âge de 14 ans ! Enfant de Bègles, Alphonse s’est vite appelé « Fonfon » et « Musard » l’a intronisé « Cabiste »… Il a le maillot à damiers collé au cœur, et le radis au fond de ses entrailles. Au fil du temps, il a été joueur (deuxième ou troisième ligne), éducateur pendant dix ans, de l’école de rugby aux juniors en passant par les cadets, puis directeur de l’école de rugby (où il a eu la fierté d’entraîner son fils Émeric). Perso, je l’ai connu comme co-entraineur des Juniors III : une triplette avec Michel Papin… D’autres avouent le connaître depuis toujours !

Il est devenu une figure emblématique du rugby béglais ! Il tient ce rôle-là au sein de l’UBB, pour ne pas oublier les racines du club. Mais, pas uniquement ! C’est quelqu’un toujours présent pour régler au mieux les mille tracas du quotidien… Au début, comme il parlait espagnol couramment, il s’est occupé d’accueillir la colonie argentine… Voilà comment celui que tout le monde appelle « Fonfon », est devenu « coordinateur sportif » de l’UBB. Il est devenu un super intendant ! Ainsi, comme le club accueille beaucoup d’étrangers, d’horizons divers, il s’occupe de l’intégration de ces joueurs et de leur famille (titres de séjour, déménagement, logement, mobilier, voiture, traduction, enseignement) : l’affaire n’est pas mince ! Aujourd’hui, il n’est plus tout seul pour tout faire : il a appris à déléguer et partager les diverses démarches.

« Fonfon » a toujours été un charmeur. L’élégance lui sied comme un gant : tenues assorties, casquette de dandy, chemises à fleurs… Même en survêtement il reste « smart » ! Il fait partie du décor et il ainsi connu douze ou treize managers… On dit qu’il prendra sa retraite quand l’UBB soulèvera le Brennus pour faire ses ultimes passes de torero.

¡ Que guapo mi amigo y viva Musard para siempre corazon !

épisode n° 15 – « Musard » sera toujours « Musard »

Voilà, nous voilà au bout de notre saga estivale ! Vous connaissez, maintenant, tous les recoins de « Musard » ! « Musard » sera toujours « Musard » : une drôle de prairie ! Certes, ça a bien changé : en 1907, on y voyait de lourds maillots à damier et des longs caleçons blancs, avec bérets sur la tête et moustaches en forme de guidon de bicyclette. Aujourd’hui, le damier bleu et blanc est encore là mais il est noyé de publicité et les joueurs sont surveillés par des drones et des statisticiens numériques.

Le stade c’est aussi un lieu de rassemblement populaire pour d’autres évènements attendus par la population. Le dernier en date remonte à la dernière finale de l’UBB : la pelouse était envahie par une multitude de supporters, assis face à l’écran géant.

Certes, il y a eu une multitude d’anecdotes liées au rugby, notamment :

  • en février 1954, une sélection régionale, emmenée par Barthe (SBUC) et Domenech (Cahors) s’est entrainée à « Musard » avant d’affronter, au stade municipal de Bordeaux, les « All Blacks », en tournée en France… Le 24 février 1954, les « Blacks » perdent 8-11… le centre Néo-Zélandais Colin Loader décrit la défense française comme « un réseau de barbelés.
  • en novembre 1974, les « Springboks » s’entrainent à « Musard »
  • l’équipe de France Universitaire, coachée par Jacky Crampagne, a beaucoup joué à « Musard »
  • en 1977, Raoul Barrière, l’entraineur du « grand Béziers » est passé par « Musard » pour présenter ses méthodes innovantes de training
  • le 21 novembre 1995, « Musard » accueillit la Coupe d’Europe, en nocturne (20h), avec la venue des Gallois de Cardiff, dans un stade plein à craquer : 10.000 spectateurs, pour un mardi soir et malgré un déluge.
  • on peut également évoquer le légendaire Bègles–Toulon du 5 mai 1991, remporté 22-06 (9-18 à l’aller) à l’occasion d’un des 8èmes de finale les plus épiques de l’histoire du championnat de France
  • pour finir, le dernier match du samedi 09 mai 2015, opposant l’équipe locale à celle de l’Union Sportive d’Oyonnax. Pour la petite histoire on se souviendra de la victoire de l’UBB, sur le score de 26 à 23, devant 9.500 spectateurs.

Au fil des ans, le stade a été aussi un lieu de rassemblement populaire pour d’autres évènements sportifs, festifs ou culturels. Déjà en 1938, les coureurs de fond participaient au 3ème relais bordelais qui partait de Sainte-Germaine au Bouscat pour arriver à « Musard »… L’année suivante « Musard » a accueilli le championnat de Côte d’Argent d’athlétisme, histoire de rappeler qu’il y a eu une piste autour du terrain de rugby. La gymnastique a fait quelques démonstrations, sur la pelouse, au sol et aux agrès, et à la lumière des projecteurs du stade. Ce fut le cas en 1957, pour le cinquantenaire du club. Ce soir-là, il y eut même des danses folkloriques sur échasses…

Les Béglais, se retrouvaient régulièrement sous un grand chapiteau pour un banquet annuel, avec bal et animation dont les vedettes s’appelaient Annie Cordy, Georges Guétary ou Carlos… Le festival des fanfares et des majorettes y était parfois associé et le public venait nombreux suivre le défilé dans les rues de la ville pour accompagner les musiciens et les majorettes jusqu’au stade municipal…  Pendant une décennie, la mairie organisait à « Musard » la kermesse des écoles laïques, au mois de juin, pour marquer la fin d’année scolaire. Tous les écoliers de la ville, toutes écoles confondues, étaient ainsi rassemblés pour exécuter des mouvements de gymnastique répétés avec leurs professeurs…  

Plus tard, la « fête de la morue » prit le relais en devenant un rendez-vous incontournable mêlant gastronomie et culture… 2017 fût la dernière année où la fête s’est déroulée à « Musard ». Avec le rugby professionnel, les terrains ont été interdit au public. Il est vrai que, quelques 5 à 6000 personnes piétinant le gazon, ça devenait problématique pour les jardiniers de la ville.

Pour conclure, « Musard » a abrité pendant plus d’un siècle, les exploits des « Damiers » du C.A. Béglais, renommé C.A. Bordeaux-Bègles, puis C.A. Bordeaux-Bègles-Gironde, jusqu’aux frasques de l’UBB, pour finalement arriver à une situation des plus simplistes possibles. « Musard » est consacré au rugby ! l’UBB s’y entraine et joue à « Chaban »… En effet, limitée à des chambrées moyennes à « Musard », l’UBB quitte « Moga » (capacité 11.000 places), pour adopter un nouveau chaudron magique, le stade « Chaban » (actuellement à 32.930 places) et accueillir le premier public de France ! Quant au C.A.B.B.G. il est chargé aujourd’hui, au sein de « Musard » de la formation des équipes de jeunes.

De gradins en bois en tribunes en ciment, de buvette en « bodéga », l’état d’esprit à « Damiers » a toujours soufflé encore entre les peupliers ! Malgré tous les noms des frontons, des boulevards, des impasses, des allées ou des stèles, et avec tout le respect qu’on doit à ces personnes, j’ai une nostalgie particulière pour « Musard » où j’aime y musarder !

Voilà la saga 2025, en quinze épisodes est terminée : j’espère qu’elle vous aura plu !

JYB /K’nar 💙🤍

ps : article écrit avec l’aide des archives de Francis Gonzalez, Claude Asta et Éric Garets ainsi que Maurice LISSONDE (Miroir du Rugby n°94 juin 1969)

Saga de l’été 2024 : les maillots

Salut les Damiers 💙🤍 !

Durant tout l’été 2024, à partir de ce week-end et jusqu’au début septembre, commencera la quatrième saga estivale du « Cœur à Damiers », toujours en quinze épisodes, consacrée, cette année, aux différents maillots du club…

Au rugby, la symbolique du maillot est hyper forte ! Il y a une forme de patriotisme de clocher qui se cache derrière tout ça… Sur les maillots des matches internationaux, les blasons varient entre végétal et animal : d’un côté, la rose anglaise, le trèfle irlandais, le poireau gallois, le chardon écossais, la fougère néo-zélandaise, le cocotier fidjien, le chêne roumain ou la fleur de cerisier japonaise, et de l’autre, le coq gaulois, le wallaby australien, le jaguar devenu puma… Du côté de Bègles, le radis s’est acoquiné avec la tortue, comme dans une fable de La Fontaine : « le radis et la tortue » ! (*)

Pour autant, la symbolique du C.A. Béglais, c’est le damier bleu et blanc ! Mais, ce ne fut pas toujours le cas, car pendant deux ans, les copains de Delphin LOCHE jouèrent avec des maillots rouge et bleu prêtés par les cheminots de Bordeaux (l’ASPOM). Ainsi, sur cette première photo d’équipe, en noir et blanc, on ne sait si les maillots étaient bleus avec des parements rouges au col et au bout des manches, ou vice-versa ? Peut-être, certains d’entre vous me le diront-ils pour actualiser cette saga qui sera reprise ensuite sur le blogue « Cœur à Damiers », avec l’intégralité des commentaires…

épisode n°1 – les damiers bleu & blanc**

Je ne suis pas un super joueur de dames, ni d’échecs, mais ce damier-là, c’est ma jeunesse ! « Un maillot à damiers pour mieux jouer aux dames ! », disait-on à l’époque, pour des fous, comme moi, qui avaient pris le rugby pour roi et choisi l’ovalie comme reine. Le motif, fait de l’alternance géométrique entre carreaux blancs et carreaux bleus, de dualité et d’opposition entre le bleu et le blanc, comme un « Vichy » de carreaux, plus couru sur toutes les courses de sports mécaniques, était pour moi très nouveau, pour ne pas dire inédit… Vous avez là le maillot holotype du club devenu le symbole du C.A. Béglais !

Même si on connaît l’histoire, je vais vous refaire le ressort du pitch… Un jour de 1908, les Béglais ont choisi ce maillot en regardant une équipe d’étudiants anglais (les « London Hospital ») qui venaient faire une tournée en Aquitaine. Ils remarquèrent le maillot de ces visiteurs dont les damiers bicolores n’avaient pas manqué de marquer leurs esprits… Aussitôt vu, aussitôt décidé, ils adoptèrent un damier sérré de petits carrés bleu et blanc ! Le choix de ce motif original et reconnaissable du premier coup d’œil marqua longtemps les esprits de tous leurs adversaires en France. (*)

Pendant plus d’une décennie, jusqu’au début des années 1920, les Béglais jouèrent avec ce maillot à damiers, du col jusqu’à la taille, avec une encolure ronde ou ouverte en V avec des boutons… Puis, on retrouva ce maillot pendant les années 1960 : seule la ficelle remplaça les boutons. C’est le maillot des deux finales du championnat de France, à la fin des années 1960, ce qui a sûrement contribué à sa célébrité. Lors du titre de 1969, le blason du club apparaît au niveau du club et le numéro dans le dos figure dans un grand carré blanc. Le logo de l’équipementier (« le Coq Sportif ») apparaît sous la clavicule droite.

Durant les deux décennies qui suivront, le logo du club ainsi que celui de l’équipementier disparaissent… Le numéro n’est plus dans un carré blanc, mais apparaît dans une couleur jaune fluo pour bien être visible et lisible. Début des années 1980, « le Coq Sportif » fournit à nouveau les maillots au C.A.Béglais, mais la fabrication de ce maillot atypique coûte plus cher qu’une tunique uniforme… À l’occasion du changement de nom (C.A.B.B), les dirigeants du club cherchent un nouveau fournisseur. Ils sollicitent leurs homologues de Romans et de Pamiers qui, eux aussi, arborent un damier serré de petits carrés noir et blanc. Le nouveau détaillant (« LB ») conserve le damier à petits carreaux bleu et blanc avec un lettrage et numérotage rouge.

Sous l’égide du CABBG, le traditionnel damier à petits carreaux disparut pour ne revenir au premier plan alors que le club ne l’était plus… On a changé de siècles et l’équipementier « OTAGO » fournit un maillots dont le bleu des carreaux était plus soutenu, les manches raccourcies et le nom du sponsor principal apparaissait dans un large carré ventral à fond blanc, juste en-dessous du logo du club ; dans le dos, les numéros figuraient, bleu sur blanc, dans un cercle, juste en-dessous du second sponsor… Ainsi, fut le maillot de la dernière saison dans l’élite, du damier bleu et blanc !

L’U.B.B. a porté le célèbre maillot à damiers lors de sa dernière prestation au stade « André MOGA », en mai 2015. Le fournisseur « Kappa » fit une bonne opération marketing en vendant ce maillot collector… Enfin, hasard du calendrier du TOP14, lors de la saison 2018-2019, le dernier match à domicile tombait pour les 50 ans de la victoire du C.A.B. en finale du Championnat de France, contre le Stade Toulousain. Pour la circonstance, les joueurs de l’U.B.B. avaient, une nouvelle fois, revêtu le maillot à damiers bleu et blanc (« Canterbury »)…

En fait, avec ce maillot holotype, les Béglais ont toujours été champions que ce soit en Seniors (1969), Juniors (1977), Cadets (1984) ou Minimes (1982)…

épisode n°2 – les damiers rouge et blanc**

Voilà un maillot qui génère toujours une grande nostalgie ! En effet, le damier rouge et blanc servait à ne pas nous confondre avec les équipes qui venaient jouer à Musard, en bleu ou blanc, même si je n’ai jamais vu l’équipe « Première » jouait avec ce maillot « inverse »… Certains le ressortent pour les grandes occasions (centenaires du club, dernier match à Musard), mais ils sont peu à en détenir un exemplaire…

Sa première apparition daterait de 1937, lorsque les quatre grands clubs de rugby bordelais (CAB – SBUC – SAB – BEC) jouaient pour la circonstance avec un maillot à damiers rouge et blanc : il doit être collector ! Est-ce maillot que les Seniors de 1937 portaient. En fait, cette photo est le résultat de l’IA (intelligence artificielle) ! Quelle ne fut pas ma surprise de voir les carreaux rouges du maillot ! Cette photo reste à valider… Dans mes archives, la première photo de ces damiers rouge et blanc date de 1972 et ce sont les Juniors de « Bébert » et « Éli » qui le portent dans un tournoi dans la région parisienne. L’année suivante, l’équipe du Japon vient jouer un test-match à Bordeaux et utilisent les installations de Musard pour s’entrainer. L’équipe « Réserve » fait office de sparring-partner et revêt ce maillot à damiers rouge et blanc… Aucune image de cet affrontement entre Béglais et Japonais n’est disponible, à moins que…

Toutes les catégories des jeunes ont eu la chance de porter cette tunique rarissime qui est réapparu au changement de siècle, sous l’égide du CABBG, grâce à l’équipementier « OTAGO ». Aujourd’hui, seuls les « fouteux » croates rendent hommage à ce maillot à damiers rouge et blanc que l’on retrouve aussi sur la fusée de Tintin ou sur les voies de détresse sur les routes et autoroutes de France…

épisode n°3 – les maillots gris ou bleu horizon

Tout gris or not tout gris, that is the question ! Loin de me prendre pour William Shakespeare, je me suis souvent posé la question sur la vraie couleur des maillots sur ces clichés en noir et blanc sur lesquels on voit les trois frères Moga, les « Biju », Siot, Marrens, Bertheaud, ou Chaban-Delmas.

Une nouvelle fois, j’ai sollicité l’Intelligence Artificielle qui me proposa des maillots bleu-gris à la place du gris des photos en noir et blanc… Cependant, cette fois-ci, les plus anciens ou les centenaires du CAB confirmèrent ce coloris !

Est-ce un hommage aux poilus de la grande guerre ? Est-ce à cause d’un moral morose qui suivit la Libération ? Je n’en connais pas la vraie raison, mais peut-être les aieux du CAB pourront m’en dire plus… En tout cas, à la sortie de la guerre, les Béglais n’ont plus joué avec damiers sur le corps. Seul, le blason du C.A. Béglais figurait en gros sur le cœur des joueurs, même si on le devine à peine. Parfois même, il n’y figure pas…

En tout cas, ce maillot gris-bleu ou bleu horizon fut utilisé jusqu’au début des années 1950 !

épisode n°4 – les maillots bleu marine

Attention, c’est une hypothèse que je formule ! Ma nouvelle amie IA, (Intelligence Artificielle) m’a, là encore, aidé à la formuler à partir d’une tonalité des clichés en noir et blanc… Le supposé noir des maillots des années d’après-guerre n’avait pas la même luminosité, ni le même contraste que le celui des maillots noirs des années ultérieures…  Je trouvais même que la tonalité ressemblait à celle des shorts bleu marine que nous avions dans les années 1970-1980.

Après plusieurs essais, je suis arrivé à la conclusion qu’il y avait dû exister des maillots bleu marine… Après tout, c’est assez logique car tout n’est pas blanc ou noir, dans la vie : il y a d’autres nuances ! Ainsi, pour éviter de voir en noir et blanc l’arc-en-ciel, le bleu de Bègles devient couleur sur ces vieilles photos.

Mais, ce n’est là qu’une version désordonnée pour faire perdre au noir-et-blanc toute identité…

épisode n°5 – les maillots blancs

Les maillots blancs du C.A.Béglais ont connu des hauts et des bas… Néanmoins, on les retrouve occasionnellement dans l’histoire du club, un peu comme des merles blancs…

Je ne résiste pas au plaisir de vous partager une photo, veille d’un siècle, où on voit les Béglais endimanchés d’une superbe veste blanche à parements à damiers bleu et blanc au niveau du col et du bout des manches, histoire de montrer patte blanche… Néanmoins, il n’est pas certain que le maillot ait été aussi blanc que la jaquette !

Au sortir de la guerre, le maillot blanc apparaît sur les épaules des Marrens et Berteaud, comme second jeu de maillots… Mais, il est principalement associé au titre de 1949 (Coupe de France). Dans le dos, les numéros ressortent au sein d’un large carré noir. Au niveau du cœur des champions, le blason à damiers du club apparait nettement !

Dans l’histoire du club, on retrouve la blancheur éternelle au début des années 1970. Les vignettes « Panini » de 1972 montrent nos Béglais dans une tenue de jeunes communiants sur laquelle le crêpe noir rappelle le souvenir de Gino CARON.

La dernière trace que j’ai retrouvée des maillots blancs date de la fin du siècle dernier : l’équipementier de l’époque, « Canterbury » proposait aux dirigeants une version pour les matches en coupe d’Europe… Allez, pour conclure, un petit jeu : sauriez-vous reconnaitre les différents internationaux sur les photos en maillots blancs ? Il y en a sur chaque photo proposée !

épisode n°6 – maillots blanc à épaulières uni

À ma connaissance, les Béglais n’ont joué qu’une fois avec ce maillot blanc avec un empiècement au niveau des épaules de couleur uni bleu (ou peut-être rouge). C’était le 16 décembre 1948 et les Béglais jouaient, au stade Lescure, contre l’USAP dont le maillot est bleu ciel. Or, vous le savez maintenant, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les maillots des Béglais étaient unis : soit bleu azur, soit bleu marine…

Pourquoi n’ont-ils pas enfilé cette dernière tunique pour recourir à ce maillot rarissime ? Peut-être, le gardien du stade avait-il ce jeu de maillot au fond d’une réserve pour dépanner les Béglais au dernier moment car, au rugby, c’est celui qui reçoit qui doit changer ses couleurs ? Nul ne le sait, à moins que… 

épisode n°7 – maillots à damiers bleu et blanc à épaulières bleu

Après l’intermède des maillot bleu azur ou des maillots blancs de l’après seconde Guerre Mondiale, les Champions 1949 changent de décennie et renouent avec leur origine et retrouvent leurs damiers bleu et blanc. La mode à l’époque, c’est de faire apparaitre la carrure des joueurs et surtout de protéger leurs épaules. Le bleu des épaulières est plus soutenu (le sombre renforce le gabarit). Un petit lacet pour faire tenir tout ça, un short blanc et hop, ça joue !

Cependant, ces maillots existaient déjà puisque, dès le milieu de la décennie des années 1920, les Sourgens et autres « Tatave » (Guichard) portaient déjà le quadrillage du damier bleu et blancs… Seuls, les carreaux étaient plus larges et les épaulières colorées en bleu azur, au niveau de l’encolure.

Puis, les finalistes Juniors de 1936-1937 (contre l’usap) avec Gérard Vidal et 1938-1939 (contre Tarbes) ont porté ce maillot avec le radis placé dans un triangle isocèle pointé vers le bas, sur la poitrine, à la place du logo du club…

Au milieu des années 1950, la bande à Baudorre porte le damier bleu et blanc, mais les épaulières sont bleu marine. Baudorre, Vignacq, Sorrondo, Eymery, Bédère, Sallenave, Joandet, Coulongrat, Sénégas, Dubédout et le petit Jacky Jameau qui plonge pour allonger sa passe vers les lignes arrières où brillent Claude Soleil et le père Diharce… Seul le short devient bleu marine car il suffit le blanc à faire bouillir dans les grandes lessiveuses en acier galvanisé, après les matches… Basta ! Les lave-linges ménagers ne vont se démocratiser qu’avec les années yé-yé…

Néanmoins, avec ce maillot, les Béglais n’ont remporté aucun titre, ni chez les Grands, ni chez les Minots !

épisode n°8 – les maillots noirs

Nous voilà déjà à la moitié de notre saga estivale… Aujourd’hui, bien que bronzés, halés, brunis par le soleil de juillet, nous ne sommes pas aussi noirs que les maillots que les Béglais ont utilisés !

Je ne sais pas pourquoi les dirigeants ont retenu cette couleur de deuil… Mais, la volonté première était de nous différencier des équipes qui portaient les mêmes couleurs que les damiers bleu et blanc… Mais, alors pourquoi ne pas recourir aux damiers rouge et blanc ? En tout cas, pendant près de deux décennies (dès le début des années 1970 jusqu’à la fin des années 1980), toutes les catégories de joueurs ont enfilé la tenue des « All Blacks »… Rien de bien original !

Le noir, ça va avec tout ! La couleur noir est à la fois calme et puissante : elle peut inspirer le courage, la force et le dévouement et apporter ainsi une sensation d’importance à ceux qui la portent… Une sorte d’aura mystique !Le noir a surtout une qualité qui provient de sa capacité à flatter les silhouettes et à minimiser les petits défauts. En effet, le noir gonflerait les silhouettes tout en jouant sur les volumes… Comme des baleines noires ! Toutes ces vertus ne sont pas des affirmations fausses mais plutôt un piège car, comme toutes les couleurs, le noir peut tout autant vous sublimer comme vous desservir ! Dans un esprit plus rationnel, les maillots noirs permettaient certainement de mieux voir le numéro dans le dos. En revanche, certains étaient tellement moulants, de par leur texture, qu’ils empêchaient tout tirage de maillot ou plaquages au maillot : slim body !

Dans mes archives, la première apparition des maillots noirs date de 1965 : on y voit Jacky Jameau attendre le ballon que Gérard Denjean avait bataillé à la touche. Les shorts étaient blancs à l’époque… Par la suite, les Béglais avaient adopté la tenue de deuil intégral, (hormis les chaussettes), en mémoire du regretté Jean-Michel Capendéguy, mort en pleine jeunesse, tel James Dean, au volant de son bolide, sur une ligne droite des Landes, tout près de Laboueyre… (cf. mon bulletin, lors de la saga 2022, du 18 juillet). On y voit Jean Trillo, tête basse, respecter une minute de silence en honneur de son ami disparu… Ce match, contre Saint-Sever, dans lequel s’est notamment illustré Seriné, se déroulait le 25 janvier 1968, à Talence, au stade de Suzon, alors que la tribune de Musard était en reconstruction… 

Au début des années 1970, la tenue étaient toute noire : seul le col et le lacet étaient blancs, ainsi que le large encart dans lequel figurait le numéro des joueurs… C’est cette tenue qui a été retenue pour figurer dans l’album Panini de 1972-1973 : Crampagne, Dubois, Malterre et Swierczinski étaient ainsi vêtus de noir ! Pendant près de deux décennies, jusqu’à la fin de l’ère du C.A.B.B.G, ces jeux de maillots noirs ont été utilisés par toutes les catégories de joueurs, de l’école de rugby jusqu’aux Seniors, comme une deuxième peau…

Pour ma part, je n’ai jamais trop affectionné ces chemises noires qui me faisaient plus penser à des blousons noirs ou à des oiseaux de mauvais augure : black swans… J’aimais trop les damiers bleu et blanc !

 

épisode n°9 – le grand damier bleu et blanc

Alors, celui-là, il reste un des maillots préférés des Béglo-Bordelais car il est à jamais associé au titre de 1991 ! En tout cas, c’est celui-là qui figure à « Notre Dame du Rugby » à Grenade sur Adour…

Comment en est-on arrivé d’un échiquier à petits carreaux à un carré divisé en quatre parties égales ? Dès les années 1980, le logo identitaire des équipementiers fit son apparition de façon ostentatoire : trois bandes pour « Adidas », la virgule de « Nike », ou le fauve bondissant de la marque « Puma »… Puis, les équipementiers ont, petit à petit, imposé leur loi marketing et proposé des maillots s’éloignant de la symbolique des clubs. Cependant, les designers de la marque « PUMA » eurent l’intelligence de convertir le damier serré de petits carrés bleu et blanc (maillot du titre national de 1969) en un grand damier de quatre grands quartiers bleu et banc (maillot des champions 1991), à l’instar des blasons ou écus des familles moyenâgeuses (*)… Le logo de « Puma » apparaît partout : sur la poitrine, sur les manches, et sur chaque chiffre du numéro du dossard. Quant à la dénomination du club, dans l’attente d’un nouveau logo, seules les cinq lettres « C.A.B.B.G. » sont floquées au niveau du cœur.

De la sorte, le club put insérer des logos publicitaires, sources de rentrées d’argent. « Crédit Agricole » a ainsi accompagné la « tortue béglaise » avec ses trois frères « RAPETOU »… Les futurs Champions de France s’étaient rasés le crâne en signe de ralliement, comme ceux de 1969 s’étaient laissé pousser la barbe (*)… Néanmoins, quelque uns de ces derniers ont connu aussi ce maillot à grands carreaux… Au milieu des années 1960, Daniel Dubois ou Jean Trillo ont partagé cette unique, inédite à l’époque, avec certains finalistes 1967. Généreux, le club a même prêté ce maillot aux « Municipaux » de Dubédout ou Lacau…

épisode n°10 – le grand damier rouge et blanc (**)

Comme il existait des damiers à petits carreaux rouge et blanc (**), l’équipementier « PUMA » proposa, dès 1993, aux Béglais un damier à quatre grands carreaux rouge et blanc… Petit détail qui a son importance, le rouge n’était un « rouge cerise » (ou radis), mais un « rouge lie de vin ». En effet, dans l’appellation C.A.B.B.G., il y a le terme « Bordeaux ». On comprend mieux le clin d’œil au « rouge bordeaux » !

En fait, il y avait eu une première tentative, dix ans auparavant, de ce maillot inédit. Le club avait, comme pour marquer un changement d’époque, adopté un grand damier rouge-bordeaux (lie de vin) et blanc, à l’occasion du changement de dénomination sociale du club, en C.A.B.B. (1983). Sa première apparition fut lors du match du 11 mars 1984, à l’occasion de la réception de l’U.S.Romans qui jouait aussi en petits damiers noir et blanc. Quelle ne fut pas la surprise des vieux « Cabistes » quand le capitaine, François Labat, sortit du tunnel, sous la tribune présidentielle, avec ce nouveau maillot… Une nouvelle fois, ce maillot d’apparat fut arboré lors d’un match de gala, à l’occasion de la réception du grand « S.U.Agen ». D’ailleurs, Bernard Moison a mis en peinture ce match où l’on voit l’ancien Pessacais sonnait la charge sous le nez si caractéristique de l’Agenais Tholot… Beaucoup pensaient que le rapprochement ne se ferait pas entre les deux villes car il y avait une scission inévitable, politique, culturelle, entre Bordeaux et Bègles. Ainsi, la « vox populi » courut le long des travées de « Musard », de la main courante de « l’Académie » jusqu’aux derniers rangs des tribunes : « pas question de remplacer nos damiers bleu et blanc par cette couleur violacée ! D’ailleurs, Messieurs les journalistes, on dit Bègles-Bordeaux et pas Bordeaux-Bègles ! » 

Aussi, pour assurer le réassort de cette version, en 1993, les dirigeants du « C.A.B.B.G. » proposèrent un nouveau blason où figurait en bonne place le radis que beaucoup de supporters béglais utilisaient pour encourager les siens… À y réfléchir, n’était-il pas surprenant de s’attacher à un légume rouge et blanc pour encourager un club en bleu et blanc ? Paradoxalement, le radis est apparu sur le blason du « C.A.B.B.G. » quand on parlait de Bordeaux et de Gironde pour rappeler l’existence de la cité de Bègles. En effet, le radis est devenu le légume fétiche de la ville, en souvenir du temps où Bègles fut un des potagers de Bordeaux. À l’époque, les terrains maraîchers se développaient au rythme de la croissance démographique de la grande ville : les radis de Bègles, les fraises de Pessac, les navets de Villenave, etc. À Bègles, la culture du radis se concentrait sur les terres de Birambits, du Prêche ou de Tartifume…

Ainsi, le radis figura en plein cœur du blason, avec ses larges feuilles qui couvraient le damier à quatre grands carreaux bleu et blanc. On y retrouvait également les trois croissants enchevêtrés de la ville de Bordeaux, en lettres d’or, et les cinq initiales du nouveau club. Aujourd’hui, le petit légume rond, d’un rose soutenu, avec sa petite extrémité blanche, n’existe plus hormis sur le vieux blason du « C.A.B.B.G. » et dans les poèmes nostalgiques d’André REIGT (un vieux « Cabiste », dans une lignée de grands joueurs du club). (*)

épisode n°11 – le grand damier noir et blanc**

Est-ce lié au décès du « Grand » qu’on eut droit, dès 1993, au retour du noir sur le maillot du club ? En effet, André MOGA avait pris de la hauteur en décembre 1992, à l’âge de 71 ans. Il fut honoré par des obsèques grandioses, en l’église du Sacré-Cœur, en présence de Jacques Chaban-Delmas, revêtu de son célèbre imperméable kaki de résistant. Les huit avants béglais portent le cercueil sur lequel a été déposé un maillot à damiers, avec le numéro 4 dans le dos… Le « Grand » laissa son club orphelin : il léguera, comme ultime don, son nom au stade. Un buste trônera également dans l’allée principale, tout près de celui de Delphin Loche…

Revenons au maillot dont il s’agit, là encore, d’une déclinaison des coloris préférés des Béglais, par la marque « PUMA ». Ce maillot à grand damiers scindés en quatre carreaux noir et blanc**, marque la période de l’après « Rapetou ». Les trois trublions étaient partis, presque par provocation, dans le club voisin de l’agglomération bordelaise, avant de trouver fortune au « Stade Français » de Max Guazzini… Dans la presse, on titre : « règlements de compte à OK Musard »… Dans leurs bagages, Laporte et ses accolytes embarquent Christophe Reigt et William Téchoueyres (qui sera, en 1995, international sous le maillot du SBUC). Des clans se forment et se défont… C’est la vie qui passe ! Les autres lauréats de 1991 sont restés au club du radis, notamment sa fidèle deuxième ligne (« Dédé » et son compère « Papy »)… C’est la période Guy Accocéberry et Vincent Etcheto qui remplacent la charnière Laporte-Reigt, tandis que Lanta prend les rênes de l’équipe. L’effectif se renforce de nouveaux noms : Laurent Vergé (alias « la commode ») ou Thomas Clamens (remplacants lors de la finale de 1991), Lupuyau, Lafforgue, Loubsens, Fauthoux, Farner, Barragué, Morizot, Dehez, Dongieu ainsi que des jeunes formés au club, les frères Berthe (Florent & Julien), Collazo, Garcia, Chamboulives, Sourgens ou Voineau…

Le rugby commence à changer et il ne fonctionne plus comme avant… C’est le début du professionnalisme avant l’heure ! Les sponsors entrent dans le jeu du sport-spectacle et leur logo vont grignoter progressivement et lentement la surface du maillot. Le problème, c’est que Bègles attire certes la sympathie, mais pas l’argent, hormis les institutions locales (mairies, département), « CREDIT AGRICOLE » (déjà présent depuis cinq ans), « EYLO Océan » (dont l’importante usine de production de chaleur et de tri des déchets est implantée à Bègles, sur les berges de Garonne), ou encore « SALPROLAIT FRAISPACK » (la boîte de feu André Moga, spécialisée dans le fromage frais emballé)…

épisode n°12 – le maillots à damier asymétrique

Changement de fournisseur, changement de look : c’est souvent le cas !  Le « CABBG », vers la fin du siècle dernier, décide de s’internationaliser et de se tourner vers les contrées australes… Fini, les années « PUMA », les dirigeants se tournent vers la marque néo-zélandaise aux trois kiwis ? « Canterbury ». Est-ce pour cela qu’on a trois Néo-Zélandais dans l’effectif (Scot Palmer – Robbie Mc Donald – Schuwer) ? En tout cas, le fabricant propose un maillot au damier asymétrique : le maillot est entièrement bleu foncé, hormis la manche gauche qui est blanche, alternant avec l’épaule droite, également blanche…

En fait, ce maillot revisité fait la part belle aux sponsors ! Les rentrées d’argent font venir quelques grands noms du rugby français, voire des premiers « mercenaires » d’un rugby qui professionnalise petit à petit à l’approche du 21ème siècle… C’est l’époque de Brouzet (qui débarque à Bègles avec déjà une douzaine de sélections à son compteur), du buteur Sébastien Paillat (sans son frère), des toulonnais (Loppy, Orsoni, Gérard, de Rougemont) et des néo-zélandais précités… À la suite du duo d’entraineurs (Lanta et Chadebech), l’inusable « Zaza » reprend du collier et mène son équipe d’« enculés » en quarts de finale du Championnat ainsi que du Bouclier Européen. La saison suivante, avec un nouveau duo d’entraineurs (Philippe Berbizier et Peyo Lupuyau) encadre les Béglo-Bordelais. L’équipe est belle, mais elle ne dépasse rarement les quarts de finale dans le « money time » !

Au niveau du sponsor principal, là encore les dirigeants ont fait preuve d’exotisme : « DAEWOO » (prononcez dèou) ! Le constructeur automobile Sud-Coréen tente de percer sur le marché européen, mais qui se souvient des noms de ses berlines… En vain, car le groupe disparut en 1999 : le volcan s’est éteint dans le grand univers ! L’autre partenaire financier, « Itineris », essaye de se frayer un itinéraire dans le marché de la téléphonie mobile. La marque figure en bonne place au verso des maillots ou au-dessus du logo du club… Là encore, le logo a, lui aussi, évolué : il a la forme horizontale d’un ballon de rugby avec le damier à quatre carreaux bleu et blanc** ; les croissants de lune entremêlés de la ville de Bordeaux y figurent discrètement… Le changement majeur réside dans la calligraphie des cinq lettres « CABBG  » dont la police de caractères est plus policée : handwriting ! Seules les lettres figuraient sur le maillot au damier dissymétrique… Il existait une version noir et blanc de ce maillot…

D’autres commanditaires financiers plus locaux apparaissent sur le maillot. La radio béglaise de la bande FM, « Wit FM » et le « Bistro du Sommelier », à l’angle de la rue Georges Bonnac et à l’ombre des gratte-ciels de Mériadeck… Le sommelier, c’est lui : Hervé Valverde ! Amoureux des sports bordelais, Hervé Valverde a ouvert un restaurant-bistrot qui démocratise les grands vins en y associant une cuisine locale traditionnelle (notamment des tricandilles)… Les dirigeants du « CABBG » y prirent leurs habitudes, comme ceux du « C.A.B. » les prenaient au « Chiopot ». Le « Bistro du Sommelier » (sans « t »), c’est le nouveau « Chiopot » (avec un « t ») !

épisode n°13 – le maillots unis à épaulières en damiers

On change de siècle en même temps qu’on change de monnaie. On est passé à l’€uro sans bug informatique… Les boîtes de logiciels informatiques, de bureautique et de logistiques se multiplient. Le XXIème siècle sera celui de la dématérialisation et des connexions à internet. En la matière, les asiatiques sont les champions ! Est-ce pour cela que les dirigeants du club ont choisi la marque « ASICS » ? Allez savoir…

« ASICS » est un équipementier sportif japonais (Kobé), fondé en 1949 et notoirement connu pour ses chaussures de course à pied. « ASICS », c’est l’acronyme de l’expression latine de « Anima Sana In Corpore Sano »… En français : « une âme saine dans un corps sain ». La marque japonaise est alors connue pour ses chaussures de sport, en y intégrant des « talonnettes » ou des semelles intermédiaires, ce qui diminue la pression subie par le tendon d’Achille, et permet de courir plus vite car les pieds sont légèrement inclinés vers l’avant…

Avec « ASICS » (qui souhaite développer d’autres équipements sportifs), les Béglais renouent avec le damier serré de petits carrés bleu et blanc**… Mais uniquement sur les épaules, comme un négatif au maillot des années 1950 (cf. l’épisode n°7) ! Ce retour au passé se décline aussi dans le blason du club qui est imprimé sur le maillot… Celui-ci retrouve sa forme triangulaire, avec les cinq lettres du CABBG inscrites en rouge, et le tout surplombé de deux étoiles, correspondant aux deux titres de champions de France.

Le maillot « ASICS », qu’il soit bleu ou blanc, laisse la part belle aux sponsors en leur assurant une meilleure lisibilité… Finie la période des voitures sud-coréennes, on revient à du classique : « FORD », dont l’usine de boîtes automatiques est tout proche (Blanquefort). « FORD » est devenu le sponsor principal ! Il est associé à des financeurs en vogue, soit dans l’informatique (« Idéal Informatique »), soit dans la diététique avec les compléments alimentaires (« Protidiet »). Quant à « Wit FM » et « Itinéris », leur logo sont descendus du maillot vers le short… Bientôt ce sera sut les fesses ! À quand la publicité sur les chaussettes ? Les nouveaux « hommes sandwich » véhiculent ainsi tout le symbole de la société de consommation. En tout cas, ils se généralisent chez les rugbymen, comme dans d’autres sports, sans que quiconque y trouve à redire, car cette pratique pourrait être considérée comme portant atteinte à la dignité de la personne… Mais là, c’est une autre histoire !

Avec ce maillot, on traverse le cycle des Kubzik, Loustau, Manas, Souverbie, etc. etc. etc. Brouzet vit ses dernières heures au « CABBG », ainsi que Collazo… Ces pertes semblent être compensées par les arrivées d’une petite colonie argentine : Federico Mendez, Lissandro Arbizu ou Ignacio Fernandez-Lobbe… La famille « Reigt-Gimbert » revient aux manettes de l’équipe fanion, en souhaitant faire partager ses expériences rugbystiques dans les différents clubs qu’elle a fréquentés…

C’est également la période de la naissance d’un grand nom du rugby : Thierry Dusautoir ! Le garçon aux quatre-vingt sélections et aux cinquante-six capitanats en Équipe de France, s’annonce comme le grand espoir du rugby béglais… Né en Côte d’Ivoire, il rejoint la France à l’âge de dix ans. Il s’essaye d’abord au judo et ce sont ses camarades de lycée qui le conduisent au rugby au club de Trélissac où il apprend les bases du rugby. Par la suite, il rejoint le club du « C.A.Périgueux » qui évolue alors en « ProD2 »…. Après avoir obtenu son baccalauréat scientifique à 17 ans, il fait « Maths Sup’ », puis rentre à « l’École Nationale Supérieure de Chimie et Physique » de Bordeaux. Estimant ne pas pouvoir assumer le coût des allers-retours entre Bordeaux et Périgueux (l’autoroute n’est pas encore inaugurée), ses entraîneurs le mettent alors en contact avec le club du « CABBG » où Thierry Dusautoir commencera ainsi sa carrière en championnat de France, alors désigné sous le nom de « Top 16 ». À l’époque, il n’est pas encore international, sauf dans les équipes de jeunes…

Au « CABBG », les résultats ne suivent pas et ce sont finalement deux saisons « galère » dans lesquelles se sont embarqué les Béglais, à tel point qu’ils flirtent avec la relégation, sauvés par un goal-average favorable… Les Béglais sont passés à l’« Orange » et « Ford » s’est mis au point mort : ça sent le début de la fin !

épisode n°14 – le maillots uni à liseré en damiers

En 2002-2003, c’est le retour du « Puma » et du petit damier ! L’équipementier autrichien connaît la musique : lisibilité et visibilité sont les deux mamelles du marketing sportif… Lui qui nous avait proposé les grands damiers des années 1990, nous présente un maillot uni (bleu ou blanc) avec un liseré à petits damiers (bleu-blanc ou rouge-blanc) situé juste dessous les pectoraux et le long des manches.

Si les nouveaux maillots laissent une place importante aux encarts publicitaires, c’est un peu plus flou dans l’arrière-boutique. Depuis 2001, le C.A.B.B.G. est devenu le C.A.Bordeaux-Bègles-Gironde… Certains pensaient que la primauté de Bordeaux sur Bègles permettrait d’engranger les millions nécessaires à l’existence d’un club professionnel, même si la scission politique et culturelle, entre les deux villes, était encore vive.

Le club fait alors partie du « Top 5 » des clubs français, avec des noms ronflants du rugby hexagonal : Richard Dourthe, Christophe Laussucq, Marc de Rougemont ou Thierry Dusautoir. C’est l’an 1 du rugby professionnel dans le bordelais, avec la nomination d’un Président dont peu de personnes se souvient de son nom : Kevin Venkiak. Le nouveau président est un homme d’affaires d’origine mauricienne, ancien garde du corps de Johnny Hallyday. Il ne connaît rien au rugby, mais, poussé par son ami Bernard Laporte, le sélectionneur de l’équipe de France, il est prêt à investir… En fait, avec l’avènement du professionnalisme, les difficultés commencent pour la trésorerie du club…

Dans la jungle du professionnalisme naissant, le rugby était-il en train de perdre son âme ? Peut-être ! Tous les projets de développement sont malheureusement tombés à l’eau. Les tentatives de rééquilibrage budgétaire de dernière minute ont jeté le discrédit des divers projets. Certains semblaient démesurés avec le soutien prestigieux de certains sportifs du sérail (Thierry Lacroix, Bernard Laporte). En 2003, Laporte revint à Bègles, par la grande porte, très exalté avec un projet ambitieux, étayé avec soutiens prestigieux de célébrités ou figures locales. Bernard Magrez, le PDG de « Williams Pitters possède 38% des part du CABBG. Il est ami avec le nouveau président qui lui est actionnaire majoritaire du club… Bernard Magrez, outre ses connaissances dans le monde « business » (Depardieu, Catherine Deneuve, Carole Bouquet), est également très proche de l’homme d’affaire algérien Rafik Khalifa qui vient de s’investir dans le club girondin.

En effet, la recherche des financeurs conduira à l’avènement de « Khalifa Aiways ». Bien que ne s’intéressant guère au sport, Rafik Khalifa est déjà le sponsor de l’Olympique de Marseille et il arrive au rugby avec un budget de 300.000 €uros sur deux saisons… Cerise sur le gâteau, dans le ciel béglais, une patrouille d’avions « Khalifa Airways » survole le stade avant le match CABBG contre le Stade Français (victoire 15-06). On parle du « Bordeaux-Bègles Show » ! En face, le maire de Bègles, Noël Mamère, se positionne contre les forces de l’argent et se méfie de ce « Bernard Tapie » à la sauce Maghreb, dont on ne connaissait pas exactement l’origine de sa richesse. Certains avançaient que l’argent serait issu du « blanchiment de l’argent du régime des Généraux », ces chefs militaires qui se partagent le pactole du pétrole algérien. L’ancien animateur de l’émission « Résistances », sur « Antenne 2 », consacrée à la défense des droits de l’homme dans le monde, a été le premier à écorner publiquement l’image de Rafik Khalifa. Il refuse de se trouver en présence de Rafik Khalifa et ne se déplacera pas au match de l’équipe de rugby : « il est l’allié des généraux algériens avec lesquels il a fait sa fortune, allié de ce pouvoir algérien qui contribue à la barbarie, qui assassine et torture ». Il a même demandé une enquête parlementaire sur le groupe « Khalifa Airways »…

C’est dans ce contexte tragicomique que se déroulera la célèbre confrontation Gérard Depardieu et Noël Mamère. Qui ne se souvient pas de la conférence de presse du 28 septembre 2002 et la fameuse tirade du castelroussin sur le pantalon en velours côtelé de Noël Mamère, devenue presque aussi célèbre que celle du nez de Cyrano de Bergerac ? Sa tirade contre Mamère : « Je suis peiné pour lui et pour son parti. (…) Ce sont des propos racistes et fascistes. Il faudrait le chasser de son parti (…) Il a peut-être chié dans son froc en velours. »

Arrivé en septembre 2002, Kevin Venkiak sera vite débarqué et sera un président éphémère, tout comme ses principaux partenaires financiers.  « Khalifa Airways » a arrêté la plupart de ses vols mi-mars 2003, après ne pas avoir payé ses créanciers… Dès qu’il s’agit de se faire payer, plus personne : on ne trouve qu’une coquille vide ! En deux ans, le club n’a jamais vu les 300.000 €uros, promis par le « golden boy » algérien.

Mais, c’est avec ce maillot que les jeunes du club obtiendront leur titre « Gaudermen » en 2004…

JYB /K’nar 💙🤍 – le 02 septembre 2024

épisode n°15 – les maillots inédits

Nous voici arrivés à la fin de la saga de l’été, consacrée aux différents maillots du CAB–CABB–CABBG… Ce dernier épisode va traiter de maillots que peu ou pas de gens ont connus : des maillots rarissimes, des « Arlésiennes » !

Celui dont tout le monde parle, mais on ne l’a jamais vu, c’est le fameux damier à carreaux vert et blanc ! Cet été encore, on m’en a parlé (Christian Lalanne, Jean-Pierre Rieu)… Jean-Pierre Dubédout (alias« Papi Banane ») en a confirmé l’existence : les Béglais portaient, en 1963 ou 1964, un maillot à damiers vert et blanc, seulement en « Juniors » et en « Réserve », comme second jeu de maillots… Michel Darrieussecq faisait partie, à cette époque, de l’équipe « Juniors B », entrainée par Jacky Perret. Il affirme que la photo de leur équipe, dans le livret de la saison 1963-1964, était avec les damiers vert et blanc. Faisaient partie de l’effectif, entre autres : Jean-Pierre Rieu, Jean-Claude Bégaries, Charles Rebaudière, François Martin, Michel Meyer, Jean Carlet, Christian Allant, Dortet, Bousquet, etc. etc. etc. Malheureusement, les photos étaient en noir et blanc !

Une dizaine d’années auparavant, l’équipe fanion jouait, contre Périgueux, en maillots rouges… Pour l’attester, pas de photos, seulement le programme annonçant la date du match (17 février 1952) et énonçant la composition des équipes… Coquille de l’imprimeur ou réalité, sachant que le « C.A. Périgueux » jouait également en blanc et bleu ? On ne le saura jamais, à moins que…

Cette tenue rouge, on la retrouve en 1993 ! À cette époque, le « CABBG » part en tournée estivale en Afrique du Sud. Trois équipements sont fournis aux joueurs : un polo rouge, un sweat bleu avec la célèbre tortue, et un maillot en deux tons de dégradé de bleu et sur lequel figure le continent africain au niveau du cœur… Vraisemblablement pour saluer la libération de Nelson Mandela… Va savoir !

 À la fin des années 1990, le recours à un nouvel équipementier (Canterbury) amène des idées nouvelles et notamment un maillot pour l’entrainement pour les Béglais… Les All Blacks avaient fait de même, lors de la création du « Tri-Nations » !

Enfin, dernière pépite trouvée sur internet ! Il s’agit d’un maillot à damier à petits carreaux bleu et blanc, dont les épaulières sont blanches. Je n’ai pas trouvé, à travers les âges, une photo d’équipe avec un tel maillot. S’agit-il d’un maillot de football ou de handball ? Je ne crois pas ! S’agit-il d’un maillot du « C.A. Béglais » ou de celui du « S.C. Tarare » (à côté de Lyon) qui est le seul autre club de rugby à jouer avec un maillot similaire à celui des Béglais, depuis 1912…

Voilà ma saga terminée ! Qu’il soit classique ou revisité, le damier a toujours sur moi un effet apaisant, voire hypnotisant grâce à sa perfection, à la régularité de ses cases… On retrouve cette analogie chez ceux qui l’ont porté, avec des parcours plus ou moins complexes, comme si les cases du damier se répondaient dans des jeux inépuisables… Cœur à Damiers !

JYB /K’nar 💙🤍 – le 08 septembre 2024

(*)   – extraits de mon livre récemment paru intitulé « Mon Abécédaire du Rugby »   (**) – rappel d’une règle grammaticale concernant l’accord des couleurs : on dit des damiers bleu et blanc. Les deux couleurs restent invariables. Si l’on parle de damiers bleu et blanc, c’est que chacun des damiers contient à la fois du bleu et du blanc… Voilà qui est dit et on n’en reparlera plus !

Saga de l’été 2023 : une rue de Bègles

Cœur à Damiers / Saga de l’été 2023 💙🤍💙

Salut les Damiers 💙🤍 !

  1. Une rue de Bègles !

Troisième été pour le « Cœur à Damiers » ! C’est pour moi l’occasion de vous proposer une nouvelle saga, après avoir évoqué quelques établissements (bars et resto) illustres, fréquentés par les Béglais, puis énuméré les internationaux « A », à travers une équipe type…

Cette année, je vais évoquer quelques familles tout au long d’une rue béglaise… J’ai envie de vous parler d’une promenade béglaise que j’ai souvent empruntée que ce soit à pied, en vélo, en vélomoteur ou en voiture… À l’opposé du chemin de Compostelle, elle me conduisait immanquablement à Musard. L’itinéraire était simple : je partais de Talence, je traversais un bout de Villenave en longeant les murs de l’hôpital militaire d’un côté et de l’autre celui de l’ancien hospice des enfants malheureux… Le sentier cathare traversé, on pénètre dans Bègles. Comme pour aller à Rome, ici, tous les chemins mènent à Musard. La ville dévoile son sein et nous propose son magnifique dessein, au cœur de son secret à damiers. Mi-fuite, mi-refuge, dès lors, c’est un autre monde ! Les nuages blancs, dans le ciel bleu, prennent la forme de ballons ovales, les oiseaux sourient et les lapins se nourrissent de radis. Pour aller au stade, c’est simple, tout droit : tu suis la pile des maillots à damiers qui longe ma rue…

Dans ma rue, y’a pas un arbre, pas de fleurs sauf dans les jardins tout au long… Dans ma rue, y’ a des poubelles sur le trottoir, et des autos en mal de garage… Dans ma rue, y’a l’alpha et l’oméga dont elle a la forme…

Mais, il y a aussi Amédée

Et il y a aussi Hervé

Puis, il y a aussi Jean-Michel

Et il y a aussi Aline…

As-tu reconnu ma rue de Bègles ? Sinon, on part pour les quinze épisodes de ma saga estivale 💙🤍💙

  •   Les Kéké !

Le premier épisode se situe tout de suite à gauche (normal, à Bègles), au n°121 de ma rue, la rue Albert Thomas. À l’angle de la rue Vincent Gonzalez, le panonceau annonce la couleur et on sait à qui on a à faire : les QUESSARD ! « SINGER » dit l’enseigne en fronton du magasin de la route de Toulouse : il est vrai que le père, Pierre, a été longtemps représentant de la marque Singer avant d’ouvrir la mercerie familiale… « SINGER », ce n’étaient pourtant pas ni des chanteurs anglophones, ni même les trois singes de la sagesse.

Je n’ai jamais eu l’occasion de parler avec eux de cousette, broderie, canevas ou de crochet … Ils sont tous passés par l’école de rugby du CAB ! J’ai dû jouer avec l’ainé, Denis, à l’école de rugby ou en Cadets. Denis a jouer en équipe première environ pendant 6 ans au début des années 1980. Quant au jeune frère, Laurent, je l’ai entrainé lors de son passage en « Cadets II »… Là encore, il y avait un troisième frère dont j’ignore le prénom (Sébastien ou Pierre ?), mais tous avaient le même surnom : « Kéké » ! Ils étaient souvent accompagnés du « pater familia », petit bonhomme à la casquette rivée sur le crâne, qui sentait bon la malice : il suivait indifféremment chacun de ses fils ! Beaucoup ont apprécié « Bébert » personnage plein de gaité de vivre et toujours de bonne humeur avec le regard malicieux des Béglais…

La petite mercerie familiale ne faisait pourtant pas dans la dentelle : le premier avait déjà le profil généreux d’un pilier tandis que l’autre avait le caractère impulsif d’un talonneur. Y’avait tout le matériel pour coudre et se faire recoudre : « poing de croix » !

Je ne sais pas qui a repris l’affaire familiale … Je crois que Pierre est celui-là ! Denis a travaillé dans l’industrie pétrolière chez Esso-Rep, basée rue Ferdinand Buisson à Bègles avant de partir dans la même société à Parentis. Puis, sur le même site, chez Vermillon, entreprise canadienne qui a repris les activités de Esso… Quant à Laurent, il a fini médecin et est parti s’installer dans le fief des Landes. Je l’ai revu récemment, lors du 40ème anniversaire du titre de Champions de France Minimes dont il faisait partie. Il était également un des Cadets champions « Gauderman » en 1984… Mais le titre dont il est le plus fier, c’est peut-être celui de « médecin-pâtissier » comme il l’a affiché dans sa salle d’attente. Le roi de la bugne a assouvi sa passion en obtenant un CAP de pâtissier : arrêt-buffet oblige 💙🤍💙

  •  La « Amédée Cie »

Il m’arrivait lors de mes remontées vers Musard, de passer par la rue Vincent Gonzalez, à l’angle de la rue Albert Thomas, et de m’arrêter chez un copain de classe, fils d’un vieil ibère, maraicher en gros aux « Capus »… Quand je tendais l’oreille, ça parlait rugby chez les voisins, au n°18 précisément : normal, on est chez les DIHARCE !  

L’annuaire du C.A. Béglais recense trois joueurs de rugby à ce nom-là :

  • le grand-père, Michel, venu de St Jean-de-Luz, fut trois-quatre centre, à la fin des années 1930. Il n’a pas survécu à la guerre…
  • le père, Joseph, équipier premier au poste de n°10 pendant la décennie des années 1950. Si « Ttotte » a commencé à jouer en « Première » à l’âge de 16 ans, il a fini sa carrière à Saint-Médard où il a rejoint d’autres béglais (Candau et Meyer)…
  • enfin, le fils, Jean-Michel alias « Amédée » : le seul avant de la lignée…

Mettez-les face à un fronton, ils auront toujours une pala à la main… Chez les DIHARCE, les femmes sont aussi des championnes à Damiers. Colette, dite « Cocotte de Bègles » sait se servir de ses mains, non pas pour faire des origamis, mais pour jouer au basket et elle fut championne avec ses copines (Léglise, Dumartin, etc.). Non seulement elle connaissait tous les garnements de l’école de Birambits où elle travaillait, mais aussi toutes les filles du handball du C.A. Béglais, et notamment sa petite-fille, Léa, qui a eu sa renommée dans le hand féminin. Du talent plein les mains, Colette faisait également des tableaux : j’ai encore en mémoire celui opposant le SJLO aux damiers bleus et blancs des années 1950…

Perso, j’ai connu « Amédée » quand il jouait en Juniors Crabos, puis on a joué ensemble à l’U.S. Talence pendant trois ans avec d’autres béglais. Plus tard, il a tourné sur d’autres clubs à proximité, comme joueur ou entraineur… Il est revenu à Bègles au sein des « Musardingues » où il s’investit grandement.

« Amédée », je me suis toujours posé la question d’où venait se surnom ? En tout cas, il résonne positivement car il a l’amitié et la fidélité chevillées au corps et au cœur … Tous ceux qui le côtoient confirmeront mes propos, et en premier lieu son épouse, la douce « Didou » (Di dou di dou dah) ! Sandrine est issue d’une autre branche de rugbymen béglais : les SUSANT ! Son papa fut un bon arbitre fédéral, et son frère, alias « La Suze », fut un enfant de la balle de Musard… Quant à la maman, « Jojo », elle a toujours gravité dans les instances béglaises. Aujourd’hui encore, elle refait le monde chaque mercredi, sous l’ombrage des tilleuls, avec ses copains des années yéyé (Jean-Pierre, Claude, Jean-Louis, Maïté, ou le regretté Jean-Claude) : des Radis…caux de Bègles !

De leur union sont nées deux filles : Léa, amoureuse du hand et d’un rugbyman prometteur de l’UBB, et Marion la latina : hasta siempre !

« L’Amédée Compagnie », vous dis-je 💙🤍💙

  •  Solide comme un roc !

En prolongement du chemin des orphelins, la rue Albert Thomas se transforme en un enclos éponyme. En effet, à l’angle de la rue Laverny, on trouve un grand pré que doivent lorgner tous les promoteurs immobiliers locaux, tant l’exploitation foncière de la moindre parcelle a défiguré la rue Albert Thomas au fil des années…

C’est la troisième étape : au n° 186, on est chez les COURREGELONGUE et Jean-Marc ROCANIÈRE ! Par la faute d’un aléa de la vie, ce dernier a été élevé par les époux COURRELONGUE, Raymond et Colette, que le « tout-Bègles » surnomme affectueusement « Tonton & Tatie » !

« Au rugby, il y a ceux qui jouent au piano et ceux qui les déménagent ». Vous l’avez compris, Jean-Marc ROCANIÈRE a joué devant …  Jean-Marc, je l’ai croisé lorsque je m’occupais des équipes de jeunes au C.A. Béglais… Jean-Marc, c’est le « p’tit frère jumeau » de Laurent QUESSARD (ndlr : cf. l’épisode n°1 de la saga) : même rue, même âge, même école, même poste (talonneur), mêmes titres… À l’instar de son pair, il portait le n°2 dans le dos et, comme tous les talonneurs il était doué d’une grande humilité et d’une forte ossature : solide comme un roc !

« Tonton et Tatie » ont été, des années durant, des fidèles abonnés du C.A. Béglais et encore de l’UBB… Toujours prêts à financer la moindre action des enfants de Musard, ils ont maintes fois reçu, dans leur grand pré, les équipes de jeunes.

 Jean-Marc a intégré naturellement leur entreprise de déménagement. Beaucoup de jeunes rugbymen y ont trouvé leur job d’été et quelques « gros bras » y ont trouvé un emploi salvateur, comme le regretté Stéphane PUHARÉ par exemple. Aujourd’hui, si vous voulez savoir où réside tel ou tel ancien béglais, vous leur demandez, car ils ont déménagé tout le monde.

Aujourd’hui, Jean-Marc continue à « déménager » et il a formé une famille idéale : Émilien qui lui ressemble comme deux gouttes d’eau et qui joue au tennis (nul n’est parfait !) et Amélie qui lui a permis d’avoir le « choix du roi » 💙🤍💙

  •  Cambot… les bains

Passé le grand virage de la rue Albert Thomas, on arrive au n°54 chez Cathy et Hervé CAMBOT, un grand serviteur du rugby Béglais !

CAMBO ou CAMBOT ? Pendant longtemps, je n’ai jamais su l’orthographe exact de ce nom de famille qui fleure bon l’Euskadi… Il est probable que la patrie natale de Jean DAUGER ait inspiré le jeune Hervé. Rapide, fin et racé, il était l’ailier par excellence, celui par lequel les « gros de devant » espèrent que la combinaison annoncée finisse en bout de ligne, voire au-delà de la ligne et se concrétise par un bel essai…

Issu d’une génération dorée (1958), « El Diablo » fut de l’épopée des champions de France Reichel (1977) qu’une sale blessure priva du dernier carré… Talentueux, il fit partie successivement de toutes les équipes « A » dans les différentes catégories… et parfois en « B » ! Cependant, la vie d’ailier n’est pas toujours facile car, souvent, les ailiers ne voyaient pas le ballon ! Aussi, le long de la main courante, a-t-il eu le temps d’analyser l’évolution du rugby… C’est ainsi qu’il a eu envie de devenir entraineur des « Cadets B », en 1985, avec son acolyte, François GOLPÉ. Alors, commença une longue période en tant qu’éducateur des « Cadets » jusqu’au titre national « Pierre Alamercercy » (U16) en 2004 et 2016… En plus des jeunes pousses, on le retrouve régulièrement dans la tanière des « Archiball », tout près des Capucins… Le nouveau « trou des Castors » a conservé son art de vivre, notamment son fameux lancer d’assiettes, au moment du dessert !

Toujours le sourire aux lèvres, avec son catogan, sa p’tite barbiche de mousquetaire ou son look d’hippy attardé, il ne laisse pas indifférent… Hervé a l’amitié chevillée au corps et au cœur. Outre son métier de maçon, il adore également se consacrer à la pêche au carrelet, sur la Garonne.

D’un an son cadet, et tout au long de nos vies parallèles, j’ai souvent croisé Hervé et notamment quand nos fils respectifs couraient après un ballon… rond ! 💙🤍💙

  •   Le face à face méconnu

Juste à côté del « Diablo » vivait une famille à l’itération phonétique : les JEANJEAN ! Rien à voir avec Nicolas JEANJEAN, l’ancien international du Stade Toulousain et du Stade Français, mi même avec JAN-JAN, l’ancien propriétaire du « Caesar’s » au château Descas… Ce dont je suis sûr, c’est que le garçon qui jouait au C.A. Béglais ne se prénommait pas Jean, mais Philippe… J’ai retrouvé la trace de ce demi d’ouverture surtout avec la « Réserve » du duo Eymery-Mellis.

En face de chez lui, vivait la famille TOSCA. Entourée d’une sœur, le jeune Laurent poussa les trois actes de son opéra au sein de l’école de rugby du C.A.B. (poussins, benjamins, minimes), à la fin des années 1970. Pas vraiment de poste déterminé pour le jeune « toscan » : il ne donna que son envie à revêtir le maillot à damier bleu et blanc… Puis, il a choisi de devenir arbitre et aujourd’hui il est aussi aiguilleur du ciel : rien n’est fait au hasard ! Il est resté tout près de Bègles puisqu’il réside dans la commune voisine à particule 💙🤍💙

  •   Le doyen

André BROCA ou « La Broc » est un personnage pittoresque de Bègles. Beaucoup se souviennent du « Père BROCA » se baladant, avec son large béret vissé sur la tête, dans les rues de la ville.

Jardinier en chef à l’hôpital militaire de Robert Piqué, il est surtout réputé pour être de l’aventure du premier titre national (Coupe de France) des Béglais en 1949, sans pour autant, avoir joué la finale à BORDEAUX … 3ème ligne, je ne sais qui de Jean DULOU (dit « Le MONGOL ») ou de Christian SIOT en a profité ! Je n’ai jamais osé interroger, à ce sujet, « La Plante » qui fut le dernier survivant de cette finale. En tout cas, la ville de Bègles sut honorer cette figure de Bègles en lui remettant une médaille commémorative.

Le père du « Père Broca » était également un bon demi d’ouverture. Avec deux anciens présidents du C.A. Béglais (Gaston MARTIN et Albert DUBERN), il fut sacré champion de 1ère série de la Côte d’Argent, lors d’une finale contre le Stade Bordelais… C’était en 1919 : un pionner ! Lui aussi contribua au développement du l’association sportive puisque, en tant que propriétaire de l’immeuble sis place du XIV Juillet, il a avantagé l’implantation du premier siège social du C.A. Béglais…

Au début des années 1970, son fils, Marc, a joué également 3ème ligne et fut vite qualifié de « caractériel », même si définition de caractériel paraît très modérée 🤭😉🤣… Bon sang ne saurait mentir ! 💙🤍💙

  •  Prendre parti !

Vous n’êtes pas sans ignorer le passé communiste de la ville de Bègles, cité ouvrière pendant des décennies… Aussi, ne faut-il pas s’étonner de retrouver, çà et là, quelques foyers marqués de la faucille et du marteau !

Ainsi, à l’amorce de la dernière ligne droite de la rue Albert Thomas, existe-t-il un petit square éponyme, cher à mon cœur puisque, en tant que bailleur social, j’ai eu l’occasion de livrer, puis gérer ce petit hameau d’une dizaine de pavillons… Ici, vécurent Jean-Marie et Annie DUPOUY ! « Boule » était le roi de la « belote coinchée » et son épouse auxiliaire puéricultrice à la maternité du Tripode. Avec eux, deux « drôles » gaillards et taillés pour jouer au rugby, comme leur père !

L’ainé Jean-Michel, sérieux 3ème ligne, tout comme le talonneur Christophe (alias « Totoche »), ont joué sous le maillot à damiers ! Ils ont fait toutes leurs classes au C.A. Béglais, des Benjamins jusqu’à la « Réserve » en Seniors… Dans ma mémoire, on était chez les « tignous », des battants avec du répondant, pour lesquels « avoir la gnaque » n’était pas qu’une expression de vestiaires.

Que sont-ils devenus ? Par leur cousine (ndlr : merci Véronique), j’ai su que Jean-Michel était cheminot et qu’il fait aujourd’hui régulièrement la navette entre Bordeaux et Paris, pour le Comité d’Entreprise de la SNCF. Cependant, son activité préférée, il la trouve dans la quiétude des bois, dans la cueillette des cèpes et des coulemelles… Pas besoin de solliciter l’apothicaire de Birambits pour reconnaitre les champignons non-comestibles !

L’un sur les rails, l’autre sur la route ! Si « Totoche » a été formé au lycée hôtelier où il a côtoyé, comme sur le terrain, Philippe ECHEBEST, il est aujourd’hui routier : sympa ! Il a vécu un temps à la capitale, exilé comme tant d’autres gascons de l’ovalie, durant sa période « Sapeur-Pompier de Paris » : même pas peur ! Revenu en terre girondine, il fut un temps éducateur à l’école de rugby du CABBG, lorsqu’il a mis son fils Sébastien au rugby…

Trois générations de DUPOUY vous saluent ! 💙🤍💙

  •  De bibelots en bagatelles

Au n°45 de la rue Albert Thomas, c’est la caverne d’Ali Bab … Comme à la Samaritaine, on trouve de tout en termes de joueurs de rugby !

Commençons par le maître des lieux ! Arrivé de La Rochelle, le jeune Christian BAGATE prit place dans la maison des Chanelières et y installa son cabinet de médecin… Un faux air de Gérard Depardieu jeune, couplé d’une voix douce qui affublait tout le monde d’un amical superlatif : « ma puce » ! Y’en a eu des rugbymen qui ont défilé dans la salle d’attente, voire même dans le couloir, entre deux portes, et parfois même très tard… Dans ce cabinet médical sont passés également de jeunes médecins en mal de remplacements, tel Serge SIMON, pour ne citer que lui… Des bibelots et des bagatelles !

Au C.A. Béglais, Christian a occupé tous les postes : joueur (3ème ligne), entraineur des Juniors, puis la fonction de Président… Une épaule récalcitrante a certainement mis fin à sa carrière de joueur et l’encadrement des Juniors a cessé lorsqu’il a commencé à goûter aux responsabilités et à s’occuper de la destinée du club. Il a pris les « clefs du camion » au départ d’André MOGA, en 1983, pour les lui restituer cinq ans plus tard.

C’est l’époque de la transition dénominative : du CAB au CABBG, en passant par le CABB… C’est l’époque où les joueurs ont des survêtements « NIKE » bleu et gris tandis que les entraineurs revêtent un jogging rouge et gris … C’est l’époque où apparaissent les premiers grands carreaux du nouveau damier avec un coloris parfois improbable… C’est l’époque où les trois frères GENESTE peuvent encore jouer ensemble… C’est l’époque où Philippe ETCHEBEST n’était pas encore pris par ses étoiles culinaires… C’est également l’époque où le club s’ouvre à l’international avec l’intégration de joueurs venus d’Afrique du Sud : THOMAS, BOROVICH, CLOETZE, BARNAT ou MOOSE, curieusement que des avants… Chez les trois-quarts, Christian jouera la carte familiale en faisant venir son beau-frère, Peïo ALVAREZ, frère de son épouse Aline et fils du grandissime André ALVAREZ, chef de l’attaque du « XV de France », dans l’après-guerre, compagnon de « Bambi » et Chaban… Bayonnais pure souche, Peïo ALVAREZ dirigea l’attaque béglaise trois saisons durant, avant de réintégrer le Pays Basque… Par la suite, Christian a élargi son champ d’intervention : Président du CAB Omnisports, Président du Comité de Côte d’Argent, médecin à la « Fédé » pour la lutte contre le dopage, etc., etc. etc. Aujourd’hui, il reste un espoir dans la vie politique locale…

La famille s’agrandissant, il fallut déplacer le cabinet médical d’abord un peu plus en amont de la rue Albert Thomas, puis en aval vers le pont du Dorat. En effet, Benjamin, puis Maria et Antoine sont venus apporter du bonheur dans la chaumière familiale.

Je crois que le P’tit « Binbin » a eu, dès sa naissance, un ballon de rugby entre les mains. On le voit souvent, tout « minot », sur les photos d’équipe lorsqu’il accompagnait son père… Bien sûr, il a grandi avec le maillot à damiers bleu et blanc et il est passé par toutes les catégories jusqu’à l’équipe première, alors rétrogradée en « Fédérale 1 ». Par la suite, il a voulu continuer sur le banc et il a été sacré Champion de France, au printemps 2009, avec les « Espoirs » du CABBG. Puis, il a pris son bâton de pèlerin de Compostelle et a sillonné toute le Sud de la France (Valence d’Agen, Nîmes, Hagetmau, St-Jean d’Angély, Albi, Périgueux, Oloron, Trélissac, Rochefort et maintenant Béziers). Sur son « camino », cet homme au grand cœur s’est attaché de fortes amitiés, notamment celles de Christophe DOMICI et d’Ugo MOLA…

Quant au cadet de la famille, Antoine, il a fait, bien évidemment, ses premiers pas dans les sillons de radis. Aujourd’hui, il est CTC (Conseiller Technique de Club) à la Ligue Régionale Nouvelle-Aquitaine de Rugby, dans le libournais, au profit du développement de la formation mise en place par la FFR. Le garçon a été baptisé au rugby de Bègles, de Bayonne et de Tyrosse … N’est-il pas le filleul de Patrick TRASSARD et de la fille de « Pèpe » DIZABO. Les TRASSARD sont une autre belle lignée de joueurs du C.A. Béglais et Pierre DIZABO a été béglais au début des années 1960. Il fut, pendant longtemps, le plus jeune capé (18 ans) du « XV de France » …

Seule, la jolie Maria a échappé à la destinée du rugby. Aujourd’hui, elle travaille dans grand cabinet parisien d’avocats spécialisés en droit international, plus particulièrement en droit européen.

Cette rue a été et restera le repère des BAGATE… Mais, ne perdez pas votre temps à des bagatelles, car, vous l’avez compris, il n’y a plus de BAGATE rue Albert THOMAS ! 💙🤍💙

  1. Les yeux fermés !

On descend encore la rue Albert Thomas et on arrive au n° 30 chez les DUBOS, chez Gérard et Nicole.

Gérard, un grand gaillard qui joua 3ème ligne dans la bande à BAUDORRE. Pour le reconnaître sur les photos, c’est simple, c’est le seul qui porte la moustache ! Il a connu l’ancien siège social du temps où il était joueur. Il a connu le phénomène du blason lumineux qui s’allumait, le dimanche soir en cas de victoire à l’extérieur… De quoi se friser les moustaches !  

Didier, le fils, a entretenu le mimétisme avec ses parents en conservant pendant longtemps la moustache de son père, ainsi que l’élégance de sa mère. Didier est né en 1959… comme moi ! Blond… comme moi ! Près d’1m80 au garrot… comme moi ! J’ai fait mes premiers pas au rugby avec lui en Minimes, puis en Cadets et Juniors… jusqu’au CFM d’Hourtin, comme beaucoup de joueurs du CAB-CABB-CABBG. Avec Didier, j’ai entretenu longtemps des relations amicales et j’ai vu grandir le petit Alexandre.

D’abord VRP pour un gros groupe allemand, il s’est reconverti dans un business plus local. En effet, ami de longue date d’Alban MOGA, ils ont su allier leurs compétences au sein d’une boite de négoce de vin (« AMD Vins ») : les yeux fermés ! Le fils cadet d’Alban, Arthur, les a rejoints, tandis que l’ainé, Achille, travaille dans un complexe hôtelier de l’autre côté du monde, toujours dans les vins & spiritueux.

Pour ceux qui suivent les matches de l’UBB à la télévision, Didier est souvent dans l’axe de la caméra, juste derrière le président MARTY 💙🤍💙

  1. « Politiquement correct » !

On continue sur la dernière ligne droite de la rue Albert Thomas, toujours côté pair, au n°26 exactement, chez Franck JOANDET. Les JOANDET, une grande lignée du rugby de Bègles… Robert et Franck : le père, le fils et le Saint-Damier !

Robert, la première fois que je l’ai vu, c’était pour acheter ma première paire de « crampons », dans son magasin de sports de la rue Gambetta (ndlr : j’en parle dans mon livre en cours de réalisation). Initialement, il s’y était improvisé quincaillier avant de se reconvertir dans les articles de sports… Le « Père Joandet », c’était déjà une figure de Bègles ! Arrivé de son Béarn au début des années 1950, il habitait, avec son épouse Marie-Aimée, sa bien-aimée, en face de « Musard », dans l’impasse Delphin Loche : tout un programme ! Robert s’était déjà illustré dans les années 1950 avec « l’équipe fanion ». On le reconnaissait notamment à sa genouillère blanche pour protéger son genou droit… Fougueux talonneur, arrivé de ses Pyrénées, il était toujours dans les bons coups ! Le béarnais avait le verbe gascon et maniait la rhétorique aussi bien que le ballon… Par la suite, il fut l’entraineur des avants des « Cadets A » du C.A. Béglais, pendant près de vingt ans, avec son comparse des trois-quarts, René PARREAU, toujours digne avec son costume-cravate et son imperméable impeccable… Ces deux-là ont vu défilé plusieurs générations de rugbymen en herbe, y compris le fiston Franck. Robert JOANDET n’a pas survécu à ma « Saga de l’été » : il s’en est allé, début septembre, rejoindre les palombes en haut des perches… Tous les Cadets du C.A. Béglais, ceux qu’il appelait affectueusement « couillons », ont pleuré à ses obsèques 💙🤍💙

Franck JOANDET est plus discret que son père : il n’a pas la même gouaille ! Autant Robert était toujours au front, autant Franck apparaissait comme un enfant surdoué… N’a-t-il pas fait partie de cette génération dorée de joueurs qui ont été Champions de France « Reichel ». Lors de la finale contre Graulhet, Franck fut un buteur infaillible par la concrétisation de trois pénalités et la transformation de l’essai de Philippe CHLEBOWSKY dont il fut à l’origine … Ces deux-là se sont retrouvés en Équipe de France Juniors… Souvent « surclassé », Franck est arrivé naturellement en équipe première des « Damiers » et notamment en tant que buteur. La charge de buteur est souvent ingrate car elle demande concentration et des entrainements solitaires… C’est souvent efficace, mais la main-courante populaire ne retient souvent que les échecs liés au vent, à la fatigue ou au jour sans…

Sa carrière de joueur terminée, Franck a poursuivi son amour de la pala dont il fut un jeune licencié ? avec son voisin de l’impasse Delphin Loche, le surnommé « Pépech »… Il a également repris ses cours à la Fac des Sports … Au cœur de la ville de Bègles, il s’est ensuite mêlé du quotidien des Béglais en devenant élu sur la liste des « Verts » puis adjoint au maire. C’est ainsi qu’il a connu l’inauguration de la nouvelle rue des « Frères Moga », le boulevard de la « Tortue », et la tirade de Gérard DEPARDIEU sur les velours de Noël MAMÈRE… En tant qu’adjoint aux sports, il a passé son temps à défendre le stade « Musard »… Normal, quand t’as grandi dans un jardin où pleuvait des ballons ovales ! 💙🤍💙

  1. Salut l’artiste !

Dans le bas de la rue Albert Thomas, mon frère, Philippe BONNEAU a élu domicile au n°16 et y a installé son premier cabinet dentaire. Quelques années plus tard, il déplaça son cabinet à côté de la pharmacie de maman, à Birambits. seul endroit d’où l’on peut repartir avec une couronne sans avoir eu la fève… Certains ont eu des crises de panique quand ils devaient aller entendre siffler la roulette dans leur bouche : Aaaaaahhh ! D’autres passaient par le soupirail pour éviter la salle d’attente : flipper et apéro garantis !

À l’été 1969, le rugby rimait avec C.A. Béglais… Arrivant du Berry, il était impensable de poursuivre l’expérience du R.A.C.C (Rugby Athlétique Club de Châteauroux) nulle part ailleurs que sous le maillot à damiers bleu et blanc ! Michel LABRIT et Nelson DUMONT le prirent sous leur coupe avec d’autres de sa génération (DULOU, BONNES, CLAUDE, CLERJEAU, JOUBERT, BALADE, DUBERNET, etc.)… Puis, ce fut le tour de duos d’entraineurs de DAVID-PERRIER, JOANDET-PARREAU, jusqu’à EYMERY-MELLIS, en passant par ÉLICHONDO-SALLENAVE… C’est avec ces deux derniers qu’il aurait dû être sacré champion de France « Reichel », perdant en demi-finale contre Mauléon alors qu’ils les avaient battus deux fois en phase de poule… C’est ça le planchot souletin ! L’armada béglaise était pourtant belle avec « Milo » CLÉMENTE et Pierre PÉDEUTOUR, sans oublier Richard BÉDERE, François DELBOS, Gérard FILET, François BOMPY, Bernard GENESTE, Serge DULOU, Guy DULAU ou encore Michel CLAUDE qui ont tous gouté, par la suite, à « l’équipe-fanion ».

Demi de mêlée, Philippe BONNEAU n’était pas réputé pour être un esthète avec ses chaussettes roulées en bas des chevilles et son dos vouté… Sa grande force résidait à ne rien lâcher et à cornaquer son paquet d’avants. En Seniors, il s’exila dans le Périgord Noir, au nom de l’amour… L’expérience tourna court et il revient vite du côté de Musard pour entrainait les « Juniors Crabos », avec son ami Michel BERTRAND. C’est d’ailleurs cette jeune génération qui l’a suivi du côté de Talence, dans le cloaque des séries régionales…

Moi-même, j’ai également suivi mon frère, d’abord à Bègles, puis à Talence. Entretemps, pendant mes années de fac, handicapé que j’étais par des blessures récurrentes au genou (ne dit-on pas « Canard boiteux » ?), je me suis consacré aux jeunes… J’ai d’abord été entraineur des « Cadets II » avec Loulou BIENSAN, puis des « Juniors III » avec Michel PAPIN et « Fonfon » MIRALES…

Pour être complet, on ne peut citer le nom des BONNEAU sans évoquer le père, dirigeant dans l’équipe des trésoriers du C.A. Béglais, avec Claude LABORDE, Jacques DORVAL et « Loulou » LOUBERIE…

Par la suite, Philippe BONNEAU est devenu P. BONO, nom d’artiste protéiforme, que ce soit la peinture, la sculpture ou la poésie… Ainsi, vous pouvez apercevoir deux de ses sculptures qui clôturent la rue Albert Thomas. Les feux tricolores furent remplacés par deux ronds-points au milieu desquels trônent le travail de l’artiste P. BONO : résurgence et résilience ! À défaut, P. BONO ouvre son jardin à Léognan, face aux vignes du chateau Carbonnieux 💙🤍💙

  1. « Barbe rousse »

Pour éviter les feux tricolores au bas de la rue Albert Thomas, je prenais usuellement à gauche la rue des « 3 BRITTMAN » pour rejoindre le quartier de Birambits en face du fleuriste…

Comme souvent à Bègles, la fratrie marche par trois ! À chaque génération, on en retrouve… N’y a-t-il pas eu les trois frères LOCHE (Louis, Delphin et André), puis les trois frères MOGA de la première génération (Alphonse, André et Alban) et la seconde (Michel, Alain et Alban), ou les trois frères GENESTE (Michel, Bernard et Marc), sans parler des trois frères RAPETOU ? Longtemps, je n’ai pas su qui étaient ces trois BRITTMAN ? Une nouvelle première ligne ? Une autre troisième ligne ? La récente plaque de rue précise qu’il s’agit de trois résistants (Bernard, Marthe et Léonce), vraisemblablement communistes, décédés en 1944, à la fin de la guerre… De circuler régulièrement par ce raccourci, c’était certainement un clin du destin, pour moi qui allais être juré dans un grand procès historique.

En tout cas, ladite voirie accueillait le fringant Michel TRAISSAC, champion de France 1969 dans un pack « épais comme une ficelle à rôti »… Arrivé en 1968, il prit la lourde succession de CARON ou des frères DENJEAN ! Louis-Michel de son vrai prénom, tout le monde le surnommait « Mitou ». Idéologue convaincu, son rugby était à l’image de ses idées ! Garçon au rugby très généreux, il aurait pu jouer trois quarts tant il aimait manier le ballon… Mais, il avait aussi le caractère conforme à la pigmentation de sa peau. De son titre de Champion de France, il en gardait toute l’humilité qui sied au rugby. Ainsi, il a également trainé ses crampons avec les équipes « Réserve »…

Il a un temps suivi le rugby des jeunes pousses béglaises, notamment les Juniors, au début de l’ère du CABB, Christian DURIN et Pierrot NOGUES… Puis, il s’est retiré peu à peu du rugby local pour se consacrer à son activité de médecin spécialiste en rééducation, tout comme son épouse Danielle l’était à la médecine du travail. 💙🤍💙

  1. Du grain à moudre  

Nous voilà arrivés dans le quartier Birambits, le fief de Simone ROSSIGNOL, maire de Bègles, qui m’a fait sauter sur ses genoux quand j’étais tout petit, lors de ses visites dans la pharmacie de ma mère… La pharmacie BONNEAU était spécialisée, un temps donné, dans la fourniture, pour le C.A. Béglais, en élatosplast, vaseline, dolpic, algipan et huile camphrée, tous ces accessoires préparatoires, à côté de « l’éponge-magique » ou « éponge-miracle », seul remède connu aux maux du rugby…  

 J’ai le souvenir assez prégnant de cette éponge aux vertus miraculeuses. Elle baignait souvent au fond d’un seau le long du terrain … Bien large, comme une grosse gaufre, certainement pour soigner les conséquences de celles qui nécessitaient son intervention. Un simple coup d’éponge et hop, le grand blessé repartait au combat comme de rien… Et c’est pour ça qu’elle était magique cette éponge : elle soignait tout ! On l’a qualifiée de « miracle », tellement le prodige tenait du phénomène. Telle une prière : « éponge magique, délivrez-nous du mal ! ». Une fois le match terminé, l’éponge repartait banalement, sécher pendant huit jours, dans les boites à pharmacie… Ces boites traînaient au bord du terrain. En bois, de forme cubique, recouvertes d’une poignée en fer et de deux fermoirs en façade, elles étaient souvent utilisées comme strapontin. À l’intérieur deux compartiments superposés contenaient tout un bric-à-brac improbable…

À côté de l’apothicaire de Birambits, vivait la famille BERTRAND, les « grainetiers » pour bétail dont l’établissement trônait au cœur du quartier. Pendant longtemps, on était dans un îlot ouvrier et les odeurs émanant de la fabrique familiale (« BERTRAND, père et frères ») n’étaient guère plus gênantes que les parfums de morue des sécheries béglaises ou les relents de la « CENPA » à Tartifume… Comme pour ces derniers vestiges d’un passé industriel révolu de la commune ouvrière, les enjeux environnementaux se sont effacés face aux desiderata écologiques et au confort des concitoyens. Pointée du doigt, l’entreprise BERTRAND s’est spécialisée dans l’alimentation équine, mais a été obligé de déménager loin de la cité verte.

Michel BERTRAND fut un pur enfant de Bègles. Il partait seul, depuis chez lui, et il « ramassait », un par un, les rugbymen de Birambits (les BROCA, FERRASSE, JEAN-JEAN, CHAINTRIER, HOURCADE, DULAU, etc.)… Comme le CID, il partit seul, mais par un prompt renfort, ils se vit quinze à bon port. Quinze à Musard : ils pouvaient jouer ! Michel fut un « seconde ligne » formé au joug du C.A. Béglais, attelé aux tâches les plus humbles comme les plus ingrates, dues à sa stature. Minime, Cadet, Junior, il connut aussi le statut d’équipier premier…

Par la suite, il fut entraineur des Juniors Crabos avec mon frère et Jean-Claude FORSANS (alias « Midi Olympique » ou « La Petite Gironde ») et éduqua toute une génération d’adolescents en damiers bleu et blanc. Grand par la taille mais aussi grand cœur, il fut un super entraîneur, à la mode « Guy Roux »… Les veilles de match, il faisait ses rondes dans les établissements de Bordeaux pour débusquer les « bringeurs », lesquels avaient leur « Sœur Anne » en la personne de « Mamie », grande prestesse de l’Aquitania, qui les prévenait au micro : « Attention, les Petits, voilà Michel ! »… Drôle d’éducation que fut celle-ci ! Ici, pas de grands philosophes, mais de grands principes qui se limitent à posséder tout un bagage rugbystique et à apprendre à aimer un club…

Aujourd’hui, Michel profite de sa retraite et fréquente les « Musardingues »… Cette histoire, quand même, c’est dingue, non ? 💙🤍💙

  1. L’école buissonnière

Dernier épisode de la saga de l’été 2023… Pour rejoindre Musard, il me faut emprunter la passerelle piétons et vélos qui enjambe la voie ferrée. Pour cela, je passe devant l’école Ferdinand Buisson, rue Ferdinand Buisson. Original, non ? Ferdinand Buisson, qui c’est celui-là ? En fait F. Buisson, c’est un « inconnu célèbre », redevenu sur le devant de la scène suite à l’assassinat de Samuel PATY… En effet, il est cofondateur, en 1898, de la Ligue des droits de l’Homme qu’il préside de 1914 à 1926 et, en 1927, on lui attribue le prix Nobel de la paix : rien que ça ! Mais, il est surtout connu pour être le fondateur d’un enseignement laïque ! Dans l’ombre de Jules Ferry ou Jean Jaurès, il préside, en 1905, la commission parlementaire chargée de mettre en œuvre la loi de séparation des Églises et de l’État. Hussard de la République, il est connu pour son combat en faveur de « l’école sans Dieu » ! Je n’avais pas prévu que mon dernier épisode tomberait au milieu de la polémique des « torchons et des serviettes » religieux… « Alea jacta est ! »

À cette époque, la Directrice de l’école primaire est Madame DULAU et maman de Charles, Guy et Bruno. Le plus petit des trois, Guy, eut un parcours rugbystique plus complet que ses deux frères. Charles l’a un peu pratiqué avant de se consacrer à ses études de « chir’dents ». Quant à Bruno, je l’ai côtoyé jusqu’en Cadets… Après, il s’est exilé loin de la ville et des autos qui fument. Guy ou « Guitou », fut un trois-quatre centre vif ardent, compensant sa petite taille par une agilité et une vivacité à nulles autres pareilles. D’un bon sens « rural » et d’une franchise déconcertante, il était toujours prêt à rendre service. Est-ce pour cela qu’il a adopté la profession de médecin de famille ? Sûrement ! Il resta proche du milieu du rugby, notamment en se rapprochant de la famille GENESTE. Mais épouse et beaux-frères ne l’ont pas jamais écarté de ses amours : chasse, pêche et nature… Normal, quand on sait que l’étymologie de Guy signifie « bois ou forêt »… En fait, c’était ça l’école buissonnière des DULAU du Lot !

En face de l’école, il y avait à l’époque les hangars de l’usine RENAULAC dont le seul charme était qu’elle abritait une collection remarquable de tacots et vieilles voitures de son directeur. J’ai eu ce privilège de la toucher de mes propres yeux !

Et ben c’est formidable les copains,

J’vous ai tout dit, on s’sert la main

J’peux pas mettre quarante ans de ma vie sur table

Comme on étale ses lettres au Scrabble

Dans la vitrine je vois l’reflet de vieux rugbymen derrière moi

S’ils partent vers la passerelle, je les suivrai…

S’ils partent à droite, attendez-moi …

Attendez-moi, attendez-moi, attendez-moiiiiiiiii !

JYB /K’nar 💙🤍💙

Coeur à Damiers : Jean-Pierre RUAUD

Salut les Damiers 💙🤍 !

Ça fait un petit moment que j’ai envie de mettre à l’honneur un membre du groupe « Cœur à Damiers » : Jean-Pierre RUAUD ! Il fut tour à tour Champion de France 1969, entraineur de l’équipe 1ère, manager, et supporter inconditionnel des Damiers… Pour ma part, je l’ai rencontré quand je jouais à l’U.S. Talençaise avec son fils Jean-Luc…

1969, c’était pour lui, le temps des copains ! Les Béglais étaient passés par le Bouclier de Brennus, au nez et à la barbe des Toulousains… Comme le mascaret, il fallait surfer dessus pour s’amuser encore. Des mecs comme TRILLO, CRAMPAGNE, GESTA-LAVIT, MORLAÈS, ou MALTERRE formaient une ligne d’attaque talentueuse et tous sont devenus des internationaux A ou B…

Seul RUAUD détonnait : c’était un ailier plus puncheur que véloce, un attaquant de poids et de percussion, comme on disait à l’époque… Arrivé sur BORDEAUX, il s’intégra dans cette ligne d’attaque alors que l’ombre du regretté Jean-Michel CAPENDÉGUY restait encore prégnante.

Pas de sélection pour lui (sauf en Juniors et en   3ème ligne), mais un palmarès déjà bien fourni. Remis d’une fracture du pied, il devient donc Champion de FRANCE en 1969… Un titre de plus, le cinquième, puisqu’il avait connu cet honneur avec les Juniors du Racing, en 1958 et 1959, et encore l’année suivante avec les « Crabos » du C.A. PÉRIGUEUX. Un dernier titre en « Universitaires » avec le XV de l’École Nationale des Métiers de l’EF/GDF de GURCY, en avril 1965 à TOURS.

En confiance, lors de la saison suivant le titre, il devient le meilleur marqueur du championnat avec 25 essais dont 7 inscrits en un seul match, à CARMAUX, au pays de Jean JAURÈS… Deux records peu communs dont je ne sais s’ils tiennent encore à ce jour…

Peut-être son jumeau de frère l’a-t-il égalé ?

le 06 décembre 2022 – JYB /K’nar 💙🤍

Coeur à Damier : Jacques CRAMPAGNE

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Jacky CRAMPAGNE (1 sélection)

Enfin, le dernier de la classe ! Pour l’ultime poste de ce XV des internationaux béglais, je pouvais vous parler de Marc SALLEFRANQUE (4 sélections), le toréro dacquois, international bien avant son titre de champions de France en 1991 avec le CABBG, ou de Jean-Marc SOUVERBIE, le béarnais qui a marqué un essai lors de son unique sélection…

Mais, je suis certain que Jacky CRAMPAGNE aurait fait l’unanimité dans le cœur des béglais à damiers (1 sélection – carte d’international n° 573).

Jacky CRAMPAGNE savait tout faire ! Ainsi, il a obtenu une solide réputation d’être un « bon arrière ». Bon défenseur, il a toujours rempli sa mission d’ultime rempart. Toujours impeccable et très sûr dessous les ballons montés en « up and under » vicieux ou en « chandelles » des plus sournoises, il captait le ballon comme un don du ciel…. Toujours avec cette élégance naturelle, il apprit à faire le geste juste dans le temps juste, mais aussi à attaquer de la manière la plus généreuse et relancer depuis son en-but… À la fois l’eau et le feu ! Parce qu’un arrière, digne de ce nom, se doit d’avoir un bon jeu au pied, il fut également un buteur et scoreur hors pair. Buteur avec la pointe du pied, il avait une très grande régularité, de près comme à longue portée, qui avait largement contribué aux parcours jusqu’aux deux finales du Championnat de France auxquelles il a participé. Pourtant, il avait failli lors de la finale de 1967 à Bordeaux… Il sut se concentrer, deux ans plus tard, pour ne pas connaître pareille mésaventure et ainsi soulever le Bouclier de Brennus.

Déjà, lors de ses jeunes années, Jacques CRAMPAGNE avait appris à ne pas être le dernier de la classe ! Il était une fois, dans la ville de Foix… En effet, en 1961, il fut le lauréat du concours du jeune joueur, au sein de l’U.S. Fuxéenne. Adulte, il mute au C.A. Béglais, pour ses études au CREPS de Talence : il deviendra prof. d’EPS au lycée agricole de Blanquefort. Est-ce là qu’il a rencontré sa future épouse, elle-même professeur dans le même établissement scolaire ? En tout cas, la belle orthézienne ne resta pas insensible à son élégance.

Il connut également l’honneur de la sélection en Équipe de France, au poste d’ailier, lors d’une tournée en Afrique du Sud, en 1967. Jean TRILLO était également là,  comme novice sous la tunique tricolore. C’était lors du quatrième et dernier test-match (06-06) de la tournée, au Cap. C’était au bout du monde, tout en bas de l’Afrique. C’était aussi la fin d’une époque puisque ce fut le dernier contact au pays des « Springboks », avant leur mise à l’écart de la scène internationale durant de nombreuses années, pour cause d’apartheid. Il fallut toute la diplomatie des Présidents de la fédération sud-africaine et de la F.F.R., respectivement Denis CRAVEN et Albert FERRASSE, pour faire réadmettre ce rugby du bout d’Afrique, dans le monde ovale.

L’arrière traine tout seul au fond du terrain ! Non pas qu’il soit asocial, mais, il faut reconnaître que Jacky CRAMPAGNE aimait s’isoler dans la montagne, à la pêche comme à la chasse : c’était un épicurien de la nature ! Il ne sert à rien à l’homme de gagner la lune s’il vient à perdre la terre (François Mauriac). Amoureux de la nature, je l’image aisément, dans la montagne pyrénéenne, au bord d’un lac ou d’une rivière, du côté de Bagnères ou d’Oloron, à jouir calmement du silence des grands espaces, croiser Milo » CLÉMENTE, et partager avec lui un bon vin et un fromage de brebis au bout de son opinel, en attendant qu’un isard les salue d’un saut agile… Faisans, palombes, perdrix, truites et champignons ont fleuri son tableau de marque, comme il a enquillé drops et pénalités.

Arrivé en 1967, il finit sa carrière en 1976 : vous prenez les mêmes chiffres et vous les inversez… Après sa carrière de joueur, il resta dans le milieu du rugby. Il fut entraineur du C.A. Béglais, avec « Zaza » PÉDEMAY au début des années 1980, pendant trois saisons… Deux amoureux de la nature, au langage différent : l’eau et le feu réunis ! Pédagogue dans l’âme, ses méthodes d’entrainement étaient plus modernes avec des travaux sur les axes de course, et des piquets pour mieux maitriser les courses folles. Il fit également entraineur de l’Équipe de France Universitaire.

Aujourd’hui, il coule des jours heureux dans un coin de la banlieue bordelaise, à l’ombre des perches qu’il a tant de fois transpercées…

JYB /K’nar 💙🤍 (merci à Franck JOANDET et Bernard JUNCA pour leur contribution)

Coeur à Damiers : Jean-Michel CAPENDEGUY

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Jean-Michel CAPENDÉGUY (2 sélections)

Pour le trois-quarts ailier droit, j’avais l’embarras du choix entre trois très rapides ailiers… Le plus notoire fut sans doute Philippe BERNAT-SALLES, l’isard des Pyrénées, avec ses 41 sélections. Le Palois est rentré dans l’histoire pour avoir signé le premier grand chelem… des essais dans le « Tournoi des VI Nations ». Véritable finisseur, il filait comme le vent et fêtait chacun de ses essais avec les doigts écartés en forme du V de la victoire…  Autre ailier rapide, Roger LACAUSSADE (2 sélections en 1948) fut beaucoup moins connu, mais certainement le plus rapide (10’’9 aux 100 m)… C’était le temps où les ailiers n’étaient pas plus gros que les piliers !

Cependant, le destin tragique de Jean-Michel CAPENDÉGUY en a fait une légende à la fois triste et belle (2 sélections – carte d’international n° 342). « Jean-Michel CAPENDÉGUY se tue tout près de Laboueyre » ! Ainsi, titrait le journal « Sud-Ouest », le vendredi 5 janvier 1968, à la veille de l’épiphanie. En ce dernier jour des vacances scolaires, la circulation automobile était dense sur la route nationale 10. Jean-Michel CAPENDÉGUY remontait vers Bègles, pour participer à l’entrainement du jeudi soir. L’autre victime de l’accident, un médecin pessacais, parti au Pays Basque pour un séminaire et roulant en sens inverse, est décédé sur le coup… Pourtant, la route était droite à cet endroit. Le choc aurait été d’une rare violence : les deux voitures se seraient heurtées de plein fouet. Jean-Michel CAPENDÉGUY, grièvement atteint, a été désincarcéré de sa BMW. Il fut orienté vers l’antenne hospitalière de Belin-Beliet. Sans connaissance et les deux jambes fracturées, il fut transféré vers Bordeaux, mais il est décédé dans l’ambulance qui le transportait à l’hôpital Pellegrin. Les gendarmes, découvrant un maillot à damiers et une paire de crampons dans les débris de la voiture accidentée, ainsi qu’une convocation en Équipe de France pour jouer en Écosse, et ne sachant pas si le véhicule avait été dérobé, demandèrent aux entraineurs du C.A. Béglais (Pierrot MARRENS et Jacky JAMEAU) de reconnaitre le corps à la morgue…

Le monde du rugby venait, de nouveau, d’être en deuil. En effet, la veille, on rendait un ultime hommage à Guy BONIFACE dans le petit village de Montfort-en-Chalosse… Le sort semblait s’acharnait sur les attaquants du XV de France. Jean-Michel CAPENDÉGUY, tout comme le montois, esthètes du rugby, sont morts au volant de leur bolide sur les routes des Landes… des James DEAN du rugby ! À l’ombre des géants de la pinède, la série noire continuait dans ces landes si cruelles.

Le début de l’année 1968 venait d’être dramatique pour le rugby français avec la mort de Guy BONIFACE, suivie par celle de l’ailier béglais. « Cela nous a un peu traumatisé, confia Walter SPANGHÉRO, parce qu’on ne perd pas comme ça des joueurs avec qui on pratique le rugby depuis des années et qui sont plus que de simples joueurs, c’étaient des amis, des garçons extrêmement chaleureux ». Ce fut donc en deuil que l’Équipe de France se rendit à Édimbourg, en ouverture du Tournoi 1968. Le 13 janvier 1968, les Tricolores portent un crêpe noir sur le bras gauche, tout près du cœur, en hommage à leurs copains disparus notamment Jean-Michel CAPENDÉGUY qui aurait dû être du voyage à Murrayfield. Le XV de France emportait, sans convaincre, ce qui sera la première levée du Grand Chelem… Cela les a-t-il galvanisés à faire le Grand Chelem ? Nul ne le saura !

Natif de Ciboure, Jean-Michel CAPENDÉGUY fut formé au S.J.J.O, le grand club voisin. Il sentait le jeu. Il appelait toujours le ballon et cherchait sans cesse l’occasion de se lancer à l’assaut. Il avait le rugby dans le sang et, très vite, il devint international junior. Parti faire son service militaire à Toulon, dans la marine, il signa une licence au R.C. Toulon. Les sélectionneurs n’ont pas tardé à repérer cet élégant ailier, souple et rapide, et l’avaient déjà aligné avec « France B » contre l’Allemagne à Hambourg, puis au sein d’une sélection régionale lors de la tournée des Néo-Zélandais, à l’automne 1967. L’essai fut concluant et il connut sa première sélection, lors du test match du 25 novembre, à Colombes. Le XV de France reçu une terrible leçon des « All Blacks » (15-21). Quinze jours plus tard, il connut la dure bataille contre des Roumains, le 10 décembre 1967, qui furent coriaces à vaincre (12-03) dans la boue de Nantes : son superbe plongeon contribua à la victoire française ! Pour ces deux matches, son ami Jean TRILLO était du voyage…

Jean-Michel CAPENDÉGUY débarqua de Toulon où il se morfondait à l’aile des « rouge et noir » qui jouaient plus au rugby à dix qu’à quinze. Profitant d’une mutation de professeur d’éducation physique et sportive au lycée agricole de Blanquefort pour arriver à Bègles dans l’espoir de bénéficier du jeu à la main que proposaient les jeunes béglais… Le sourire revenait chez cet attachant puncheur que ce soit à l’aile ou au centre de la ligne d’attaque béglaise. Le groupe l’avait adopté naturellement et lui s’y était fondu tout aussi facilement. Il venait d’offrir à sa mère ses maillots de l’Équipe de France, en guise de cadeau de Noël et un prochain mariage était envisagé aux beaux jours… … La vie promettait tant !

En route vers l’entrainement dans les projecteurs de Musard, il a suivi le mauvais rebond du rugby… La dame à la faux l’a emporté : il avait à peine 24 ans !

JYB /K’nar 💙🤍 (le 18 septembre 2022)

Coeur à Damiers : Robert GENESTE

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Robert GENESTE (2 sélections)

Pour ce second poste de trois-quarts centre, Pierre DIZABO, le landais de Tyrosse, aurait pu être évoqué (13 sélections), mais quand il arriva à Bègles, en 1960, « Pèpe » avait fini sa carrière internationale qui a connu entre sa onzième et sa douzième sélection, une interruption de dix ans (un record) expliquée par une maladie… Évoquer Robert GENESTE (2 sélections – carte d’international n° 342), c’est évoquer aussi la famille GENESTE, des vrai « cabistes » !  

« Docteur Miracle », un prêtre commença à le surnommer ainsi… Mais, il a vite refusé ce qualificatif, non seulement par humilité, mais aussi par objectivité. Le Dr. GENESTE portait sur le rugby un regard lucide, mais néanmoins amoureux des rebonds de ce ballon pas comme les autres… Le rugby a été le compagnon de toute son existence !

Ce sont ses études de médecine qui l’amenèrent à Bordeaux. Après avoir débuté à Angoulême, il débarque dans la capitale d’Aquitaine pour sa première année de médecine. Comme tout bon étudiant, il s’inscrivit au B.E.C., puis les MOGA et autre CHABAN-DELMAS le ramenèrent au C.A. Béglais… On se souvient de lui comme un trois-quarts centre puncheur, décidé et entreprenant, avec de grosses qualités de défenseur désintégrant. On parle alors de « centre-dynamite ». Sous les couleurs de ces deux derniers clubs, il fut honoré d’une sélection avec le XV de France : la première, en 1945, contre l’ARMY RUGBY UNION (21-9) et la seconde sélection, en 1949, pour une victoire en Argentine (12-03). À chaque fois, il portait le numéro 14 dans le dos, et « Bambi » calait la mêlée avec Robert SORO. 

De son passé de rugbyman, c’est tout naturellement qu’il s’orienta vers la chirurgie traumatologique du sport. Robert GENESTE sortit major du concours d’internat en 1943 et entra dans une carrière chirurgicale[jy1] . Il est ensuite devenu un Professeur émérite et un praticien renommé. D’illustres joueurs internationaux (notamment Pierre ALBALADÉJO, Jean BARTHE, Roger MARTINE, Jacques MONCLA, Jean PRAT ou Marcel PUJET) et d’autres joueurs plus ou moins connus dans d’autres disciplines sportives… Son ancien partenaire, Jacques CHABAN-DELMAS, alors Premier Ministre, lui confia ses deux genoux. De même, il s’est occupé des deux ménisques de mon genou droit, à mes 15 ans ! C’est ainsi que j’ai rencontré le médecin du XV de France, le Dr. Jean PENE, ami de Robert GENESTE. Il m’avait remis un autographe de Jean-Pierre ROMEU pour m’encourager dans ma convalescence…

Avec son épouse Dorcas (infirmière de l’hôpital protestant de Bagatelle), il fonda une famille nombreuse de huit enfants, cinq filles et trois fils, tous influencés par le médical et le rugby : Florence (médecin scolaire), Martine (ophtalmologiste), Michel (kinésithérapeute), Nicole (infirmière), Bernard (dentiste), Maryse (dentiste), Marc (chirurgien) et Catherine (médecin).

Les frères GENESTE (Michel, Bernard, Marc) ont pratiqué le rugby au C.A. Béglais dans les années 1970-1980… Je les ai tous connus ! Les trois frères ont commencé par l’école de rugby et ont gravi les échelons des différentes catégories en étant souvent surclassés pour finir avec « l’équipe-fanion ». On les retrouve sur les photos de l’équipe-fanion, dès 1978… Michel l’aîné, numéro 6, grand et sec, qui a été invité, pour le centenaire du Pays de Galles, par les « Barbarians Britanniques » contre la Nouvelle-Zélande à Bayonne (18-28) avec le short et les chaussettes du C.A. Béglais. Il flirta avec le XV de France en ayant une sélection en « A’ » contre la Russie. Sa carrière s’est terminée sans la reconnaissance du XV de France… une anomalie !  Le deuxième de la trilogie, Bernard, était mi-avant (troisième ligne) ou mi-arrière (trois-quatre centre), comme un trait d’union entre ses deux frères. Champion de France Juniors-Reichel en 1977, sa spécialité tenait dans un placage qui a « dessoudé » plus d’une épaule adverse… Enfin, Marc, fut Champion de France avec le n°15 floqué dans le dos. Il connut quelques sélections en Équipe de France scolaires et universitaires…

Les trois garçons sont en fait une synthèse du père : l’ainé fut invité des « Barbarians » comme Robert fut sélectionné contre l’ARMY RUGBY UNION en 1945 ; Bernard fut un solide trois-quatre centre et redoutable défenseur comme son père ; et Marc, également chirurgien spécialisé dans la traumatologie, fut pareillement sacré Champion de France… Clin d’œil du destin, une de ses filles, Maryse, est sortie du lot et s’est marié avec un médecin-rugbyman de… Bègles !

JYB /K’nar 💙🤍 (le 15 septembre 2022)


Coeur à Damiers : Jean TRILLO

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Jean TRILLO (29 sélections)

À ce poste de trois-quarts centre, le plus célèbre des Béglais fut incontestablement Jean TRILLO (29 sélections – carte d’international n° 571). Certes, Richard DOURTHE a comptabilisé 31 sélections, mais elles avaient été obtenues avant même son arrivée dans l’effectif du CABBG (2002-2003)…

Ce numéro treize, il a bercé toute mon enfance à tel point d’en rêver et de vouloir porter ce chiffre dans le dos… Il est encore dans toutes les mémoires des amoureux du rugby et du « French Flair ». Je revois encore ce n°13 à damiers chiper le ballon sous le nez de Jean-Louis BÉROT lors de la finale de 1969 ! Alors qu’il porte, par superstition, le numéro 13 en club (à Condom comme à Bègles), sous le maillot frappé du Coq, c’est le numéro 12 qui lui est affecté… Par la suite, par amitié pour son copain Jo MASO, il délaissa le n°12 pour récupérer son numéro fétiche et l’incite à le conserver… par superstition !.

Formé à l’école du S.A. CONDOM (dont son père était le Vice-Président), Jean TRILLO monte à Bordeaux pour y faire ses études de professorat d’éducation physique et sportive au CREPS de Talence. Pierrot MARRENS qui œuvre dans le coin, le prend sous son aile et lui tient des conversations rugbystiques « décortiquées », telles que Jeannot les aime… Il signa alors au C.A. Béglais et fit son service à la B.A. 106 de Mérignac, grâce aux frères MOGA. En trois ans, il joue deux finales du Championnat de France et il intègre le XV de France tout de suite après la première, en 1967, avec son compère Jacky CRAMPAGNE, aux confins du monde, en Afrique du Sud (cf. infra.)… Première sélection et premier essai avec la victoire en prime !

Longtemps, il est resté le plus « capé » de nos Béglais ! « Et encore, j’en ai refusé quelque unes, parce qu’il n’y avait pas mon copain (ndlr : Jo MASO) » m’avait confié l’intéressé… 29 sélections au compteur dont une en tant que Capitaine du XV de France, en Afrique du Sud… Parti comme Vice-Capitaine, il honora son unique capitanat par un essai sur le terrain pelé de Bloemfontein. Au final, il totalisera six essais à son actif ! Il fit partie de l’aventure du premier « Grand Chelem » français en 1968, notamment lors des premières rencontres contre l’Écosse, puis l’Irlande…

Gascon de naissance, il devient le « D’ARTAGNAN » de l’attaque française, virtuose de l’offensive, orfèvre de l’attaque, mais aussi redoutable défenseur. Antoine BLONDIN avait ce mot délicieux à ce sujet : « TRILLO plaquait pour trois… Normal, sinon il ne se serait pas appelé trio ! ». Six ans durant, il fut associé à son copain, Jo MASO… Pas toujours, mais souvent ! Le « French Flair » s’installe entre eux deux. Jo MASO et Jean TRILLO ont eu cette envie intime d’avoir un frère, comme les BONIFACE. Jo MASO disait de son association avec Jean TRILLO : « quand Jeannot partait, la passe partait : avec lui, j’avais trouvé un partenaire idéal »… Jo l’esthète avec son frère de cœur, Jeannot, ouvert aux idées nouvelles et sensible au beau jeu. Plus que de fraternité, on parlait d’affinités qui ne se concrétisaient que lors des retrouvailles en Équipe de France, parce que les attaques étaient toujours belles et réussies. Passionné, cérébral, consciencieux et obsédé de détails, il est devenu, petit à petit, un maitre du beau jeu, mêlant esprit et panache… Encore des ambassadeurs du « French Flair » ! Les paires MASO-TRILLO et DOURTHE-LUX ont longtemps été opposée dans les journaux… Jean-Pierre LUX formait une paire redoutable avec Claude DOURTHE au sein de l’U.S. DAX. Comme quelques autres Dacquois, ils avaient bénéficié d’une certaine filière pour intégrer l’école dentaire de BORDEAUX. Jean TRILLO les a souvent affrontés en « Universitaires ». DOURTHE, LUX, MASO et TRILLO ont été réunis sous le maillot tricolore pour une victoire, en juin 1972, aux confins du monde, à Brisbane en AUSTRALIE contre les « Wallabies » (14-15) : l’expérience ne fut plus renouvelée… Parce qu’il fut décrié par les « Gros Pardessus » de la F.F.R. (décrété « trop beau … avec des allures de pédé avec son short étroit et ses cheveux longs » selon Guy BASQUET) Jo MASO fut écarté au profit de Claude DOURTHE, plus réaliste. Aussi, faute d’être associé à son pote de l’attaque, Jean TRILLO disparut des tablettes des sélectionneurs après une défaite en 1973 en ANGLETERRE, dans le « Temple » du rugby. Néanmoins, ce prince de l’attaque eut le plaisir de jouer son dernier match au Parc des… Princes !

Côté club, il accepta d’être joueur-entraineur : ce fut un échec ! L’idée lui traversa l’esprit de rejoindre son ami Jo MASO à NARBONNE… Finalement, il partit simplement faire une escapade mérignacaise, au S.A.M, qui venait d’accéder à l’élite du rugby français. Cette mutation dans l’autre banlieue bordelaise fut source de nombreuses polémiques, voire « médisances ». Inséparables sur le terrain international, Jo et Jeannot sont restés liés étroitement dans la vie. Jo MASO venait à peine de refuser d’être co-entraîneur de l’Équipe de FRANCE que Jeannot accepta. Peut-être en voulant « tordre le cou » au reproche qu’on lui faisait de ne pas s’être imposé comme un leader au sein du XV de France, il revient proposer ses idées du beau jeu, en tant que co-entraineur avec Daniel DUBROCA en 1991, en pleine crise fédérale. A l’époque, on sort de l’ère du « P’tit Caporal », Jacques FOUROUX, et l’Équipe de France n’a plus de titres depuis 5 ans, malgré des talents indéniables… Perfectionniste dans l’âme, à la recherche du mieux rugbystique, il communique sa foi à la jeune génération des CAMBÉRABÉRO, LAFOND, SELLA, MESNEL, LAGISQUET ou BLANCO… Ce souci de réflexion, Jean TRILLO le cultive depuis toujours, une sorte d’inquiétude permanente sur l’évolution du rugby, sur les secrets de l’attaque, sur les hommes et le jeu qu’ils proposent. Il privilégie une harmonie et dose ses mots, choisit des termes a priori énigmatiques, voire impénétrables, sauf pour les « Seigneurs » de l’attaque. Le discours est salutaire et les joueurs s’y sont complus dans un excellent état d’esprit… Le « Grand Chelem » était au bout de l’aventure, à TWICKENHAM, pour le centenaire du « Temple ». On sait le sort qui fut réservé à BLANCO, par les Anglais, pour sa dernière dans le Tournoi. Les Anglais ont tiré les premiers et remporté le « Grand Chelem » ; les Français ont eu l’honneur et le panache en consolation avec un essai de légende : le « Try of the Century ». Le philosophe du rugby avait trouvé ses disciples ! Sous l’ère TRILLO/DUBROCA, les Français finissent meilleurs marqueurs du « Tournoi » avec 11 réalisations pour n’en encaisser que deux, devançant toutes les autres nations y compris les « Chelmar d’Anglais ». Jean TRILLO, en compagnie de Daniel DUBROCA, mena les bleus jusqu’en 1/4 de finale de la coupe du monde 1991, malgré une ambiancé délétère dans la coulisse…

Certainement pour rendre modestement au club ce qu’il lui avait apporté, il s’occupa, à différents niveaux, des équipes du club pour partager notamment sa joie de jouer. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de le voir s’occuper des Minimes de l’école de rugby du C.A.B… Jean TRILLO fut mon premier entraineur à l’école de rugby de C.A. Béglais, avec un autre célèbre international du club, Christian SWIERCZINSKI, plus connu sous le patronyme de « Tarzan ». Une paire d’internationaux pour occuper mes mercredi après-midi… Le rugby devenait désormais pour moi une formidable récréation : je devrais un jour lui rendre, moi aussi et plus modestement, ce qu’il venait de m’offrir. À l’aube de la saison 1984-1985, à l’appel du « Grand » MOGA, il revient au C.A. Béglais (devenu entre-temps C.A.B.B.) auquel il resta profondément attaché.

Perpétuel anxieux, éternel insatisfait, pour lui ce qui est trop simple n’a pas d’attrait ! Ses messages n’ont pas été toujours bien compris… Bref, sa carrière d’entraineur ne lui valut pas que des satisfactions. Néanmoins, il méritait l’honneur de la Nation et on pouvait lui donner la Légion d’Honneur qu’il reçut, un soir de 2014, des mains d’André BONIFACE, celui-là même à qui il voulait tant ressembler… Seul Jo MASO manquait à la fête !

Ses deux fils pratiquèrent également le rugby sans pâtir d’être les « fils de… ». Eux aussi revêtir le maillot à damiers et le petit dernier, François, connu comme son père la joie d’être Champion de France en 1991… Aujourd’hui, il est à la tête d’une association floiracaise, « Sport & Emploi », visant à faciliter l’intégration des provinciaux débarquant dans une mégapole, comme lui le fut en arrivant de CONDOM : peut-être son plus bel essai ! Le S.A. CONDOM lui rendit hommage en dénommant son stade, Jean TRILLO pour le replacer dans la ligne d’attaque.

JYB /K’nar 💙🤍 (le 09 septembre 2022)

Coeur à Damiers : Jacques CHABAN-DELMAS

Salut les Damiers 💙🤍 !

Saga des internationaux du CAB : Jacques CHABAN-DELMAS (1 sélection)

À ce poste d’ailier gauche, j’aurais pu vous parler de Patrice LAGISQUET, le félin du Bassin, ou de William TECHOUEYRES, la fine lame d’Arguin. Mais le premier eut une belle carrière internationale (46 capes) qu’après deux saisons à Bègles (dont une en Juniors), et le second ne revêtit la tunique tricolore (3 sélections), qu’une fois migré au SBUC, pendant le tournoi 1994 puis durant la Coupe du Monde 1995, en Afrique du Sud, où il joua les coiffeurs… L’histoire de CHABAN (carte d’international n°355) est un peu celle de l’évolution du C.A. Béglais…  

En 1944, il est, à 29 ans, le plus jeune général de l’armée française depuis le Premier Empire. Doté de talents multiples, Jacques CHABAN-DELMAS fut un rugbyman fin et intelligent. Il se vantait de courir les cent mètres en onze secondes. On disait qu’il savait se défaire du ballon avant d’être plaqué. Il affectionnait le coup de pied de recentrage (ndlr : déjà !), très utilisé en ces temps héroïques. À ses débuts, il portait régulièrement le béret, très à la mode… Hélas, il n’y a pas de photo de cette époque !

Le célèbre trois-quarts aile du C.A.S.G, puis du C.A. Béglais, honora sa seule et unique sélection, à Richemond (sur le pré du futur Twickenham) en 1945 contre l’équipe de l’Empire Britannique (06-27). C’était le premier déplacement du XV de France après la Libération. Les Bayonnais André ALVAREZ (le père d’Aline et Peyo) et Jean DAUGER, Jean PRAT (« Mr. Rugby ») et Robert SORO (« le Lion de Swansea ») accompagnaient le « Général » en Angleterre. Bien évidemment, Bambi MOGA et son frère André étaient de la partie… Des célèbres dirigeants étaient également du voyage : Adolphe JAURÉGUY et René CRABOS. Bien évidemment, Bambi MOGA et son frère André étaient de la partie…

On connaît la grande amitié qui le lia à la famille MOGA, ses frères des Capucins, notamment pendant l’Occupation et au sein de la Résistance. On le sait aujourd’hui, il continua à jouer au C.A. Béglais en étant déjà député-maire de Bordeaux. À cette époque, le C.A. Béglais pouvait se targuer d’avoir deux ailiers qui couraient les cent mètres en onze secondes : CHABAN et LACAUSSADE. Les autres compères de rugby étaient les frères MOGA, bien sûr, mais aussi HÉRICE, MARRENS, et autre GENESTE… Même s’il a participé à l’épopée menant au premier titre national de son club en 1949, il s’est délibérément retiré du parcours final qui se déroulait à… Bordeaux. Bouquet final, c’est Chaban qui remet le trophée à son copain, « Pierrot » MARRENS.

Il restera toujours fidèle à cette fraternité de vestiaires, toujours fidèle à ses racines à damiers. Il accompagnera le « Grand » dans sa volonté de faire grandir le club, dans l’évolution de son acronyme (CAB – CABB – CABBG)… Décédé en novembre 2000, CHABAN ne connaitra pas le passage vers l’UBB et les exploits de son équipe dans le stade Lescure qui porte désormais son nom.

On prétend qu’il adorait les coups de pied de recentrage, caractéristique que l’on retrouva tout au long de sa carrière politique… Cela étant, il a délaissé petit à petit le rugby pour se consacrer au tennis, puis au golf : plus « smart » ! Il opta pour un parcours politique tant à Bordeaux qu’à Paris. Toujours fringant, il montait quatre à quatre les marches de Matignon, pour finir au perchoir de l’Assemblée Nationale. La politique politicienne a tué ses ambitions de sa « nouvelle société », jugée trop à … gauche : le comble pour un ailier gauche !

JYB /K’nar 💙🤍 (le 02 septembre 2022)